lundi 11 décembre 2006
Il ne fallait surtout pas rater les bavardages du club, Demain La Guinée, autour de l'écrit de Mme Dominique Bangoura: "Quelle transition politique pour la Guinée".
La mise en scène a eu lieu dans un coin caché de la rue Jean Nicot 75007 Paris, dans l'après-midi du 11 décembre 2006. Mohamed Tétémadi Bangoura et son épouse, Mme Dominique Bangoura, et l'anthropologue Moustapha Diop ont fait un parfait étalage de ce qui trottine dans leur tête.
André Levin, ancien ambassadeur de Paris à Conakry, Bernard Auger et Etienne Philippe des partisans de la prise du pouvoir par Aboubacar Somparé, président de l'Assemblée nationale, ne se sont pas montrés au rendez-vous.
Mohamed Tétémadi Bangoura ouvre le bal en jetant des fleurs à sa douce moitié. "Je profite de l'occasion pour féliciter mon épouse. Elle prouve qu'elle aime la Guinée mais en fait c'est son mari qu'elle aime". Un couple malin, non ? ça m'a rappelé étrangement ces dires de Nietzsche: "Ils veulent tous approcher le trône."
Plus loin Mohamed Bangoura Tétémadi, rien à voir avec notre internaute du nom de Mohamed Bangoura "Tatéma", martèle qu'à une époque de la Guinée "les Guinéens étaient fiers de bomber la poitrine" à Paris et partout ailleurs. Il laisse entendre qu'avec le régime actuel les Guinéens rentrent, maintenant, leur tête dans les épaules.
Un nostalgique du régime sanguinaire de Sékou Touré, très excité, applaudit à se rompre les poignets. Quelle bêtise ! Sans tomber dans une comparaison entre les deux régimes, il faut quand même avoir l'audace de reconnaître à Lansana Conté le mérite de dire qu'il n'a pas "peur des critiques".
Combien de Guinéens ont été assassinés dans leurs lits à Dakar pour avoir critiquer vertement la Révolution de Sékou Touré ?
N'y a-t-il pas aujourd'hui moins de risque de se faire enlever, kidnapper ou assassiner à Paris par le régime de Conté qu'au temps de Sékou Touré ?
Si Ibrahima Baba Kaké était de ce monde il allait témoigner. Non, Mohamed Bangoura Tétémadi, vous vous trompez gravement. Les familles de Diallo Telli, de Kaba 41, de Barry Diawadou, de Barry III, de Lofo Camara, de Camara Laye, de Kaman Diabi, du capitaine Koumbassa Aly, de l'inspecteur d'academie, de Djbril Tamsir Niane, de Dr Alpha Oumar Barry, de Aliou Dramé, de Abdoulaye Diallo dit Portos (le miraculé du Camp Boiro), Koumbassa Saliou, du lieutenant Boubacar Camara dit Mbeng, du commandant Cheik Keïta, de l'adjudant Namory Keïta, de Keïta Fodeba, de Karim Fofana (brillant ancien ministre des mines et de la Géologie), et bien d'autres familles émérites guinéennes n'étaient pas du tout "fiers de bomber la poitrine" dans le monde. Les internautes apprécieront eux aussi.
La maligne Mme Dominique Bangoura dit de façon espiègle que "les propositions faites" antérieurement par les autres cadres en bois et autres politicards Guinéens "sont de nature anticonstitutionnelle" parce qu'elles rejettent l'application à l'aveuglette de l'article 34.
Après un long monologue, elle soutient mordicus qu'il faut "procéder à la vacance du pouvoir". Comment ? Par une saisine de la Cour Suprême par le président de l'Assemblée nationale en proclamant la vacance du pouvoir. Il n'y a pas à ennuyer les internautes sur les autres propositions que Mme Dominique Bangoura a chantonnées. C'est de la vieille de la vieille. Rien d'original.
Le nommé Diop, le troisième malin du club, s'empare de la parole. Il s'adonne à une véritable opération de charme avant de défourailler : "L'opposition guinéenne n'est pas dans une position de prendre le pouvoir. Ils se disent tous républicains mais ils n'ont pas les mêmes idées..." Patati et patata. On lui arrache presque la parole pour passer à l'épreuve des questions-réponses. Jusque là tout se passe sans heurts dans le meilleur des clubs amis-amis possibles.
En écoutant les trois diseurs, on a bien eu l'impression qu'ils déroulent, insidieusement, astucieusement, le tapis rouge pour le président de l'Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, afin qu'il assume l'intérim de la transition. Cela fait dresser les cheveux à l'auditoire.
Votre internaute, envoyé partial, s'égosie. "Je préfère un Conté grabataire, mourant, agonisant au pouvoir que de voir Aboubacar Somparé assumer un intérim présidentiel. Aboubacar Somparé, qui a toujours nié la pratique de la torture en Guinée, n'a pas le courage de saisir la Cour Suprême pour parler de vacance du pouvoir. Et puis Somparé a été parachuté à la tête de l'Assemblée nationale. Lui-même est illégitime..." Cela fait du boucan.
Il faut dire avec insistance que la Guinée ne sortirait pas de l'auberge si c'est Aboubacar Somparé que des louches s'activent à pousser à la tête de la magistrature suprême. Comme Lansana Conté, Aboubacar Somparé est de santé fragile. Il est malade. Ce ne sont pas les ressources humaines qui manquent à la Guinée pour dénicher un citoyen ou une citoyenne qui assumera la transition.
Par contre il faut annihiler tout risque de voir le retour des nostalgiques du régime totalitaire de Sékou Touré au pouvoir. Ils ne désespèrent pas. Ils sont aux aguets. Il faut empêcher vaille que vaille Ousmane Conté de succéder à son père. C'est une éventualité à ne pas écarter d'un revers de main. Rien n'est impossible dans une république bananière. Si on se laisse faire c'est le Quai d'Orsay, par l'entremise de certains compatriotes, qui dictera l'individu à parachuter à la magistrature suprême.
Le général de Gaule disait que "La France n'a pas d'amis. Elle a des intérêts." C'est pourquoi il faut rester vigilant. Le Quai d'Orsay passe souvent par des clubs de ce genre pour sonder les opinions.
Dans le corps à corps des opinions, le nommé Diop retrousse ses manches et s'oppose à ses contradicteurs qui refusent de se laisser mener par le bout du nez. Comme au cœur du marché de Madina à "Cona-cris", ça crie, ça tempête. Il n'a certainement pas apprécié qu'on ait conseillé à son Club d'aller proposer son affaire là au bled au lieu de se faire passer pour des thaumaturges des problèmes politiques guinéens à Paris.
Diop fait l'esprit en disant qu'il y a deux voies possibles pour passer à une transition: "la voie constitutionnelle et la voie non constitutionnelle."
Je vous assure que c'est ça toute leur trouvaille! Qui ignore ça ? Dites-moi qui ? Ah! Oui, ils prennent certainement les Guinéens pour des niais. Rien dans la cervelle. Heureusement que l'anthropologue a été inspiré de déclamer ses "maux" comme au théâtre pour ne pas lasser son auditoire. Il n'est pas d'accord avec nous. Nous ne sommes pas aussi d'accord avec lui.
Rachid Ndiaye, Rédacteur en chef adjoint de Africa International, qui a fait le déplacement, replace les choses dans leur contexte. Il fait observer au trio que partout dans le monde, la transition s'est faite et se fait toujours par une rupture.
Où est-ce qu'on a vu une transition se produire dans le respect de la constitution ? Hé ! M. Diop, ne nous citez surtout pas et pas du tout le cas du Sénégal entre Senghor et Abdou Diouf.
Or poursuit Rachid "Les Guinéens en Afrique, c'est le peuple qui pratique l'insularité politique. C'est-à-dire que les Guinéens partent du principe que chez eux ça ne ressemble à aucun autre pays au monde. Somparé dit qu'il faut comparer la Guinée à la Guinée. J'ai pu observer le même phénomène au Burundi : le syndrome IMANA. C'est-à-dire que les Burundais sont persuadés que le matin Dieu va à son travail et le soir il vient dormir chez eux. Le Guinéen est comme ça." Cette analyse détend un peu l'atmosphère.
S'agissant de l'opposition, Rachid N'diaye dit avoir trouvé les conférenciers "assez sévère vis à vis des partis politiques". Il leur a mis sous le nez des remarques piquantes. "Et vous avez remarqué tous le capital qu'on a accumulé par rapport à la naissance des partis politiques. Ce capital a été pratiquement confisqué à partir de 2000 lorsque la Guinée a été confrontée au premier phénomène de rébellion. Conté en a profité pour instaurer un Etat d'urgence dans lequel les partis politiques n'ont pas le droit de manifester, de faire aucune activité reconnue par la loi fondamentale. La Guinée c'est l'un des rares pays où les partis politiques n'ont pas accès aux médias d'Etat."
En ce qui concerne l'armée guinéenne, Rachid souligne qu'elle n'est pas différentes aux autres armées.
L'anthropologue sort de ses gongs. Il retrousse à nouveau ses manches et jette dans une empoignade avec son contradicteur. Il monopolise la parole. Il bavarde longtemps pour faire avaler des trucs à son auditoire. Mais c'est trop gros. Ça ne passe pas!
Grand de taille, l'anthropologue de s'interroger: "comment dépasser sa petite personne pour favoriser la création d'un Etat de droit? "
He bien! En étirant les Guinéens avec des grues de telle sorte qu'ils deviennent tous de grandes personnes.
L'anthropologue fait l'étonné: "Je ne comprends pas pourquoi les Guinéens ne bougent pas. Il suffit d'émettre une idée pour être attaqué."
Pourtant c'est facile à comprendre. Les Guinéens vous attendent au bled pour bouger et se convaincre à avaler des couleuvres.
Pendant qu'il assène sa leçon de morale genre: "Lisez ce livre. Nous, nous avons été formés à l'école où il faut des idées avant d'agir", c'est à peine si on ne nous a pas retiré les chaises des fesses.
Il est 18h 30. L'heure de la location de la salle est terminée. Il faut débarrasser le plancher.
Dehors, on continue le dialogue entre invités. "En fait, j'ai voulu demander au trio combien ils ont reçu de la part de Somparé pour lui faire ainsi une pub déguisée. Mais, je me suis ressaisi pour ne pas embarrasser trop la nounou. Une chose reste sûre, ce club roule sur financement..."
Selon la maligne dame, son livre se vend comme de petits pains à Conakry.
Peut-être qu'elle ignore le topo en Guinée. Somparé et ceux à qui ce livre fait l'affaire achètent des centaines et les distribuent gratis. Un plaisantin dans l'entourage de ceux-ci, qui n'aurait même pas lu ça, mais un aigrefin, l'appelle pour la louer.
Est-ce que cela signifie que ça se vend bien? Tension...hein aux illusions !
Elle parle de 500 exemplaires vendus et même de rupture de stock à "Cona-cris". Héhé hééé! Elle ne sait pas qu'au bled, le souci des gens c'est comment remplir leur panse. Du pain! Du pain! Du pain! La baguette de pain coûte justement à ce jour 1400 francs guinéens.
Peut-être qu'un jour, en se promenant dans les rues de la capitale, vous serez ahuri de voir des vendeurs de pains et de cacahuètes se servir, innocemment, des feuilles de ce truc-là.
Les pilleurs des bavardages vous déchirent le cœur. Ils sont légion là-bas.
Des purs et durs qui "ne bougent pas". Ha! Ha! Ha!
Benn Pepito, depuis Paris
Une Correspondance Spéciale pour www.nlsguinee.com