Guinée : du viol politique au régime illégitime
dimanche 05 novembre 2006
Dans la quasi-totalité des pays africains, les partis politiques contribuent à légitimer des régimes illégaux nés hors de « l’amour du peuple ». Nous faisons allusion à ces régimes militaires qui ne sont pas issus d’élections libres et transparentes à travers lesquelles le peuple s’exprime librement en donnant son amour (le suffrage) à un parti politique en toute quiétude. Mais quand on lui vole ce suffrage à travers les urnes par une mascarade électorale ou par un coup d’Etat, c’est du viol qui enfante (pardonnez l’expression) un régime « bâtard » ou « illégitime ».
Depuis la naissance d’un tel régime en Guinée en 1984, le père du coup d’Etat, le colonel Lansana Conté a progressivement réussi à réduire l’Etat guinéen à un simple objet au service de sa famille et de ses multiples clans. Bien que n’ayant jamais été réellement élu par le peuple, le général Conté se fait aider par les Forces de sécurité les plus impitoyables de la sous région et de certains éléments sadiques de l’Armée. La mission essentielle de ces éléments étant la mise en place graduelle d’une Armée plus clanique que républicaine. Neutralisant ainsi toutes tentatives réelle de mettre son régime hors d’état de nuire.
C’est en suite au tour des partis politiques de se faire manipuler par un ramassis d’hommes de mains du général président. A l’aide d’une administration corrompue, il instaure savamment un système pourri qui permet de « voler-et-laisser-voler » dans un Etat qui n’existe quasiment qu’à Wawa. Quand on s’entoure d’hommes et de femmes honnêtes, on est contraint d’être bon. Ainsi, avec des moins honnêtes et des plus malhonnêtes qui font son affaire, un général peut déserter sa tenue militaire et se cacher derrière des habits civils. Il pourra ensuite se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible. Ce n’est ni l’expression du courage ni celui de l’honnêteté attendu d’un soldat digne de ce nom.
Ce n’est pas indécent de décrire la réalité qui choque.
Ce qui est indécent, choquant et insupportable, c’est lorsqu’une armée permet à ses officiers de prendre la liberté de violer leur pays. Depuis le 3 avril 1984, la Guinée ressemble à cette innocente fillette victime de viol sous les yeux et les applaudissements de l’Armée et de la Police qui sont supposées la défendre. C’est le crime auquel s’est livré avec impunité le parti politique du général Lansana Conté par le biais d’élections « attrape-nigauds » et tronquées de 1993 à nos jours.
Notre vaillante Armée qui a fait ses preuves ailleurs et notre Police ont abandonné leur mère Patrie, la Guinée, aux mains des violeurs. Il faut réparer ces fautes rapidement.
On ne peut pas s’empêcher d’en parler même si cela dérange ou choque certains. Sans vouloir faire l’amalgame, il faut dire que ce qui est bon pour la religion l’est aussi pour la démocratie. « La voix du peuple c’est la voix de Dieu ». Faut-il donc comprendre qu’en politique il ne faut pas nier l’existence de ces régimes illégitimes.
Ce n’est pas en disant que le singe est beau qu’il va arrêter de faire des grimaces. De toutes les façons, si nous n’appelons pas le diable par son nom il paraîtra comme un ange. Que voulez-vous qu’on dise de celui qui organise la violation systématique et massive des droits de son propre peuple pendant des décennies ? Et ces hold-up électoraux et vols de deniers publics en passant par la corruption ? Faut-il dire : « Vive le général ! »
Ce n’est pas par les exactions que la démocratie s’instaure. Ni par le mensonge ou les élections frauduleuses. C’est par le respect scrupuleux des Droits de l’Homme. Nous n’en finirons jamais de décrire le spectacle de corruption ou d’étaler au grand jour les vols, les exactions et les violations des droits humains commis par l’armée et les forces de l’ordre durant la vie de ces deux républiques. Pour se racheter et sortir en même temps ce pays de ce marasme politique et économique, l’armée n’a qu’une seule option : nous débarrasser des gangsters à la tête du pays en douceur et regagner tranquillement les casernes et sécuriser nos frontières.
Hier, Charles Taylor le père de la guerre civile au Libéria et en Sierra Léone représentait une menace pour la « stabilité » de toute la sous région. Il fallait dit-on, maintenir un « îlot de paix » en Guinée avec Lansana Conté à sa tête et cela avec une démocratie tronquée. Aujourd’hui, Taylor est sous les verrous alors que le général président Conté « cloué » par la maladie et la paresse attend un remplaçant.
La Guinée quant à elle, n’est pas moins volatile qu’en 1992. On peut même affirmer que la situation actuelle est plus grave et dangereuse qu’auparavant. Politiquement et économiquement parlant. Le risque que nous courons aujourd’hui n’a jamais été aussi grand.
Ps : A lire prochainement: « Dialogue politique : mon chien, l’os et les urnes »
Amadou Sadio Diallo
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