dimanche 31 décembre 2006
C’est désormais habituel que le président autoproclamé, signe simultanément des décrets contradictoires. Ainsi, le remaniement gouvernemental, à peine annoncé sur les ondes audiovisuelles publiques, est aussitôt remanié. Ceux qui, hier étaient ministres, sont brutalement débarqués pour laisser la place à « l’ami Conseiller en communication ».
Et puisque le beau-frère du président autoproclamé est lui-même débarqué, le remaniement est déclaré non-conforme. Mr. Fodé BANGOURA est promptement accusé d’avoir « falsifié » le décret initial. C’était déjà l’argument employé contre Mr. Cellou Dalein DIALLO. Le beau-frère est donc réintégré par un autre décret qui contredit le premier ou le deuxième, peut être même le troisième, en quelques heures.
Nos compatriotes s’en étonnent. A juste raison. Car, personne n’imagine qu’un président sain d’esprit agisse de la sorte. Jouer avec la vie de millions de personnes pour juste récompenser un « ami flagorneur » dont la loyauté est variable et successive, est hallucinant.
Il faut s’interroger sur la concomitance entre la nomination du nouveau ministre de l’information et la disgrâce soudaine de Fodé BANGOURA. Car, le toujours président du C.N.C. et ministre de l’information est un singulier personnage, aux « convictions » insaisissables, tant elles sont successives et caoutchouteuses. Sauf sur un point : ses intérêts personnels et strictement personnels.
Parlant de ses amis (Fodé BANGOURA et Lansana Conté) auxquels il doit sa promotion sociale et matérielle, il écrivait récemment : « …Les Guinéens sont les mêmes : bons quand ils sont dans la galère et cyniques quand ils sont aux commandes… ». On ignore s’il se compte lui-même parmi ces « Guinéens » qu’il a si souvent courtisés, avant de les mépriser quand il sent leur chute proche. Mais ça, c’est une question qui le concerne, lui et ses « amis »(Lansana conté et Fodé BANGOURA).
Observons simplement que même Mr. Lansana Conté, mérite mieux comme preuve d’amitié.
Le nouveau ministre de l’information est enfin parvenu à la fonction si longtemps convoitée. D’un point de vue éthique, l’acceptation de ce poste par lui, est à mon avis discutable. Je perçois bien les intérêts qu’il vise en arrière-plan. J’y reviendrai.
Par une cour assidue auprès de ses « amis », il obtint de confectionner le décret relatif à la « libéralisation » des ondes audiovisuelles. Il présente un texte qui dissout la libéralisation vraie, mais conforte la mainmise du pouvoir, celui de ses « amis », sur l’ensemble des moyens publics de communication. Il est aussitôt promu président du C.N.C. (Conseil National de la Communication). Il s’y illustre par l’interdiction des journaux concurrents du sien. Les autres, administrativement asphyxiés, végètent ; tandis que le sien prospère. Les quelques rares annonceurs ont compris qu’il faut alimenter son journal pour être en paix.
Le problème éthique réside en ceci que, le président du C.N.C. et maintenant ministre de l’information, tout en étant propriétaire d’un journal, prétend réguler le secteur de la presse et surveiller ce qu’il appelle « éthique » professionnelle. Il n’est guère tourmenté par le conflit d’intérêt évident. Ce qui explique d’ailleurs le zèle qu’il a mis à traquer les journaux concurrents du sien.
Juridiquement, la manière dont il a été promu ministre n’est pas non plus d’une orthodoxie irréprochable. La précipitation avec laquelle il a chassé son prédécesseur remercié dans les conditions que l’on sait, appelle quelques doutes sur la Légitimité juridique de sa promotion.
Interrogation : trois ministres sont remerciés, parmi lesquels le beau-frère du président autoproclamé. Par un acte juridique unique et donc indivisible ( le décret de nomination) ils sont remplacés par trois autres personnes dont « l’ami » du président, opportunément promu Ministre de l’information. Brutalement, le beau-frère du président est réintégré à son ancien poste. Celui qui avait été nommé à sa place, est sans affectation précise ou renvoyé. Mais le tout nouveau Ministre de l’information est maintenu à sa récente fonction.
Or, la probité juridique aurait consisté à renvoyer tous les trois nouveaux ministres promus par le même acte juridique. Ce qui n’a pas été fait. On est en droit de se demander, si le remaniement n’a pas été motivé par le désir de récompenser un « ami » journalistiquement moins compétent, mais plus manipulateur, et surtout plus flagorneur. L’hypothèse est d’autant plus vraie que l’ex-ministre de l’information renvoyé est réputé être plus compétent et moins docile.
Les remaniements auxquels procède Mr. Lansana Conté ont toujours été calamiteux. Mais celui-là comporte beaucoup trop d’ambiguïtés sur les conditions et la personnalité de ses « amis » promus.
Alors Questions : Dans quelles conditions le toujours président du C.N.C. s’est-il fait nommer Ministre de l’information ?
Pense-t-il qu’il a un minimum de légitimité juridique à occuper cette fonction ?
Qu’en pensent ses ex-confrères ?
Le récent ministre de l’information et néanmoins président du C.N.C. a fait plusieurs voyages en France. Y a-t-il un rapport entre ces voyages furtifs et sa récente promotion ambiguë ?
Mamadou Billo SY SAVANE, France
Mon contact : mamadoulinsan@wanadoo.fr
Une Correspondance pour www.nlsguinee.com