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Afrique : FAUT-IL BRULER LES ANCIENS CHEFS D'ETATS AFRICAINS?

 08 août 2005  

Le sort souvent réservé à certains anciens chefs d'Etats africains a t-il un impact négatif sur la qualité de l'alternance en Afrique?
Comment dès lors à partir de l'amélioration du sort des anciens chefs d'Etats parvenir à une alternance démocratique en Afrique?

FAUT-IL BRULER LES ANCIENS CHEFS D'ETATS AFRICAINS?

Face à cette question, un jeune africain de la diaspora a eu cette réponse tout en cruauté: "il faut les enfermer chacun dans une cage, couper chaque jour une partie de leur corps et la leur faire cuire à manger en prenant soin qu'ils ne meurent pas vite mais qu'ils souffrent le plus longtemps possible. Nous sommes obligés de venir souffrir ici en France parce qu'ils ont détourné tout notre argent pour eux et leurs familles".

Au delà de ce que nous pouvons considérer comme de la cruauté, c'est l'image que laissent les dirigeants africains, anciens comme actuels qui devrait le plus nous préoccuper car, cette réponse qui fait froid au dos est pourtant partagée par la majorité des jeunes africains aujourd'hui, aussi bien ceux de la diaspora que ceux qui sont restés au pays. Non pas uniquement à l'égard des anciens chefs d'Etats mais aussi à l'endroit des dirigeants actuels de l'Afrique qu'ils considèrent comme les affameurs de leurs peuples. De plus en plus en Afrique, des groupes de prière, surtout d'obédience anglo-saxonne, se forment et organisent constamment des veillées de prière officiellement pour conjurer la pauvreté et la misère mais en réalité pour que la colère de Dieu s'abatte sur la classe dirigeante et singulièrement sur la personne du chef de l'Etat. Et pour galvaniser leurs ouailles les pasteurs accusent les dirigeants de servir le diable. Dans les chaumières, on fait porter au chef de l'Etat la responsabilité de toutes les difficultés que traverse la famille et même les enfants n'hésitent pas à lui proférer des imprécations: "Que le diable l'emporte, lui et tous les siens", entend t-on souvent dire. Même certains proches collaborateurs des chefs d'Etats toujours insatiables ne s'embarrassent pas pour le vilipender et même lui souhaiter les pires des malheurs en privé lorsqu'ils estiment qu'il ne leur a pas offert la promotion qu'ils croyaient mériter.

Au Cameroun, une rumeur malveillante annonçant le décès subit du président Paul Biya en 2004 a montré à suffisance l'état particulièrement dégradé des relations entre le président de la République et son peuple. Alors que en d'autres circonstances et lieux, une telle nouvelle aurait au moins arraché l'émotion des uns et des autres et même provoquer des scènes d'hystérie collective, les camerounais étaient partagés entre l'approbation et l'indifférence. On a ainsi entendu les gens demander s'il est mort seul ou s'il est parti avec tout son entourage. Des sources crédibles ont rapporté qu'à l'intérieur même du pouvoir, certains dignitaires du régime à l'écoute de cette nouvelle ont tout simplement cassé le champagne. Les mêmes sources rapportent que le président, revenu triomphalement, avaient déjà réglé leur compte.

Depuis quelques temps, les Etats Unis - qui sont apparemment plus à l'aise dans la promotion de l'alternance démocratique en Afrique (sauf lorsqu'il y a une forte odeur du fuel) que des pays colonialistes tels la France, la Belgique, la Grande Bretagne parce que ne souffrant pas directement d'interférence des réseaux maffieux – ont entrepris de se poser la question du sort des anciens chefs d'Etats et même à y trouver un début de réponse à travers de certaines d'initiatives. Il en est ainsi selon Christopher Fomunyoh du National Democratic Institute (Ndi) "d'un certain nombre d'institutions américaines qui voudraient trouver des occasions pour que les anciens chefs d'Etats africains viennent rester en résidence pour peut-être publier leurs mémoires, écrire des livres". "Les universités de Havard et Boston réfléchiraient sur la même question".

Mais l'initiative la plus concrète reste cependant celle conduite du 05 au 08 juin dernier à Bamako où le Ndi du Dr Fomunyoh a tenu un symposium à l'attention d'une quinzaine d'anciens chefs d'Etats africains et dont le message principal était: "il y a une vie après la présidence". Un slogan qui, parce qu'il porte en lui le symbole de l'espérance est tout un programme. Le symposium de Bamako se voulait un "forum permettant aux anciens leaders encore crédibles de partager leurs expériences sur les initiatives de démocratisation et de gestion des conflits". L'épithète "crédible" vaut ici tout son pesant de symbole quand on sait que parmi ces anciens chefs d'Etats il y a ceux qui sont fréquentables et même qu'ils font honneur à l'Afrique mais d'autres qui dégagent une image bien hideuse et qui bien entendu font honte à l'Afrique. La première catégorie est représentée par des hommes à l'intégrité avérée tels: Nelson Mandela, Alpha Omar Konaré, Abdulsalami Aboubakar, Abdou Diouf, Sam Nujoma, Joachim Chissano. Dans la deuxième catégorie, on retrouve des personnages tristement célèbres tels: Hissein Habré, Charles Taylor, Didier Ratsiraka, André Kolingba, Minguistu Haïlé Mariam (Négus rouge).

Même si les organisateurs du symposium de Bamako ne l'ont pas clairement posé, il est évident de relever qu'à travers le destin des anciens chefs de l'Etat, et surtout l'affirmation forte selon laquelle: il y a une vie après la présidence, s'énonce la problématique de l'alternance démocratique en Afrique. Autrement dit, le sort réservé à certains anciens chefs d'Etats africains a t-il un impact négatif sur la qualité de l'alternance politique en Afrique? Comment dès lors à partir de l'amélioration du sort des anciens chefs d'Etats parvenir à une alternance pacifique et démocratique à la tête des Etats africains? Voilà les deux questions auxquelles l'Afrique doit de façon urgente et concrète, apporter des réponses claires et définitives.

LA DERIVE MONARCHIQUE

Par rapport à la culture démocratique, l'Afrique affiche aujourd'hui un visage bien pâle: trucage des élections à ciel ouvert, hold up électoral, manipulation des constitution en vue d'imposer des présidences à vie. Ce phénomène qui fleurit curieusement les pays francophones semble avoir réussi à rendre la communauté internationale à la fois impuissante et consentante. Mis parfois devant le fait accompli par les régimes en place, elle privilégie la stratégie sécuritaire censée éviter le chaos et propose le partage du pouvoir entre les protagonistes. Une stratégie qui a la faiblesse de mettre la démocratie entre parenthèse et de dérouler le tapis rouge à la monarchie.

Nous avons vu que l'une des conditions majeures du décollage économique – synonyme d'indépendance réelle – de l'Afrique était l'instauration des régimes démocratiques qui engendreront à leur tour la bonne gouvernance symbolisée par la gestion transparente et efficace des ressources. Or aujourd'hui, ce modèle de transmission du pouvoir en Afrique est en panne. Profitant de la lassitude des peuples - épuisés par 15 années de combats parfois infructueux mais surtout de la complicité agissante des réseaux maffieux aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur - des monarchies obscurantistes sont en train de générer en Afrique comme les métastases gagnent un corps cancéreux.

Après la République démocratique du Congo où le blanc bec Joseph Kabila a été porté au pouvoir après l'exécution de son père par l'un de ses Kadogos, c'est le Togo de Gnagsimbé Eyadema qui a vu l'arrivée de Faure Gnagsimbé, adoubé précipitamment par les réseaux militaro-maffieux et qui en plus du hold-up, n'a pas hésité à marcher sur les cadavres de ses compatriotes pour prendre place laissé par son père. Dans plusieurs pays d'Afrique le mot que semblent se passer les chefs d'Etats est "mourir au pouvoir et au besoin assurer sa descendance". Au Gabon, le président Omar Bongo qui brigue un nouveau mandat après 37 ans au pouvoir, a fait sa mue et compte retrouver une nouvelle jeunesse en ajoutant à son nom le patronyme "Ondimba" d'un père qu'il avait oublié.

De façon tout à fait éhontée, les constitutions sont manipulées pour y supprimer la limitation des mandats pendant ce temps, les jeunes "princes héritiers" - ayant parfois pour unique parchemin le patronyme qu'ils portent et ayant une conception à la fois ludique et cruelle du pouvoir - s'échauffent et s'impatientent dans les vestiaires de la République en attendant la mort du père s'ils ne contribuent d'ailleurs pas à le précipiter. De leur coté, de façon subtile ou de façon ostentatoire, certains chefs d'Etats ont placé leurs fils dans l'appareil d'Etat et parfois à des postes stratégiques. Au Gabon, en Guinée Equatoriale, en Egypte, au Tchad, au Zimbabwe, en Libye, les "papamadits" font la pluie et le beau temps.

Si la dérive autocratique n'est pas arrêtée à temps, demain le Gabon sera gouverné par l'actuel ministre de la défense et le tout nouveau président du conseil supérieur des affaires islamiques du Gabon (Csaig), Ali Ben Bongo Ondimba qui n'est autre que le fils de l'actuel président Omar Bongo; la Guinée Equatoriale verra le sacre du bouillonnant homme d'affaire, député de la région de Bata et ministre des forêts, Téodoro Nguéma Obiang "Téodorino" pour les fans, fils aîné du président Obiang Nguéma Mbazogo; Léo Mugabè, fils de Robert, qui est déjà en affaire au sein de la société Ridgepoint Overseas development corporation avec Joseph Kabila n'aura aucune difficulté pour se faire introniser au Zimbabwé; Brahim Idriss Déby, 26 ans et déjà conseiller particulier de son président de père, s'évertuera à préserver la dynastie Gazawa à la tête du Tchad. Il paraît qu'il manie aussi bien la langue que le révolver; En Egypte, Gamal Mubarak, 41 ans, fils de son père Hosni vieillissant sera le nouveau Raïs de l'Egypte.

Déjà, un peu partout en Afrique: au Gabon, au Cameroun, aux deux Congo, en Guinée Equatoriale, au Tchad, au Zimbabwe, en Guinée Conakry... des groupes de pressions occultes ou non qui en fait tiennent la réalité du pouvoir, s'organisent pour obliger les chefs d'Etats en poste à briguer les mandats présidentiels jusqu'à ce que mort s'en suive. Pour beaucoup de ces chefs d'Etats, le "manteau de fer" – comme l'appelait Moussa Yaya Sarkifada, un imminent homme politique camerounais – censé les protéger contre les attaques multiformes de leurs adversaires est devenu le "manteau de fourmis magnans" mais ils continuent de l'enfiler malgré les piqûres douloureuses de bestioles. Ont-ils seulement le choix?

Au Tchad, harcelé par ceux qui veulent le voir abandonner le pouvoir après 15 ans d'exercice sans partage, Idriss Déby a été obligé de confier la gestion de la manne pétrolière à la Banque mondiale en espérant pouvoir détourner l'attention de ceux qui lorgnent vers son pouvoir, un peu comme une personne qui, menacée par une meute de chiens décide de leur balancer des gigots de viande. Le résultat c'est que le président tchadien a remporté haut la main le référendum qui lui a permis de tordre le coup à la disposition constitutionnelle consacrant la limitation du mandat présidentiel. Ce qui veut dire qu'il tient contre vents et marées à conserver son pouvoir au besoin jusqu'à la mort.

En Egypte, Hosni Mubarak au pouvoir depuis 24 ans a fait défiler récemment une horde de femmes de son parti qui chantaient que "même les foetus que certaines d'entre elles portent en leur sein demandent la réélection du Raïs". Et malgré les attentats de Cham el chair, le président Egyptien est assuré de s'offrir un énième mandat.

En Guinée Conakry, le président Lansana Conté est devenu un président-grabataire miné par un vilain diabète. Il a eu le courage de voter lors d'un scrutin couché dans son véhicule tout comme il a tenu à défier ses adversaires par ces propos qui lui sont propres: "Tant mon cerveau pourra réfléchir et que ma bouche pourra dire quelque chose, je resterai au pouvoir". Selon lui, on peut rester allongé dans son lit toute la journée mais diriger un pays.

Par le passé, on a connu le cas de Habib Bourguiba de Tunisie qui, parce qu'il n'avait pas su laisser les choses, parce qu'il s'était laissé saouler par le pouvoir ou parce que atteint de sénilité, ne s'était même pas rendu compte jusqu'à sa mort de sa destitution par son poulain Ben Ali.

En Afrique, on peut multiplier ainsi à l'infini des exemples d'incongruités par rapport à la gestion du pouvoir. Mais il faut tout de suite dire que l'Afrique même si elle détient le record, n'est pas l'unique partie du monde où les chefs d'Etats veulent mourir au pouvoir.

Nous pouvons citer à longueur de journée et même écrire des tomes d'ouvrages sur les incohérences des pouvoirs politiques en Afrique, certaines dépassant même le niveau de l'entendement humain. Mais quel intérêt avons-nous ainsi d'exposer nos dessous à la face du monde. Pourquoi au travers des tableaux particulièrement humiliants, radicaliser un peu plus des régimes déjà si acculés et à la conscience si surchargée?

Face à la bêtise humaine, j'adopte souvent deux attitudes: la naïveté et la faiblesse. J'ai la naïveté de croire que chaque être humain bien constitué est doté d'une conscience qui agit en permanence comme un tribunal intérieur et qui doit de ce fait empêcher l'adoption de certaines postures peu honorables. J'ai la naïveté aussi de croire qu'après 10 années d'exercice du pouvoir comme d'ailleurs à n'importe quel poste, on est usé, blasé et on a envie d'aller voir ailleurs et faire autre chose.

j'ai la faiblesse de croire que tout comportement suspect recèle des motivations profondes qu'il faut rechercher avant de condamner. Ceci découle d'une sagesse africaine qui dit "qu'avant d'exécuter un maquisard, il faut l'entendre au préalable sur procès verbal même si on l'a arrêté les armes à la main". J'ai donc la faiblesse de toujours m'interroger pour comprendre les motivations profondes des comportements incriminés. Et pour ce qui est des dirigeants africains, je me suis posé cette question toute simple: Pourquoi des hommes saints de corps et d'esprit et que les flagorneurs créditent souvent d'une intelligence au dessus de la moyenne, peuvent-ils accepter de devenir le réceptacle de toutes les médisances de leurs peuples, d'exposer à la vindicte populaire certaine leurs descendances et leurs proches pour un pouvoir qui depuis a cessé d'être "sucré" dans leur bouche et sur lequel ils sont finalement accrochés comme un pendu au bout de la corde qui l'a étranglé et qui continue de l'étrangler?

Il suffit juste de se poser cette question pour comprendre que parmi les facteurs qui bloquent la démocratisation en Afrique, la peur des lendemains incertains pour les chefs d'Etats et leurs proches prime sur le sucre du pouvoir. Autrement dit, si certains présidents étaient sûrs qu'en abandonnant le pouvoir, ils ne se feront pas chercher noise par leurs successeurs, ils seraient plus nombreux à lâcher prise. Malheureusement, dans des pays où il suffit juste de se courber pour ramasser un motif d'inculpation d'un ancien chef de l'Etat – tant gouverner en Afrique rime avec crimes d'Etat, corruption et détournements - les nouveaux régimes ne se sont pas souvent fait prier pour leur faire sentir le mord à leurs illustres prédécesseurs. Entre 1980 et 2002, les protagonistes au sommet des régimes politiques africains se sont correctement crêpé le chignon.

L'ancien président du Cameroun Ahmadou Ahidjo a été condamné à mort par contumace en février 1984 pour complot contre le président Paul Biya à qui il avait remis volontairement le pouvoir en novembre 1982; Jean Bedel Bokassa, l'ex empereur de Centrafrique a été condamné à mort en juin 1987 pour avoir ordonné le massacre d'enfants; Pascal Lissouba du Congo a été condamné par contumace en décembre 2001 à 30 ans de travaux forcés pour haute trahison. Il avait déjà été condamné à 20 ans de réclusion en décembre 1999 officiellement pour complot visant à assassiner le président Sassou Nguessou; Olesegun Obasanjo, actuel président du Nigéria qui avait déjà gouverné ce pays de 1976 à1979 avait été condamné à la prison à vie en juillet 1995 pour son implication dans une tentative de coup d'état contre Sani Abacha; En 1997, l'ancien président zambien Kenneth Kaunda fut détenu et inculpé, par son successeur Frédérik Chiluba de rétention d'informations. Le même Frédérik Chiluba devenu ex président a été inculpé par son successeur Lévi Mwanawassa de corruption et de détournement de fonds. L'ex président Rwandais Pasteur Bizimungu est écroué depuis le 23 avril 2002 pour "atteinte à la sûreté" de l'Etat et "détention illégale d'armes". L'ex président de Madagascar Didier Ratsiraka a été condamné par contumace à 10 ans de travaux forcés pour "détournement de deniers publics". Il existe même des inculpations à la fois grossières et fantaisistes comme celle de l'ex président du Zimbabwe Canaan Banana qui avait été condamné en 1998 à un an de prison ferme pour sodomie et crime sexuels lors de sa présidence.

Tous ces actes semble confirmer l'adage bien connu dans les milieux du pouvoir en Afrique et qui dit "qu'en Afrique, un bon ancien président est un ancien président mort, en exil ou en prison". Et çà, les tenants des pouvoirs actuellement en Afrique n'en sont que trop conscients et ne veulent prendre aucun risque. Certains comme Denis Sassou Nguessou et Mathieu Kérékou avaient lâché prise à la suite d'élections démocratiques mais les réseaux les ont réinstallé au pouvoir et on peut être sûr qu'ils mettront tout en jeu pour y mourir.

PARDONNER AUX ANCIENS CHEFS D'ETAT

La dérive monarchique perceptible aujourd'hui en Afrique tient moins de la volonté des tenants du pouvoir et de la clique des profiteurs qui les accompagnent de faire durer la jouissance que finalement d'un instinct de conservation qui transforme dans leurs tête le pouvoir en bouclier contre d'éventuels représailles de leurs peuples. Ceci est d'autant plus vrai que certains chefs d'Etat ont souvent manifesté en privé le désir d'abandonner le pouvoir mais ils ont été dissuadé par les réseaux qu'ils ont eux même tissé et qui finalement les tiennent en otage.

Sur la dérive monarchique, il y a des facteurs qui tiennent de la nature même des régimes politiques. Il s'agit pour la plupart des régimes sans base populaire qui, pour exister font dans le clientélisme, le tribalisme, la corruption, le chantage et même la terreur si cela s'avère nécessaire. Au fil du temps, tous ces maux sur lesquels sont bâtis les pouvoirs en Afrique prennent des proportions incontrôlables et finissent même par menacer les tenants du pouvoirs. Le changement de régime n'est plus simplement le remplacement du chef de l'Etat mais est interprété par une horde de profiteurs comme un lâchage de la part de leur protecteur. Il est aussi interprété comme la fin des privilège et l'entrée dans une zone de turbulence. Ce qui n'est pas complètement faux: "Lorsque l'ancien président camerounais, Ahmadou Ahidjo avait pris la décision de démissionner c'est le destin de plusieurs personnes qui avait du jour au lendemain basculé dans l'horreur. Certains qui l'avait pourtant tout tracé ont dû vivre les pires des cauchemars", se souvient un observateur de la scène politique camerounaise.

Nous venons de relever tout au long de cette analyse, ce qui peut être considéré comme des grains de sable dans la machine de l'alternance politique en Afrique. Nous sommes parti du sort réservé aux anciens chefs d'Etats pour essayer de comprendre les motivations profondes des comportements des tenants des pouvoirs actuels en Afrique. Maintenant, nous pouvons nous intéresser aux conditions à remplir pour une alternance pacifique et démocratique en Afrique.

La question a déjà préoccupé par le passé, deux membres de l'opposition dans deux pays africains. Alpha Condé, président du Rassemblement du Peuple de Guinée (Rpg) et Moustapha Niasse, leader sénégalais de l'Alliance des Forces du progrès (Afp), sont parvenus, à quelques nuances près, à la conclusion qu'il faut pardonner les anciens chefs d'Etats. "Tout chef d'Etat qui quitte le pouvoir doit être accompagné jusqu'à son domicile avec les voeux du peuple pour qu'il ait une longue vie et qu'on le laisse avec sa conscience...", propose Moustapha Niasse.

Dans la recherche d'une alternance pacifique et démocratique en Afrique, tous les acteurs politiques, aussi bien ceux du pouvoir que de l'opposition doivent se débarrasser de leurs fiertés maladives qui ont souvent bloqué tant de processus. Ils doivent dans un esprit de réconciliation – non plus une réconciliation spectacle qui se fait dans des fora d'hypocrisie mais des réconciliations interpersonnelles et sincères – s'entourer des valeurs que sont l'humilité, la générosité, l'humanisme et le patriotisme.

Acculer les chefs d'Etats africains en leur proférant des menaces comme le font certains leaders de l'opposition rend aux chefs d'Etats en question un précieux service. Ainsi, lorsqu'ils vont en occident solliciter le soutien de leur maître, ils actionnent aisément le levier de la victimisation en disant que leur vie et celle de leur entourage seraient en danger si jamais il n'a plus le pouvoir pour se protéger. En filigrane, ils font filtrer la menace d'un chaos que provoquerait leur départ précipité du pouvoir. Ils le disent avec tellement de preuves que, c'est parfois pour des raisons humanitaires que les puissances colonisatrices et malheureusement la communauté internationale mal renseignée par les réseaux, les maintiennent au pouvoir et tendent même à perpétuer leur dynastie. On soupçonnerait même certains dirigeants africains de susciter des oppositions de façade pour atteindre l'objectif précité. C'est peut-être le cas du président Omar Bongo Ondimba et son camarade de parti Zacharie Myboto qui a démissionné récemment pour créer un parti politique, l'Ugdd. D'après Daniel Mengara, leader d'un mouvement d'opposition gabonaise en exil, Bdp-Gabon Nouveau, il s'agirait de "la plus grosse machination politique de l'histoire du Gabon" puisqu'il existerait un pacte secret entre Bongo et Myboto.

En vue d'aménager une porte de sortie honorable à certains anciens chefs d'Etats usés par le pouvoir, dépassés par la nouvelle donne, chaque partie est appelée à mettre un peu d'eau dans son vin. Dans sa nouvelle démarche, l'opposition africaine devra comprendre que la haine n'a pas sa pace dans les stratégie de conquête de pouvoir surtout lorsqu'on a affaire à des régimes antidémocratiques qui en feront un bon prétexte de répression et de conservation du pouvoir.

Les circonstances particulières que traverse le continent africain nous montrent que, sans pour autant heurter l'orthodoxie démocratique, il doit de plus en plus se négocier de véritables gentlemen agreement entre les tenants de pouvoir actuel en Afrique et les leaders de l'opposition. Négociation au cours desquelles un certain nombre de concessions doivent être faites de part et d'autre. Si l'on peut reconnaître l'existence de certaines plates-formes de négociation entre les oppositions et les pouvoirs en Afrique, force est de reconnaître que jusque là, il s'agissait plutôt d'une forme d'escroquerie politique sur le dos du peuple. C'est la tendance qu'il faut renverser.

Au Sénégal, une expérience de gentlemen agreement a bien marché entre Abdou Diouf et Abdoulaye Wade. Aujourd'hui, le premier fait valoir ses compétences à la Francophonie et le second est fier de détenir au Sénégal la réalité du pouvoir dans un pays qui a atteint une stabilité politique sans précédent. Les crises qu'on peut observer dans ce pays, notamment la récente inculpation de l'ancien premier ministre Idrissa Seck, ne sont plus structurelles c'est à dire pouvant remettre en question les institutions comme c'est le cas en Côte d'Ivoire mais de simples soubresauts conjoncturels propres à toute démocratie. C'est certainement cette expérience réussie au Sénégal qui donne tant d'assurance et même d'optimisme à Djibo Leiti Ka, leader politique sénégalais et ministre d'Etat des Transports, par rapport à l'avenir de la démocratie en Afrique : "Ce qu'on voit en Afrique actuellement n'est que les derniers soubresauts d'un système qui est appelé à disparaître. La démocratisation de l'Afrique est irréversible. Et elle emporte avec elle l'alternance", avait-il dit lors d'un récent passage à Paris.

De même, si l'on peut accorder un crédit à un ouvrage prophétique paru récemment aux éditions "Privé" sous la plume de Guy Benhamou, journaliste bien introduit dans les milieux du pouvoir en France et dont le titre "Le pacte" révèle un pacte secret existant entre Jacques Chirac et Lionel Jospin et obligeant le premier à céder le pouvoir au second en 2007, on peut comprendre qu'en situation de crise et même dans les vieilles démocratie, le recours au gentlemen agreement est parfois souhaitable.

Nous sommes d'avis avec Machiavel et ses "enfants" que le pouvoir ne se partage nulle part comme un fromage géant autour d'une table conviviale. Il se conquiert, se garde jalousement jusqu'au jour où il se perd. Toutefois, il faut avoir présent à l'esprit la dimension généreuse de la politique qui se définit comme l'art de gérer les affaires de la cité en vue de la recherche du bonheur des hommes et femmes qui l'habitent. Et non point comme une association de malfaiteurs qui s'enrichissent impunément sur le dos du peuple et sèment en plus la mort. En Afrique, les dirigeants consacrent plus de 95% de leur temps à élaborer des stratégies de conservation du pouvoir et seulement 5% dans la réalisation des objectifs de développement. Cette tendance doit être inversée. Concrètement, les concessions annoncées plus haut peuvent s'énoncer en ces quelques propositions à formaliser au besoin dans les constitutions:
- Pour les chefs d'Etats ayant dépassé le cap des 10 ans de pouvoir, promesse d'amnistie générale sur les actes posés pendant l'exercice de la fonction présidentielle. Cette amnistie doit être étendu aux proches collaborateurs et aux membres de la famille. En retour, ils doivent accepter de quitter le pouvoir à l'issue de leur mandat en cours;
- Tous les leaders doivent, dans un sursaut patriotique, se mettre ensemble pour dénoncer la stratégie du "3e homme" qu'affectionnent tant les puissances occidentales et qui consiste à renvoyer dos à dos le tenant du pouvoir et le chef de l'opposition en sortant du chapeau un homme de paille pour le hisser au pouvoir. Cette stratégie est pernicieuse à un double titre: A l'intérieur, le mal élu qu'ils installent au pouvoir n'a aucune assise politique et installe de ce fait le pays dans un cycle d'instabilité sans fin. A l'extérieur, à cause du fait que celui qu'on installe au pouvoir sait qu'il doit tout à ses bienfaiteurs et rien au peuple, il contribue à brader aussi bien la souveraineté du pays que ses ressources;
- Limitation des mandats présidentiels à deux fois cinq ans et introduction de la clause selon laquelle toute modification tendant à prolonger cette durée est un acte criminel. Il faut dire que la limitation des mandats, parce qu'elle donne espoir aux prétendants, diminue leur impatience et est finalement un facteur de stabilité politique;
- Promesse pour les anciens chefs d'Etats qui ont épuisé leurs mandats légaux de rentrer effectivement dans les gradins de la scène politique et de s'abstenir d'embarrasser leurs successeurs en posant des actes de politique politicienne. Et même lorsqu'ils devraient donner leur opinion sur un débat en cours dans le pays, ils devraient faire l'effort de se mettre au dessus des considérations partisanes ;
- Obligation pour les anciens chefs d'Etats de rédiger leurs mémoires dans un esprit républicain et de sincérité. L'objectif étant d'éclairer l'histoire, de se soulager la mémoire sans forcément régler des comptes et de faire avancer le pays;
- Encourager des actes de réconciliations interpersonnelles entre personnes de bord politique différent;
- Donner un statut de l'opposition. Ceci devant permettre aux tenants du pouvoir de ne plus considérer les opposants comme de vulgaires ennemis mais bien des partenaires dans la construction nationale.

Voilà autant d'objectifs généreux pour l'atteinte desquels, l'Afrique a besoin du concours de tout le monde aussi bien ses fils, se amis, ses amoureux que la communauté internationale toute entière. Mais au lieu de quoi, les puissants du monde réunis au sein du G8 qui connaissent plus que quiconque le tableau que nous venons de brousser de l'Afrique parce qu'ils sont en partie responsables. Au lieu de quoi donc, ils préfèrent jouer les sapeurs pompiers pyromanes en privilégiant l'aide financière et l'annulation de la dette or, tant que la base politique n'aura pas été assainie, notamment par l'intégration des dispositions citées plus haut et bien d'autres encore le développement de l'Afrique ne sera qu'une chimère.

Par Etienne de Tayo
Journaliste

Promoteur du réseau des journalistes pour l'intégration en Afrique "Afrique Intègre"
E mail: tayoe2004@yahoo.fr
Source: Alwihda-Nlsguinee


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