vendredi 12 janvier 2007
Groupe Parlementaire de l’UPR
Assemblée Nationale
Monsieur le Président,
Conformément à l’usage, le Groupe Parlementaire UPR voudrait saisir l’opportunité que présente la fin de l’année 2006 et le début de l’année 2007, pour vous présenter ses meilleurs vœux.
Il formule à l’intention du Peuple de Guinée dont il est l’émanation les souhaits d’une année heureuse et prospère.
Monsieur le Président,
L’avènement de l’année nouvelle coïncide avec la fin de la 2ème législature de l’Assemblée Nationale que nous venons de conduire ensemble, avec plus ou moins le sentiment du devoir bien accompli.
Cependant, 2007 arrive aussi dans un environnement Politique, Economique et Social caractérisé par des crises sans précédent dans l’histoire de notre Pays.
En effet, la Guinée présente aujourd’hui dans tous les domaines un tableau sombre et triste qui suscite bien des interrogations quant à son devenir.
Loin de céder à tout excès et à tout alarmisme, les Députés du Groupe Parlementaire voudraient partager avec vous les réflexions que lui inspire la situation particulièrement préoccupante de notre Pays en ce début d’année.
Ce faisant, ils fonderont leur démarche sur le rôle et les responsabilités qu’ils ont toujours joués et assumés en posant des actes traduisant aussi bien une grande hauteur de vue que le degré de patriotisme qu’ils se sont toujours imposés d’incarner.
S’il en était encore besoin, nous nous permettrons de vous citer en en guise d’illustration :
Citation :
« l’UPR a offert à des moments historiques et particulièrement sensibles au monde, l’image d’une Guinée consensuelle, d’une classe Politique Nationale d’accord sur l’essentiel pour le bonheur de son Peuple.
Leçon bien sublime que la postérité retiendra d’elle.
La dignité de cette attitude constante a su répondre à la majesté du Peuple Guinéen : à plusieurs occasions vous avez donné, une grande leçon à l’administration et à toutes les formations Politiques et un exemple utile à l’affermissement de la paix.
... vous avez jusque là mené des contestations purement Politiques et dans l’esprit de la morale républicaine.
Nous voulons maintenant qu’ensemble, en tant qu’élus, nous créions le cadre d’un dialogue objectif, humain et fraternel.
… vous êtes encore aujourd’hui plus que jamais, associés à la gloire et à l’unité de la Nation dont vous faites partie, votre attitude conditionnera fortement l’avenir immédiat de notre Pays », fin de citation.
Monsieur le Président,
Notre fierté et notre satisfaction n’ont jamais été aussi grandes. Notre attention et notre disponibilité à vos appels pressants sont demeurées vives.
Mais à présent que le rôle historique à nous dévolu le commande, nous estimons de notre devoir d’appeler votre attention sur les questions d’une importance capitale pour le devenir de notre pays, telles qu’elles résultent de la situation que nous vivons aujourd’hui.
En effet, un Parti Politique comme l’UPR qui a l’ambition de hisser la Guinée à la hauteur du troisième millénaire doit s’astreindre, de temps à autre, à faire le point, afin de savoir où nous sommes, où nous allons et comment y aller.
Dans le contexte qui caractérise actuellement la République de Guinée, on ne peut y parvenir qu’à grand – peine. Parce que chaque jour exige des responsables et dirigeants du Parti, des réflexions et des décisions hardies dont l’urgence ne souffre pas de pause.
Ceci demande également des efforts constamment renouvelés, en vérité, des sacrifices quotidiens pour maintenir le cap dans un environnement perturbé où l’irrationnel et le déni de justice, de démocratie et des valeurs républicaines l’emportent sur tout.
C’est pourquoi, l’Union pour le Progrès et le Renouveau se battra toujours pour l’instauration d’une philosophie et d’une culture démocratiques de l’Etat avec une distinction, une séparation et une clarification très nettes des pouvoirs telles que définies dans la Loi Fondamentale.
Dans ce sens, l’UPR a toujours cherché à communiquer et à imprimer à toutes ses initiatives les aspects fondamentaux de sa pensée politique.
C’est ainsi qu’à l’Assemblée Nationale où le Groupe Parlementaire UPR constitue l’Opposition Parlementaire depuis le début de la 2ème législature en 2002, ses Députés ont été les ardents défenseurs de la promotion de la démocratie, de l’édification d’un véritable Etat de droit dans notre Pays, en fustigeant à toutes les occasions la mal gouvernance qui gangrène la Guinée dans tous les domaines.
Ce faisant, ils ont dénoncé les dérapages des tenant de l’Administration Centrale et déconcentrée dans leur gestion de la chose publique.
A la place de la simple critique, ils ont proposé chaque fois des solutions pour une sortie de crise que le Groupe PUP/PAA a toujours repoussées, fort de sa majorité pléthorique.
Ainsi la crise qui n’était qu’à ses débuts, s’est aggravée d’année en année pour plonger le Pays tout entier dans la situation chaotique qu’il vit aujourd’hui.
En 2001 l’organisation du référendum anti-constitutionnel permettant au Général Lansana CONTE d’être Président à vie, a été également combattue par l’Union pour le Progrès et le Renouveau ‘’UPR’’, les Partis d’opposition, ainsi que l’ensemble des forces démocratiques et patriotiques.
L’on se souvient que lors des législatives de juin 2002, l’UPR, malgré un environnement Politico-législatif des plus hostiles, avait assumé ses responsabilités en s’acquittant de son devoir citoyen de participer à ces consultations.
A cette occasion le Général Lansana CONTE, Chef de l’Etat, Président du PUP, ne s’était pas embarrassé d’ordonner à son Administration Centrale et déconcentrée de prendre de force, tous les sièges des 38 Députés uninominaux parce qu’il ne ‘’veut pas travailler avec l’Opposition’’ disait-il.
Ainsi dit, ainsi fait : la Directive sera appliquée à la lettre, mettant hors compétition les candidats uninominaux de l’opposition, frustrant de la sorte les populations du droit constitutionnel de choisir souverainement leurs représentants à l’Assemblée. Principale victime, l’UPR a énergiquement dénoncé et condamné cette mesure arbitraire, anti-constitutionnelle.
Lors des communales de 2000 contre toute attente, les 5 Communes de Conakry avaient été confisquées de la même manière par le Chef de l’Etat au profit du PUP au grand regret de toutes les forces vives.
Suite aux fraudes massives enregistrées aux élections communales et communautaires du 18 décembre 2005, le Groupe Parlementaire de l’UPR avait suspendu sa participation aux travaux de l’Assemblée Nationale pour protester contre cet hold – up électoral.
Ces quelques exemples choisis parmi tant de cas de violations de la constitution, des règles de la démocratie et des principes républicains, prouvent à suffisance que le Général Lansana CONTE est foncièrement opposé à la démocratie et à l’état de droit
Aux plans économique et socioculturel, les agissements du Chef de l’Exécutif sont encore plus scandaleux. La patrimonisation de l’Etat par le Général Lansana CONTE constitue le fait saillant de sa gestion depuis la prise du pouvoir par l’Armée. Cette appropriation personnelle et privée de l’Etat par son Chef, se trouve à la base des détournements avérés des deniers publics par ses protégés, ainsi que l’impunité dont il couvre ceux-ci en les soustrayant à la justice républicaine. Il confisque à son niveau le pouvoir judiciaire et rejette de la sorte la séparation des pouvoirs, fondement de l’Etat Républicain.
Tout récemment, l’opinion publique, nationale et internationale, a été particulièrement frappée par la manière rocambolesque dont il a extirpé ses ‘’amis’’ de la maison centrale de Conronthie le 16 Décembre 2006 à Conakry.
Monsieur le Président,
Les législateurs que nous sommes, représentants désignés du Peuple, sommes interloqués par le très peu de cas que le Premier Magistrat du Peuple fait des principes qui fondent notre Loi Fondamentale et dont il est le garant.
Sommes-nous encore en phase avec les dispositions de cette loi qui imposent de réaliser dans l’unité nationale, un Etat de droit fondé sur la primauté du droit et le respect de la Loi démocratiquement établi ? Rien n’est moins sûr.
La Direction Nationale de l’UPR et son groupe Parlementaire sont tristes et indignés pour notre pays, pour le Peuple martyr de Guinée, de constater de tels actes à des tels niveaux de l’Etat, aujourd’hui.
Il importe de rappeler que ce sont les mêmes causes qui produisent les mêmes effets : l’Impunité officielle et arrogante dont bénéficient les grands prédateurs de l’Etat et de son patrimoine sont à la base de la démission de François FALL en 2004, du limogeage de Cellou Dalein DIALLO en 2006, de la cascade de Décrets et de contre Décrets qui met à nu la déliquescence de l’Etat.
Tout cela est en même temps la manifestation claire de l’incapacité du Général Lansana CONTE de par sa maladie, à assumer ses hautes fonctions à la tête de l’Etat, incapacité laissant libre cours aux activités des clans au sein du Gouvernement pour la succession.
Il est plus qu’évident qu’il y a actuellement vacance du pouvoir et qu’il est urgent d’arrêter le naufrage en cherchant et en mettant en œuvre les solutions les plus convenables et les plus appropriées à résorber la crise profonde que vit le Peuple de Guinée aujourd’hui.
Sur la plate forme purement politique, convaincu de la nécessité du dialogue et de la concertation entre tous les acteurs politiques, l’UPR a participé à toutes les rencontres nationales entre Partis politiques, Administration, Société civile et Partenaires au développement. Il a pris part aussi aux différents voyages d’études organisés dans la Sous-région pour apporter des éléments de comparaison au processus démocratique en Guinée.
• Au mois de mai 2003 : Un voyage d’étude autour des processus électoraux en Sierra Léone et au Mali a permis la signature d’une plate forme dite de Bamako pour la mise sur pied du Comité Interministériel chargé du dialogue avec les Partis politiques ;
• Au mois d’août 2003 : La Rédaction d’un cahier de charges sur les propositions de l’UPR pour sa participation éventuelle à l’élection présidentielle de décembre 2003. fut la contribution de l’UPR à la table ronde entre les Partis politique et les organisations de la Société civile ;
• Au mois de septembre 2003 : La Participation des délégués de l’UPR aux différents travaux de commissions et aux plénières du Dialogue National, ont abouti à la signature, le 15 septembre, du Mémorandum des 33 Partis politiques, toutes tendances confondues ;
• Au mois d’avril 2004: L’organisation des journées de réflexion de Kassa a permis aux participants de recenser tous les éléments de blocage du dialogue national et d’identifier des pistes d’actions particulièrement prioritaires ;
• Du 18 au 20 juillet 2004 : Le Président du Groupe Parlementaire de l’UPR participe dans le cadre d’une délégation de l’Etat Guinéen, aux Consultations organisées à Bruxelles entre le Gouvernement Guinéen et le Conseil de l’Union Européenne ;
• Au mois de mars 2005 : L’UPR a participé à la Concertation de Gorée (République du Sénégal) en vue de la création et du renforcement du dialogue national
• Du 31 août 2004 au 20 juillet 2005 : Les délégués de l’UPR ont pris part à toutes les phases du Dialogue dont les conclusions ont abouti le 16 juin 2005, à la création de la CENA
Le PUP revint en force dans le processus pour modifier ces conclusions et permit au Président du Bureau de la Concertation de déposer en catimini, le 20 juillet, un nouveau rapport que l’UPR a dénoncé avec vigueur. Ce rapport signé par 29 Partis politiques sur les 30 présents au Dialogue conduisit aux résultats les plus médiocres lors des élections communales et communautaires du 18 décembre 2005 ;
• Au mois de février 2006 : l’UPR participe aux différentes rencontres avec les Partis politiques de l’opposition, la Société civile et les Partenaires au développement en présentant à la représentation de l’Union Européenne à Conakry, un Mémorandum sur les principales fraudes et irrégularités enregistrées lors des élections du 18 décembre 2005 ;
• Du 27 au 30 mars 2006 : l’UPR prend part de façon remarquable à la concertation des forces vives regroupant 15 Partis politiques et la société civile ;
• Du 8 septembre au 18 octobre 2006 l’UPR participe activement aux travaux de la commission paritaire composée comme suit :
- 12 Représentants des Partis politiques de la mouvance ;
- 12 Représentants des Partis politiques de l’opposition ;
- 5 représentants de l’Administration.
Le Bureau de la Commission Paritaire fut présidé par le délégué de l’UPR.
Le 18 octobre 2006 la Commission Paritaire adoptait 4 textes à savoir :
1- Avant projet de loi portant statut de l’opposition
2- Avant projet portant subvention des Partis Politiques
3- Avant projet portant création de la CENI
4- Avant projet d’amendement du Code Electoral
• Du 18 au 25 octobre 2006 : les leaders des partis d’opposition apportent des amendements significatifs à ces différents textes dont une copie, fut remise à Mr Louis Michel Commissaire Européen au Développement. Ce dernier jugea raisonnable les propositions de l’opposition.
• Vendredi 03 novembre 2006 : les leaders de l’opposition rencontraient le Ministre de l’Administre du Territoire afin de créer une commission restreinte chargée de faire évoluer le Dialogue ;
• Du 14 au 19 novembre 2006 : Des Séances de travail de la commission restreinte sont organisées par les leaders des Partis Politiques pour éviter le blocage ;
• Le 05 décembre 2006 : Intervient la signature du document final rédigé par la commission restreinte des 28 Partis Politiques engagés dans le Dialogue.
La signature de ce document final devait permettre plus tard l’accès de la Guinée aux ressources du 9ème FED.
Monsieur le Président,
Vous avez bien compris que l’occasion de l’avènement d’une année est toujours opportune à dresser un bilan, tentation à laquelle la situation de notre pays est d’ailleurs très favorable.
A l’aube de l’année 2007 conduisant à la fin de la législature que vous avez eu la lourde charge de conduire, la postérité retiendra que cette séquence de la vie du Peuple de Guinée aura été fortement marquée par le dysfonctionnement notoire des Institutions Républicaines avec à la clé, un fait historique : la violation grave et répétée des principes qui fondent l’Etat de droit que nous ambitionnons par le premier magistrat du pays.
Face à cette situation, nous ne pensons pas pouvoir nous départir de la piètre figure que présentent les législateurs et les représentants du Peuple que nous sommes.
Partant, quelle importance revêt notre mission aux yeux de nous concitoyens ?
Et de quel pouvoir sommes-nous encore investis ?
Pour tout dire, de quelle utilité sommes-nous pour nos mandants lorsque nous savons par avance, que les Lois issues de nos délibérations, loin de la fonction de réglementer notre société, vont être violées par celui de nos concitoyens auquel sont confiées les destinées de nos populations.
Au lieu d’être comptables de cette situation déplorable et de se laisser ronger par ce sentiment d’inutilité face à la Nation, ne pourrions – nous pas assumer avec courage, détermination et patriotisme, nos responsabilités devant l’histoire et nos concitoyens ?
Monsieur le Président,
La Nation est en danger et il faut la sauver.
Le Groupe Parlementaire de l’UPR :
- S’indigne face à la dégradation marquée de l’économie guinéenne, conduisant à la faillite du secteur avec ses effets pervers sur les conditions de vie et de travail du citoyen guinéen
- Dénonce l’immixtion du Chef de l’Etat dans le fonctionnement des Institutions Républicaines et la violation grave et répétée des principes démocratiques consacrant la séparation des pouvoirs
- Soutient et appuie le mouvement de grève lancé par les centrales syndicales visant l’amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs guinéens
- Invite notre Institution à s’impliquer fortement dans la recherche de solutions permettant de satisfaire aux revendications des centrales syndicales.
Par ailleurs, Monsieur le Président, le Groupe Parlementaire de l’UPR vous demande, en vertu des pouvoirs que vous confère la loi, de prendre les dispositions les plus diligentes pour que :
1- le Chef de l’Etat s’adresse à la nation pour assumer ses responsabilités
2- les Institutions Républicaines soient rétablies dans leur plein droit et qu’elles puissent remplir effectivement la mission qui leur est dévolue par la loi fondamentale
3- la Justice reprenne l’initiative et que les prédateurs de l’économie nationale, tous les prédateurs, fassent l’objet de poursuites judiciaires pour les délits qu’ils ont commis
4- le Gouvernement en place, ayant démontré ses limites, soit collectivement démi et qu’en lieu et place, une structure gouvernementale de large ouverture soit mise en place pour entreprendre et mener des reformes profondes de l’Etat répondant aux impératifs du moment et aux attentes du Peuple de Guinée.
Si l’écoute réciproque entre les différents acteurs de la vie nationale avait été instaurée comme l’a toujours recommandé et pratiqué l’UPR, le pays n’en serait pas là aujourd’hui.
En tout état de cause et en l’absence d’éléments concrets traduisant la volonté du Chef de l’Etat de répondre aux aspirations du Peuple, il est temps, Monsieur le Président, face à la crise endémique qui secoue un peu plus, chaque jour qui passe le Peuple de Guinée, que la haute Institution dont vous avez la charge prenne toutes ses responsabilités dans l’intérêt national et en conformité avec la loi pour la préservation de la paix sociale et civile, pour l’honneur et la dignité des Guinéens.
Pour sa part, fidèle à ses principes et conscient de son devoir citoyen, l’UPR ne peut plus accepter une chose et son contraire, à savoir que l’on travaille avec ses idées et que l’on rejette ses principes.
Avec l’espoir que l’Assemblée Nationale sera cette fois-ci au rendez-vous de l’histoire.
Que Dieu sauve la Guinée.
Conakry, le 9 janvier 2007
Le Groupe Parlementaire de l’UPR A l’Assemblée Nationale
M BALDE Abdallah, depuis Conakry
Une Correspondance pour www.nlsguinee.com