vendredi 08 décembre 2006
La Rédaction de ''L'Observateur '' a reçu un récit pathétique venant d'une des nombreuses victimes du mariage forcé qui sévit en Afrique. C'est en guise de soutien du difficile combat pour l'éradication de ce phénomène de société que nous publions cet article tel que reçu sur notre desk. La scène se passe à Mithy (Sous/préfecture de Dalaba) en moyenne Guinée. La victime qui a acceptée volontaire de rompre le silence s'appelle Kadiatou DIALLO, née vers 1980, fille d’Amadou et de Mariama Dramé habitant le même village. Voici l'intégralité des faits sans commentaire :
"Depuis à l'âge de 11 ans, j'ai donné ma parole d'honneur à un jeune du nom de Oumar KEITA et ainsi vice-versa. Ce choix du futur homme de ma vie n'a pas été du goût de mon père, polygame de son état et très connu dans le bled. Mais avant, notre père nous avait dit qu'il est hors de question que ses enfants (filles comme garçons) choisissent eux-mêmes leurs conjoints.
Que le moment venu (la majorité) c'est lui-même qui me trouvera un homme, ma mère n'était pas du tout du même avis que mon père sur cette question. Connaissant l'opposition de ma mère, mon père m'a dit que si je refuse son choix, que c'est ma mère qui payera les frais, autrement qu'elle sera renvoyée de la maison familiale.
Mon choix à moi est un jeune paysan qui n'a pas les moyens financiers parce que sans doute issu d'une famille pauvre comme moi. Je lui rendais compte régulièrement des discussions familiales au sujet de notre union. Lorsque j'ai atteint l'âge du mariage, mon père m'a offert (comme on le dit en Afrique) en mariage à un vieux qui tend presque vers le troisième âge, la soixantaine, muezzin de son état du nom de Mohamed DIALLO.
C'est sans que je ne sois informée que le jour de l'unique mariage religieux a été fixé. Un soir 20 janvier 2005 pendant que je me trouvais chez ma copine Fanta BARRY , mon père a envoyé mon jeune frère me chercher. À mon arrivé dans la concession familiale, j'ai été prise par quatre gaillards direction la mosquée.
Après la célébration du mariage religieux par l'imam, les mêmes gaillards m'ont noué de coup pour m'envoyer chez "mon mari". La même nuit j'ai été violée ( car je n'étais pas pour la relation sexuelle) et suis tombée en grossesse suivie d'une longue maladie durant les neufs mois.
J'étais devenue prisonnière de ma chambre de peur d'affronter les moqueries de mes copines à cause des circonstances de mon mariage. À la naissance de ma fille lui a donné le nom d'une de ses soeurs. Je correspondais régulièrement par lettre interposée avec l'homme que je porte dans mon coeur.
Un jour le vieux ("mon mari ") a pris dans le tiroir de mon lit une des anciennes lettres de mon copain, il s'est immédiatement rendu à la police, qui a mis aux arrêts mon copain et inculpé pour adultère. Depuis je suis partie de la " maison conjugale " et je me trouve dans une vie de clandestinité.
Je profite donc de cette situation pour inviter les femmes qui vivent le même problème que moi, de rompre le silence pour que le mariage forcé soit un mauvais souvenir dans nos sociétés. "
Ibrahima DIALLO, depuis Conakry
Une Correspondance spéciale pour le site "L'Observateur "
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