mercredi 17 janvier 2007
La caractéristique de la Guinée actuelle, qu’on soit pour une fois d’accord, est que toutes les formes d’autorité y sont simultanément contestées et même profondément remises en cause.
S’il s’agissait simplement de critiques ou de protestations ordinaires, ce serait un signe de bonne santé démocratique, l’exercice de contrôles nécessaires, de contrepoids indispensables à toute démocratie.
Tel n’est pas du tout le cas : la société guinéenne doute si profondément aujourd’hui des détenteurs de l’autorité que ce sont les valeurs mêmes qu’ils doivent incarner et sont censés défendre qui se trouvent à leur tour contestés.
Le « Général-roi Conté » est chaque fois interpellé et hué au km5 (à Dubréka), une ville où d’autres formations politiques s’installe sérieusement qui, je le rappelle, était exclusivement il y a deux (2) ans un bastion du P.U.P.
C’est pour dire à la communauté internationale et à certains de nos compatriotes qui continuent de croire naïvement le contraire, que les guinéens ne veulent plus du «Général-roi Conté », contesté d’ailleurs jusque dans son propre village natal.
Tant d’érosion de l’autorité sous toutes ses formes ne peut être prise à la légère. Lorsque l’autorité cesse d’apparaître légitime comme celle du « Général-roi Conté » et de ses acolytes, la déviance envahit toute la société. Plusieurs crises majeures laissaient présager d’ailleurs la situation que la Guinée connait actuellement depuis plusieurs jours.
De la base au sommet, aucune autorité n’échappe à la contestation la plus rude, à la critique la plus acerbe, au scepticisme le plus radical, parfois au rejet le plus catégorique.
Cette grève dans laquelle toute la population guinéenne s’est fortement mobilisée et qui continue d’ailleurs de paralyser le pays, est une preuve palpable du rejet total de ce régime. L’Etat, les institutions républicaines et la Nation elle-même sont, à travers leurs symboles ouvertement défiés.
Lorsqu’habituellement à la télévision, Moussa Solano pointe son nez paré de ses lunettes noires teintées tel un vieux clown du 13e siècle, étale chaque fois son incompétence, on voit à travers les volets son manque de patriotisme. Il suffit de lire sur ses lèvres évidemment, l’étendue de sa démagogie autrement dit un machiavélique au sens littéral du terme.
Sur la scène politique guinéenne comme ce dernier, foisonnent des pervers tels des zombies venus tout droit des entrailles du néant, inhumains, insensibles aux quotidiens difficiles de la population.
Autre exemple du flottement de la Guinée, c’est la volte face des mosquées, pour ne pas dire l’usage laxiste qu’on fait actuellement de l’islam dans notre pays qui corrobore les comportements déshonorants de certains imams qui jouent un relais – consciemment ou inconsciemment – à cette dictature qui continu d’ensevelir le pays. L’image des imams est négativement touchée aujourd’hui les guinéens. Il faut le rappeler sans tomber dans aucune peur inutile. Les imams qui devraient être plutôt une référence, ne suscitent actuellement aucune admiration pour les jeunes. Les mosquées sont d’ailleurs désertées, les guinéens manquent tellement de repères que la religion se trouve profondément ébranlée.
Il ne serait pas superflu de reconnaitre qu’aucune des matrices dominantes de la société – la politique et la religion – n’échappe à la contestation depuis une dizaine d’années, leurs influences respectives sont durement ébréchées.
Pas d’étonnement surtout, c’est simplement le déclin d’un régime qui n’a causé que de désastres, une dictature à laquelle aucun guinéen n’est fier.
Plus que le paludisme, le sida ou la rébellion, la corruption massacre en Guinée. En détournant a leur profit l’argent du contribuable guinéen, en méprisant au-delà de toute décence l’intérêt général, nos deux (2) présidents – le Camarade Sékou Touré et le «Général- roi Conté» ainsi que leurs familles politiques respectives – doivent totalement être tenus pour responsables de la misère dans laquelle croupissent aujourd’hui près de 9 millions de guinéens. Par une contagion perverse, un mécanisme délibéré, la corruption est le principal facteur de la dégringolade de notre pays.
Le président Conté multiplie des décisions contradictoires, emprisonne et libère deux (2) de ses poulains les plus corrompus du pays, continus de penser qu’il a toujours raison, qu’aucune faute grave ne l’incombe. Une manière de continuer à se moquer de la population. Ce qui donne du coup la légitimité à cette grève minutieusement orchestrée par l’intersyndical et qui doit être soutenue par tous les guinéens d’où qu’ils se trouvent, pour que le pays sorte enfin de la torpeur.
Monsieur Soumah Alseny
Juriste, président fondateur du MEDI-SE
Membre de la rédaction de Guinea-forum
Contact : onealseny@hotmail.fr
pour www.nlsguinee.com