Guinée : La responsabilité de l’autorité dans la protection de nos citoyens
dimanche 05 octobre 2006
Après quelques semaines passées sous le feu de l’actualité et de la vie quotidienne Guinéenne, je ne saurai me taire ou me soustraire du devoir de dire ce que j’ai ressenti et vécu.
En un mot, La Guinée est dans une situation économique désastreuse. Nul besoin d’être opposant, commerçant ou cultivateur pour le savoir et le dire, car à vrai dire, on ne le dira jamais assez que nos années de rigueur et de misère n'ont rien arrangé. Les situations économiques et sociales sont au plus bas. Dégradation totale.
Les intellectuels guinéens se posent la question de savoir: comment sortir le pays de la situation actuelle?
Les réponses à cette question sont loin d'être adaptées aux structures de l'administration publique et aux conditions économiques, sociales et politiques de notre pays. Résultat : pauvreté totale.
Les services et les infrastructures sont dégradés; la fonction publique mal payée et donc complètement gangrenée par la corruption. Inégalité entre les régions, la quasi totalité de la région forestière est séparée du reste du pays sous les yeux des autorités locales sans pouvoir d’y apporter de soutien ni de remède nécessaire.
Le pays se trouve dans les mains des autorités qui sont préoccupées plutôt des intérêts personnels, des règlements de compte. Face aux ambitions des jeunes Guinéens de réussir à tout prix, leurs souffrances prennent du poids. Il serait pourtant si encourageant de voir nos responsables politiques se donner la main et trouver des voies et moyens pour sortir le pays du chaos. Mais malheureusement ce n´est pas le cas.
Depuis que la santé du Président, Général Lansana Conté, s‘est considérablement dégradée, il a perdu ses facultés nécessaires pour mener à bien les fonctions du président de la république; d‘où la formation d‘un nouveau gouvernement constitué en partie de plusieurs anciens collaborateurs du président avec Elhadj Fodé Bangoura à la tête pour éviter de faire quelque chose de nouveau par les anciens.
Je ne pense pas que cette équipe gouvernementale soit à mesure d´aider le pays. Je viens de comprendre jusqu´où nos dirigeants sont capables d‘empêcher de nouvelles reformes économiques pour sortir le pays du marasme économique dont souffre les populations.
Il y a constamment des détournements du fonds public par nos responsables des secteurs financiers et à tous les niveaux sans qu‘ils ne soient poursuivis par la justice, une justice corrompue et confuse. Il nous faut de véritables reformes économiques et judiciaires; mais pas avec les méthodes et les habitudes d'aujourd'hui; car elles n‘attirent guère des investisseurs étrangers qui mesurent le poids de la compétitivité à l'échelle continentale et mondiale.
On a tendance à croire que nos dirigeants oublient le principe de la république selon lequel il faut privilégier les faits collectifs par rapport aux faits individuels. La Guinée d’aujourd’hui, C'est la confirmation d'un gouvernement clanique qui se partage les ressources du pays sans avoir la moindre pitié vis à vis de la population dont la souffrance a pourtant atteint un niveau critique. Je suis rentré à Conakry le 15 septembre 2006 à 5h du matin par la RAM en provenance des USA, principalement de New York.
Les premiers constats furent très désagréables: absence d'électricité et de l'eau dans les quartiers, augmentation du prix du pain de 1000fg a 1200fg en l'espace de 3 jours. Le coût du transport urbain se fixe à 1000fg par tronçon. Notre monnaie nationale se déprécie considérablement: le taux d'échange varie de 6500fg à 6800fg en comparaison avec le dollar en unité de valeur. J’ai rencontré une population attristée par la misère et la souffrance.
Plusieurs familles se posaient déjà la question de savoir : comment affronter le ramadan et dans quelle condition?
Beaucoup de proches me disaient: deux phénomènes majeurs se coïncident à un moment très important de l'année; c'est-à-dire la rentrée des classes où les parents d'élèves doivent se procurer des fournitures scolaires en faveur de leurs enfants, et le commencement du ramadan, le mois saint des fidèles musulmans où les dépenses quotidiennes ne sont pas à négliger. Voilà des larmes qui coulent.
Pendant ce temps, on constate la présence de nouvelles coupures de billets de banque sur le marché. Bon nombre de personnes ignorent surtout les effets de cette politique monétaire expansionniste adoptée par le gouvernement actuel qui laisse entraîner la population dans la confusion totale.
Il faut sortir de la logique du confus, encore trop présente dans notre pays pour fonder une culture de la responsabilité. Cela suppose une véritable révolution des esprits. Pour accélérer cette évolution, il nous faut aujourd'hui changer les règles du jeu, et construire une nouvelle architecture de la responsabilité.
Nous devons nous inscrire dans cette vision, profondément adaptée à notre temps. C'est l'une des clés du dynamisme économique de notre pays.
Mamoudou Kouyaté, depuis New York
E-mail: kouyatasse@yahoo.fr
Une Correspondance spéciale pour www.nlsguinee.com
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