mercredi 10 janvier 2007
Nos hommes politiques sont élus par nous. Le mandat que nous leur confions leur confère une autorité : c’est-à-dire que la légitimité dont nous les investissons par le geste logique du vote, transforme leur pouvoir en autorité. Malgré la maladie qui lui fatigue, le « Général-roi Conté » s’accroche à son mandat de sept (7) suite au scrutin présidentiel de 21 décembre 2003.
Une réélection sujette à caution, truquée et inconstitutionnelle, parce qu’il a du faire modifier la constitution pour pouvoir continuer à torturer le peuple de Guinée et agenouiller politiquement ses adversaires. Pour dire vrai, il a réussi à les endormir et les accorde d’ailleurs un minimum de concessions sur tous les dossiers auxquels les leaders d’opposition tenaient et sur lesquels ils auraient aimé débattre. Rien n’est fait pour l’heure, parce que le « Général-roi Conté » et sa suite royale s’activent et sucent l’économie guinéenne.
Alors quelle attitude adopter lorsqu’ils n’honorent plus leurs engagements et se détournent inlassablement de leur mission ?
Tout est fait, à notre avis en Guinée, pour que les dirigeants aient cette légitimité et, en retour qu’ils montrent la voie, incarnent les valeurs, constituent des références pour la nouvelle génération.
Hélas !! Rien de plus décevant, jamais un régime n’a autant déçu ses citoyens. Tout l’édifice institutionnel guinéen est en péril, parce que la corruption ne fait que se lézarder. Les élites guinéennes – politique, industrielle, commerciale et médiatique – sont durement touchées. Elles suscitent la méfiance et le soupçon. L’ombre de la corruption s’étend et se répand sur elles.
La situation actuelle est plus que grave. La Guinée est en déboire, ses dirigeants sont discrédités quand même ils ne seraient pas tous corrompus. Les problèmes de société vont de mal en pis, l’autorité s’étourdit de plus en plus, la gente politique s’enracine dans la magouille, tous les discours deviennent possibles et les plus démagogiques flattent les plus bas instincts.
Durant toutes ces années, malgré les problèmes économiques, les crises et les épreuves douloureuses, malgré la défaillance du système scolaire, le manque insolent de l’électricité et de l’eau, la percée fulgurante de la prostitution, les mises en scènes sanglantes des coupeurs de route, la longue et incompréhensible maladie du « Général-roi Conté », la société guinéenne a cru au progrès, à son originalité propre, à sa démarche intime. Elle en doute désormais, elle se demande si elle aura la capacité et la vigueur, l’élan suffisant pour surmonter ses handicaps, retrouver son équilibre et la spécificité qui la définissait.
Voila personnellement l’origine de ma schizophrénie.
Voila ce qui s’entend, voila ce qui se répète quotidiennement, dans les bureaux, dans les taxis et « magbana », dans les champs, les cafés, à Wambélén (marché Madina), sur les campus, et même à Wawa.
Voila ce qui est pervers et surréaliste à la fois, vue l’immensité des richesses naturelle et humaine de la Guinée.
C’est pourquoi les journalistes, en rapport avec les réalités actuelles du pays, se doivent d’êtres désabusés et dénoncer les choses telles qu’elles se présentent, s’ils veulent passer pour indépendants. S’ils entendent êtres pleinement reconnus comme brillants, objectifs et sérieux, il leur faudra faire preuve d’impartialité. Il faudra douter de tout et de chacun, pousser les enquêtes par devoir, dénoncer par principe.
Quand aux leaders politiques d’opposition, il leur faudra à l’avenir – pour ne pas réitérer les mêmes échecs que les deux (2) précédents régimes – analyser et regretter le passé, comprendre et déplorer le présent, prophétiser et préparer un avenir le plus enchanteur pour le pays. Car, actuellement en Guinée, la politique se meurt ; elle est même déjà morte.
Nos gouvernants sont des traîtres, certains opposants des faibles, quelques commerçants des lâches, seuls les citoyens sont sacrés, mais salués avec chapeau bas.
En cette période de crises aigues, la démagogie s’épanouit et se repend. Tantôt elle prend des formes primitives, tantôt des formes sophistiquées, quand des plumes célèbres comme Kiridy « le renard »Bangoura ou Lamine Camara ou encoreYacine « semblant » Diallo, et des voix renommées telles Louis Auguste (le roi des perroquets), Hadja Aissatou Bélla Diallo…prennent le relais sur un autre ton – fallacieux – c’est tout simplement une partie de la Guinée qui s’engouffre.
La corruption a gagné toutes les âmes ou presque. Tout cela s’accorde au bout du compte, pour traiter la crise de la politique guinéenne comme un châtiment relativement mérité.
Il est impératif donc d’agir contre ce fléau dans les limites de nos moyens, en faisant d’abord la lumière. Les hommes politiques guinéens se doivent désormais avoir honte de leurs agissements qui compromettent les corrompus comme les incorruptibles et font plonger les acteurs économiques dans des sombres opérations de détournements.
La lutte contre la corruption est donc urgente en Guinée. Mais justement, « c’est son urgence même qui impose d’éviter le spectacle et la précipitation. Elle n’est pas affaire de coups médiatiques ; C’est un travail de fond, de prévention autant, si non plus, même de répressions. Mieux vaut agir dans la continuité et démontrer sa détermination c’est-à-dire donné des signes d’une volonté politique évidente » me précisa lors d’un entretien au Quai de la Râpée Mr Dominic de Bourgogne, un politologue français averti et spécialiste de L’Afrique. C’est un peu dire qu’elle ne doit pas s’insérer dans les discours laxistes comme il est de coutume actuellement en Guinée.
Une conclusion, comme j’aime souvent le rappeler, doit toujours tenter d’ouvrir une perspective d’avenir et de mettre en lumière, surtout dans une analyse politique, les forces susceptibles d’y parvenir. Mais il est particulièrement difficile en ces temps-ci d’avancer des solutions novatrices, car l’image actuelle de la Guinée est totalement chamboulée, offre donc peu de repères d’appréciations plausibles.
Tout de même, il faut reconnaître et encourager les prises de positions combien de fois bénéfiques de certaines associations de défense des droits de l’Homme, les organisations syndicales, les mouvements des jeunes notamment le Conseil des Etudiants de Gamal, La Coordination des Etudiants de Kankan et les structures lycéennes qui, malgré l’ampleur actuelle des répressions, accomplissent des actions de grandes envergures.
Mais nonobstant tout ce qui se dit, comment la Guinée se prépare à « un après Conté » qui se pointe à l’horizon ? Le débat prend inexorablement une autre connotation à l’idée de se poser cette interrogation. Réfléchissons bien, rien n’est tard !!
J’y reviendrai inch Allah dans mes prochaines décharges.
Monsieur Soumah Alseny
Juriste, président fondateur du MEDI-SE
Membre de la rédaction de Guinea-forum
Contact : onealseny@hotmail.fr
Une Correspondance pour www.nlsguinee.com