vendredi 12 janvier 2007
Avant d’aller à mon bureau, ce matin, j’ai écouté les informations sur les ondes de RFI. Parlant de la Guinée, le journaliste a évoqué la grève et les négociations amorcées entre pouvoir et syndicats. Il semblerait que nos braves représentants des travailleurs de Guinée ont posé des préalables en trois points :
1 – Retour de Mamadou Sylla et Fodé Soumah en prison
2 – Exclusion d’Ibrahima Kéïra des rangs du gouvernement
3 – Baisse des prix à la consommation.
Chers frères et soeurs syndicalistes,
Vous faites la fierté de vos compatriotes martyrisés, humiliés et affamés. C’est pourquoi toute la nation est débout et alignée derrière vous. Vous avez une lourde responsabilité. Vous pouvez réussir là où, jusqu’à présent, les forces de changement, surtout politiques, ont échoué parce qu’elles ne sont pas armées, le plus souvent de l’esprit de sacrifice.
Certes, les Guinéens ne veulent pas des héros, mais si la grève aboutit à leur aspiration profonde, c’est l’histoire qui vous éternisera et vous serez des héros. Alors faites attention, restez vigilants, car ces préalables posés s’ils sont répondus favorablement, la misère guinéenne ne changera pas !
Mamadou Sylla et son codétenu ne sont que de pauvres compatriotes dont la cupidité fait d’eux aujourd’hui la partie visible de tout le système Lansana Conté. Laissons à la justice de jouer son rôle. Je crois que c’est contre le désordre ; c’est-à-dire le non respect des lois et principes qui régissent la vie de la Nation qui nous pousse, entre autres, à la grève.
Demain, lorsque l’ordre républicain sera rétabli, tous les voleurs répondront, dans le respect absolu de leurs droits, aux questions de la Justice. Donc l’emprisonnement des paravents aux multiples détournements de Lansana Conté, sa famille et ses clans ne peut pas être un préalable à la question du départ du pouvoir actuel. Le seul préalable est la date du départ de Lansana Conté et peut-être des conditions de ce départ.
Keïra au gouvernement, n’est pas non plus un sujet à débattre dans la mesure où les Guinéens demandent et exigent le départ du système qui en fait un gouvernement. Donc fixons le cap qui est et demeure la chute du pouvoir Lansana Conté. Visons la cible qui est le rétablissement de l’ordre avec pour socle la formation d’un gouvernement de transition nationale de large consensus. Toutes les autres questions recevront les réponses quand la Guinée deviendra un Etat de droit.
Aussi demandez-vous la baisse des prix à la consommation. Chers compatriotes syndiqués, nous sommes à notre troisième grève. Ce refrain est souvent revenu (excusez- moi de la tautologie !)
Disons-nous clairement les choses, le régime de Lansana Conté n’a ni le pouvoir, ni les moyens de baisser les prix à la consommation. Il n’a pas non plus la volonté d’améliorer nos conditions de vie. 23 ans auraient suffit pour nous le faire savoir et vivre.
Aujourd’hui, les populations guinéennes exigent une seule et unique chose : le départ de Lansana Conté. Elles sont prêtes à consentir conséquemment les sacrifices.
Sachez-le, toute la Guinée est en grève, les intoxications distillées par la RTG sous le contrôle de Boubacar Yacine Diallo sont des constructions à vouloir torpiller la détermination de toutes les populations guinéennes. Les images qui passent sur le petit écran de la télévision guinéenne sont des images truquées. Elles ne sont ni actuelles, ni récentes encore moins réelles et vraies.
Boubacar Yacine Diallo ne fait que reproduire les pratiques productrices de contre-vérités apprises à l’école de la securitate, expérimentées avec succès sous Sékou Touré. Il ose les réactiver contre la volonté des Guinéens. Si je peux me permettre d’utiliser leur vocabulaire : Boubacar Yacine Diallo est l’ennemi du peuple de Guinée parce qu’il s’oppose à sa volonté.
Mais cela ne fonctionnera plus. L’épouvantail de la peur, non plus !
Alors un seul mot d’ordre : le départ de Lansana Conté. D’ailleurs pourquoi l’opposition politique guinéenne tarde-t-elle à constituer le gouvernement de transition nationale que réclame la base avec toutes les forces vives de notre pays ?
Guinéennes et Guinéens,
Exigeons de nos leaders politiques, des représentants de la société civile et des syndicats la formation d’un gouvernement et de nous le présenter dans les heures qui viennent pour qu’il entre en fonction immédiatement.
Si j’écris : « on ne peut faire des omelettes sans casser l’œuf », je n’apprends rien à personne et ne dis rien. La chute des dictatures est toujours accompagnée de pertes humaines. C’est le prix à payer. Que cet aspect ne soit pas un handicap, ni un obstacle à l’avènement de la Guinée de notre rêve d’autant que le peuple est prêt pour ce type de sacrifices.
Paris 12 janvier 2007
Jacques Kourouma pour tamsirnews.com
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Une Correspondance pour www.nlsguinee.com