Guinée : La démocratie, la crise et les militaires
vendredi 17 novembre 2006
Pour réfléchir aux spécificités du régime actuel de la Guinée, il semble opportun de remonter les deux décennies du régime. Ce rappel est certes rituel, les faits sont connus, mais il s’avère aucunement inutile de cadrer la réalité d’aujourd’hui, qui se tient sur les décombres d’une société ruinée, assaillie par la corruption politique, celles des entreprises et des institutions, le retard conceptuel et technologique… C’est ainsi dire que tous les guinéens doivent lutter contre « ce régime de démons », de même que l’organisme se défend contre les virus et le juste contre l’injustice.
Mais que pensent les militaires aujourd’hui de la crise politique guinéenne ?
Difficile de répondre, mais si nous souhaitons intervenir sur le climat politique de la Guinée en termes objectifs, inutile de faire un condensé historique. L’évidence est que ce climat de paix ne s’est pas construite du jour au lendemain. C’est un processus plus ou moins lent et enraciné dans le temps et dans la géographie auquel les militaires ont activement participé. Il est donc temps pour ces dignes fils de la nation de dresser une alternative à ce régime afin de sauver le pays de cet immobilisme cancéreux.
On sait pertinemment que la situation présente de la guinée est faite d’endettements insoutenables, de paupérisation, du démantèlement de la charpente sociale, de la crise des valeurs et d’une perte de confiance dans la capacité de Lansana Conté à faire face aux graves difficultés de nos concitoyens. Loin d’inciter les militaires à un putsch sanglant ; mais les guinéens, particulièrement les jeunes, voudraient « leur ATT à eux ».
L’intervention des militaires doit être proportionnelle, à mettre fin à toutes ces violations incessantes des droits de l’homme et à organiser des élections libres et transparentes, car le préalable actuellement est la reconstruction de l’Etat.
La seule possibilité qui semble se présenter, et cette tache peut revenir aux forces armées, est d’engendrer une nouvelle légitimité. Pour une possibilité de rebâtir l’Etat, il est inutile de rappeler combien une telle issue reste viable. En réalité, la situation guinéenne est si exceptionnelle qu’elle autorise les issues également exceptionnelles.
On ne cesse de le répéter certes mais on peut néanmoins rappeler que le pays est en ruine car les difficultés économiques sont gigantesques, il n’y a guère d’Etat, aucune légitimité, la faillite fiscale est totale. L’intervention militaire au sein de la politique afin de rétablir le peuple dans sa légitimité n’est pas écartée en cette période de crise aigue. C’est même une nouvelle salutaire, lorsque nous constatons avec effroi que le système guinéen est entrain de frôler la décadence.
Nous reconnaissons cependant volontiers qu’un écart substantiel se hisse entre la démocratie et un gouvernement militaire. Par conséquent il est fondamental que les militaires soient convaincus que la démocratie est le seul système de gouvernement possible et qu’ils acceptent les règles du jeu démocratique. Citons de passage l’exemple malien. Soulignons d’ailleurs que la démocratie se montre inséparable de l’armée.
Depuis plusieurs années la presse écrite en guinée insiste perpétuellement et, avec raison sur les scandales qui s’emboîtent les uns dans les autres, affublés par l’impunité. Certes, de nombreuses exceptions existent heureusement, mais elles ne modifient en rien la cruauté du diagnostic. Il s’agit hélas ! d’une tendance qui englobe même la justice, qui se trouve désarticulée,sans défense et sans ressources devant des cas Santullo, Mamadou Sylla (Futurelec), Fodé Soumah, Ibrahima Chérif Bah, et tant d’autres encore.
On sent bien qu’avec la grève du 12 juin passé que les guinéens sont capables de mobiliser leur ingéniosité pour recréer de façon tout à fait originale et démocratique un nouveau lien entre le social et le politique, avec pour symbole une page qui se tourne.
Il faut impérativement que la page se tourne maintenant pour le peuple de Guinée, parce qu’on s’est longtemps rendu compte que le « Général-roi Conté » et son arsenal de voleurs de la République ne peuvent absolument plus rien pour l’avenir du pays.
Les guinéens doivent continuer les protestations dans tous les domaines quittes à conduire à un soulèvement national pour faire partir le « Général-roi Conté » de Sèkhoutoureya. Les guinéens ne se reconnaissent plus dans leur vie politique ; et ce constat les émeut de plus en plus.
Tel est aujourd’hui l’esprit du temps. Parler de politique parait doublement inutile. Inutilité de rajouter quoi que ce soit à un système politico médiatique désespérément clos sur lui-meme, un « Etat spectaculaire » qui produit ses propres événements et génère ses propres problématiques, et dont la complexité tactique lui interdit de parler autre chose que de sa propre actualité, généralement à l’envers. Inutilité face à l’indifférence d’un peuple qui a abandonné tout espoir de voir dans l’Etat et ceux qui s’agitent à son pourtour autre chose que des figures diversifiées d’un même destin sur lequel rien ne peut avoir prise.
Quoi qu’il en soit, à tort ou à raison, les guinéens sont profondément convaincus que son armée ne pourra laisser ce régime détruire le pays.
Il est donc ultime que les officiers de l’armée réfléchissent et agissent en conséquence.
Monsieur Soumah Alseny
Juriste, président fondateur du MEDI-SE
Membre de la rédaction du Guinea-forum
Contacts : onealseny@hotmail.fr
Une Correspondance pour www.nlsguinee.com
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