mardi 02 janvier 2007
Cher compatriote,
Sans vous connaître je tiens d'abord par vous remercier pour votre lettre à travers laquelle je comprends votre révolte et colère. Cette réaction m'amène à croire que vous n'êtes pas dans le cadre des dormeurs, que votre conscience vous oblige et que vous ne supportez pas la situation de votre pays.
Sincèrement je salue à sa juste valeur votre vision qui est pour moi une façon de refuser la fatalité.
Cependant je vous prie de vous ressaisir, de faire un effort pour comprendre votre peuple, donc un peu d'histoire et de sociologie pour ne pas vous laisser noyer par la colère avec des propos qui peuvent vous nuire.
Alors suivez: le peuple guinéen, il faut le retenir une fois pour toute, n'a jamais été adepte de la soumission comme vous semblez le croire. Presque toutes les quatre régions naturelles ont produits des résistants, des véritables chefs qui n'ont jamais accepté la domination du blanc.
Dans le Fouta Djallon, on vous parlera d'ALPHA Yaya Diallo, en Basse Côte vous avez certainement retenu le nom de Dina Salifou. En forêt, il y avait Zégbéla Togba Pivi du pays
Toma qui a administré plusieurs défaites aux troupes françaises dont la plus célèbre est appelée: le siège de Boussédou. Koko Tolno était le maître du pays kissi et quant à 'Almamy Samory Touré, de son Konia natal il s'est taillé un vaste empire qui était à cheval
entre la Guinée,l e Mali et la Côte d'Ivoire. Et comme les autres héros, il n'a jamais épousé la peur.
Alors pourquoi aujourd'hui la Guinée est dans cette situation depuis son indépendance ?
Faisons la part des responsabilités. Le pouvoir de Sékou Touré fut le premier malheur de la Guinée indépendante. Une fois à la tête du pays, la révolution se transforma, contre
toute attente, en véritable "Maître" du peuple.
L'orgueil, la mégalomanie et l'esprit de suffisance furent implantés !
Etait idée, seule celle de la révolution. Quiconque pensait autrement était un 5ème colonne ou traître. Le culte de la personnalité fut instauré. Toutes les revendications furent
sanguinairement réprimées. Le commerce et les initiatives privées étaient jugés d'antirévolutionnaires. L'Etat providence devait tout décider, tout faire.
Conséquences, les intellectuels, les commerçants étaient obligés, la mort dans l'âme,
de quitter leur patrie pour échapper au camp Boiro ou les pendaisons publiques. C'est pourquoi les pays limitrophes furent de véritables refuges; Sénégal, Côte
d'Ivoire, Sierra Leone et Libéria surtout.
Quant à la France elle était la première colonie guinéenne de l'Occident, position qu'elle détient d'ailleurs jusqu'ici.
Ensuite arriva les militaires avec leur CMRN, qui d'acrobaties en acrobaties est aujourd'hui le PUP.
Résultat la misère est la première denrée nationale à la seule différence, il y a un semblant de démocratie hypocritement habillée. Mais le panier de la ménagère est plus que maigre. L'eau potable et l'électricité domestique sont devenues des luxes pour le citoyen lambda.
De Conakry au dernier village la misère est la chose la plus partagée.
Mais , il faut retenir que les guinéens ne sont pas disposés d'accepter cette situation misérable. Même sous Conté, il ya des révoltes. Celui du 12 juin dernier est là pour témoigner !
Seulement le principal défaut de notre peuple c'est l'incapacité de s'unir autour de l'essentiel:
Jusqu'ici les leaders politiques de l'opposition et ceux de la société civile dans leur intégralité ne sont jamais tombés d'accord autour de l'essentiel.
On a l'impression que ça bloque toujours, que tous les leaders veulent devenir le Président de la Guinée à la fois. L'esprit de suffisance est là. Celui qui a cent militants jure
qu'il a un destin national.
Comment avec un tel désaccord nous pouvons nous en sortir ?
La crise de confiance et l'égoïsme règnent entre nous guinéens !
Donc, pour moi, le problème n'est pas de dire que nous sommes un peuple qui n’a épousé la soumission. Mais nous semblons opter, en majorité, pour le désaccord, l'esprit égoïste, de suffisance au mépris de la cause commune.
Partout où nous guinéens sommes regroupés chacun veut avant tout son "Moi". C'est pourquoi jusqu'ici nous sommes tout sauf une nation. L'intérêt national n'est pas pour le moment le primordial chez nous.
Croyez moi c'est en Guinée où les citoyens intègres sont taxés de maudits et ceux qui détournent les biens du peuple sont qualifiés de bénis. Leurs louanges sont vus comme des braves !
A la lumière de ce qui précède, je pense que le problème guinéen est un problème de mentalités. Le jour où nous penserons NATION sans aucune hypocrisie, nous
pouvons chasser la dictature. Car ce jour, il n'y aura ni Toma, ni soussou, ni bassari, ni mano...
Ni guinéen de l'intérieur ni guinéen de la diaspora mais simplement le CITOYEN GUINEEN et une seule cause : LA CAUSE NATIONALE.
Refuser cette vérité c'est donner encore de beaux jours à la dictature.
Tout en vous remerciant pour votre lettre, je vous prie
d'accepter mes salutations fraternelles.
Ansoumane CAMARA depuis Dakar
Porte Parole de l'Action de la Jeunesse Guinéenne pour l'Alternance Démocratique et la Prospérité AJGADEP
Contact : ansoumanecamara2000@yahoo.fr
Une Correspondance pour www.nlsguinee.com