jeudi 30 novembre 2006
Aujourd’hui, la communauté internationale est préoccupée par la situation qui prévaut en Guinée. La CDEAO (Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest) est soucieuse par l’avenir de la Guinée quand on sait les ravages que les conflits de la Sierra Léone, du Libéria et de la Côte d’Ivoire ont causés et continuent de se manifester avec les dommages collatéraux qu’elle a subis.
Pour paraphraser le président chilien Salvador Allende : « Dans l’intérêt (du Chili) de la Guinée, il faut absolument que cela change, sinon ce pays passera inexorablement par la violence. »
Face à cette situation inquiétante, la plupart des chefs et responsables africains ont essayé de ramener le général président Lansana Conté à inviter, sincèrement, l’opposition démocratique au dialogue national afin de créer les conditions de formation d’un gouvernement d’union nationale qui sera chargé de préparer les grands dossiers et organiser les élections libres, transparentes, justes et équitables sous la direction d’une CENI avec le soutien et la supervision des observateurs internationaux (africains et étrangers).
A cet effet, l’opposition guinéenne a été invitée par la CDEAO à accepter cette proposition afin d’éviter à la Guinée une guerre civile aux conséquences incalculables. Forte de l’expérience des pays voisins ci-dessus cités, le président Abdoulaye WADE avait été chargé de s’occuper du dossier guinéen. Il en a été également de M. Obasanjo, président du Nigeria.
Il faut également rappeler qu’à la réunion de la Francophonie au Bénin, le cas guinéen a été spécialement évoqué par le secrétaire exécutif de l’UA (Union Africaine), le président Alpha Oumar KONARE, qui a invité l’opinion internationale à réagir avant qu’il ne soit trop tard. S’il est vrai que nos frères et amis sont préoccupés par la situation de notre pays, il est non moins vrai que les principaux acteurs de la résolution du problème guinéen reste et demeure le peuple guinéen organisé et dirigé par les partis politiques et la société civile.
Alors aujourd’hui, en cette fin du mois de novembre 2006, où en sommes nous ? Nous sommes tentés de dire, toujours au même point par rapport à l’avancée subjective de la lutte des forces patriotiques. Pourtant, les conditions objectives (aggravation des conditions de vie : santé, emploi, éducation, cherté de la vie etc.) sont suffisamment réalisées ou remplies pour déclencher concrètement la lutte pour le changement. Il est vrai que les évènements issus de la grève de juin dernier ont été la meilleure occasion, dont on pouvait rêver, pour les transformer en insurrection populaire qui emporterait le régime décadent de Lansana Conté.
Mais qu’est-ce qui a empêché cette « révolution » ? Les raisons en sont multiples mais, l’essentiel a été la démission voire la peur des forces patriotiques notamment les partis de l’opposition démocratique qui ont préféré tergiverser au lieu de s’engager auprès des élèves et étudiants, victimes expiatoires de la répression sanglante des forces de l’ordre du régime. Indépendamment de la « forfaiture » de certains leaders syndicaux, il est nécessaire de faire l’exégèse de ces évènements afin d’en tirer les véritables leçons qui s’imposent. Ceci est un devoir de tous les patriotes guinéens afin d’éviter que cela ne se répète plus demain.
A notre humble avis, l’opposition a bien sensibilisé et mobilisé les populations mais, elle n’a pas été conséquente dans la poursuite de l’action dès le lundi noir qui a vu le massacre d’innocents enfants. Ce massacre odieux aurait dû être immédiatement sanctionné par une puissante et massive descente des populations dans la rue pour exiger non seulement, la démission immédiate du gouvernement et la formation d’un gouvernement d’union nationale mais aussi la mise en place d’une commission d’enquête nationale et internationale pour déterminer les responsabilités de ces crimes.
Malheureusement, rien ne fût fait et les partis d’opposition et la Société civile se sont contentés de Déclarations de principe sans conséquences réelles pour le régime. A ce jour, rien n’est encore visible dans ce sens.
C’est pourquoi, il est du devoir impérieux des patriotes notamment des partis politiques et de la Société civile de repenser cette situation à la lumière de l’expérience vécue ces 20 dernières années afin de prendre les décisions conséquentes et décisives qu’il faudrait tout en se référant dans la mesure du possible, aux résolutions consensuelles issues des journées de Concertation de mars 2006. Toutefois, une table ronde devrait se tenir rapidement, avant la fin de l’année, pour tirer non seulement les leçons de l’expérience de la lutte des patriotes de tout bord et, élaborer une feuille de route des actions concrètes à mener pour mettre un terme aux atroces et sempiternelles souffrances du peuple guinéen.
A cet effet, nous osons inviter les patriotes guinéens, de toute tendance, organisés dans les partis, associations et dans l’armée ou non organisés à mettre tout en œuvre pour la tenue rapide de cette instance. Le temps presse car, les souffrances du peuple sont devenues insoutenables. La soupape du couvercle populaire peut sauter à tout moment et, il est nécessaire et important de la canaliser dans la bonne direction, celle d’un changement politique raisonnable où la véritable démocratie serait la victorieuse.
Encore une fois, nous tenons à dire que nous pensons, sans prétention aucune, apporter notre modeste contribution au débat actuel qui agite et anime la société guinéenne. Comme dit l’autre : il est plus difficile et insupportable d’être conscient que de ne pas l’être. Nous souhaitons avec la plus grande humilité possible qu’il est désormais temps que les leaders des forces vives se ressaisissent et jettent aux orties leurs petites querelles et/ou divergences secondaires pour l’intérêt de la mère patrie, la Guinée.
Pour terminer, permettez-moi de citer, encore, le grand patriote chilien, le président Salvador Allende : « je suis prêt à résister quoi qu’il arrive, même au prix de ma vie, afin que cela serve de leçon pour montrer devant l’histoire l’ignominie de ceux qui ont recours à la force sans raison ».
Cette leçon de courage et de détermination dans la lutte doit être méditée par nous, patriotes guinéens.
Que Dieu nous assiste dans sa miséricorde. Amen !
Conakry le 29.11.2006
Mohamed Bangoura «Tatéma»
Une Correspondance pour www.nlsguinee.com