Guinée : Dialogue politique en Guinée : la mauvaise herbe ne se meurt jamais
dimanche 29 octobre 2006
Depuis un certain temps, les chefs d’Etats de l’Union Africaine ont réussi à obtenir le soutien de l’opinion internationale pour abolition des « coups d’Etats militaires » en consignant ainsi nos braves soldats dans les casernes où ils appartiennent. Rien de mieux pour la stabilité du Continent. Paradoxalement les mêmes chefs encouragent de façon à peine déguisée, les « coups d’Etats constitutionnels » dans des processus de démocraties falsifiées. Les exemples abondent.
Ne trouve-t-on pas dans des soi-disant « Républiques » en Afrique des rejetons de dictateurs qui se sont confortablement plantés sur le tabouret présidentiel après la mort du père ?
Beaucoup de nos chefs africains (avec tout le « respect » qu’on leur doit) sont des enfants qui font la honte de l’Afrique. Lorsqu’ils entrent dans les palais présidentiels par la « porte » de la démocratie, ils n’en sortiront que morts ou expulsés de force. Ne parlons pas de ces rapaces qui utilisent le maquis en naviguant sur des vagues de sang jusqu’au palais. Dans tous les cas, parmi eux, rares sont ceux qui en sortent honorablement de ces palais. Ils prennent goût à s’éterniser au pouvoir contre la volonté populaire. Plus d’une décennie à la tête d’un pays avec les bilans que nous connaissons, il faut bien se demander si l’on est un « président » ou un « âne » qui n’arrive à résoudre les crises qu’en créant d’autres crises plus sérieuses.
En Guinée, lorsqu’on nous parle de « dialogue » pour dit-on ’’rétablir la confiance politique entre le pouvoir et l'opposition’’, il est plutôt question de connivence entre concubins politiques. Une connivence qui permettra de renforcer un pouvoir aux aboies et enfoncer une opposition fragile face à un parti politique qui use illégalement tous les pouvoirs et toutes les ressources dont dispose l’Etat.
Le rapport de force étant si injustement disproportionné, l’opposition est réduite à une force désespérée qui a l’air de ce gamin qui demande sans répit : « Maman, entre la lune et Séville qu’est-ce qui est plus grand ? »
C’est une de ces connivences qui, surtout, permettra au système d’accéder aux portes des bailleurs de fonds dans le but d’obtenir des financements. Mais n’oublions pas que la mauvaise herbe ne meurt jamais surtout lorsque celle-ci est humaine. Moussa Solano, Albert René Gomez et les autres complices ne sont que de mauvaises herbes semées et entretenues par Lansana Conté dans un système qui ne laissera jamais germer la graine de la vraie démocratie.
C’est écœurant de se rappeler qu’après les élections attrape-nigaud de 1998, les félicitations de l’Ambassadeur de France à l’époque en poste à Conakry étaient une moquerie au général Lansana Conté, une insulte au peuple de Guinée et une gifle infligée à la démocratie.
Huit ans après ce hold-up électoral, c’est M. Louis Michel de l’Union Européenne qui se pointe à Conakry avec une véritable « récompense » de près de 147 millions d’Euros à la main pour un régime qui se nourrit de violations des droits de l’homme et de mal gouvernance. C’est le comble. Montant qui sera certes engloutie dans les labyrinthes du système militaro mafieux qui, jusque- là, n’a fait ses preuves que dans le vol. Il est certain que la personne qui occupe de hautes fonctions au niveau de l’appareil d’Etat et qui « détourne » des millions du Trésor Public ou cet autre qui falsifie les résultats des élections et ce petit « pickpocket » du marché de Madina qui cherche à survivre dans la poche des autres sont tous des voleurs. Les premiers ne sont pas plus honorables que le dernier.
La communauté internationale doit s’apprêter à faire réellement face à la situation créée graduellement et sous ses yeux depuis 1984 par cette élite jadis, misérable et aujourd’hui devenue l’une des plus nanties de la côte ouest africaine.
Quant aux hommes en uniforme, ils devraient avoir le courage et le patriotisme de délivrer le peuple meurtri de Guinée au lieu de se préoccuper de faire succéder le général président Conté par un autre moins méritant de sa famille. Il ne faut pas oublier le fait qu’après une affreuse colonisation inhumaine, la Guinée revient de l’une des dictatures les plus sanguinaires qui dura plus d’un quart de siècle pour tomber tout droit dans les dédales d’une organisation militaro mafieuse kleptocrate qui a sauvagement brimé ce pays ces vingt dernières années. Il faut maintenant mettre fin à ce calvaire qui a trop duré.
En Guinée, nous ne souhaitons plus un coup d’Etat militaire encore moins un coup d’Etat Constitutionnel. Toutefois, il est temps que l’armée arrête d’être abrutie en ouvrant l’œil pour s’inspirer des vaillants soldats de la Mauritanie. Car ceux qui misent sur la maladie et la mort du général Lansana Conté pour aboutir au changement sont dans l’illusion. Il faut que le changement soit le résultat d’un programme national ouvert et bien organisé et non le gré du hasard plutôt favorable au désordre. Ou d’un changement piloté par les faucons et les rapaces du pouvoir en place.
Plus paresseux que malade, il vaut mieux écarter paisiblement le général Lansana Conté qui n’exerce le pouvoir que dans l’attendant d’un suppléant soumis et acquis à la cause de ses fantasmes et intérêts personnels ne serait-ce qu’un singe.
Une armée républicaine n’a pas le droit de s’emparer du pouvoir politique comme ce fut le cas en 1984. Mais dans les circonstances actuelles, elle a le devoir sacré d’intervenir pour sauver la Nation en mettant aux arrêts le gang master et tous ses associés qui nuisent le pays en empêchant la réconciliation nationale et l’instauration d’une vraie démocratie.
Cela ne s’appelle pas un « coup d’Etat » comme le redoutent le syndicat des chefs d’Etats africains. C’est un désherbage si nécessaire à la « semence » de la démocratie en Guinée.
Aujourd’hui, la question cruciale est de savoir si, après le grand « coup de balaie » du général Lansana Conté qui a épuré les casernes, notre armée est-elle républicaine ou clanique ?
La réponse est dans les casernes.
Amadou Sadio Diallo
Les Ondes de Guinée
Contact : lesondesguinee@gmail.com
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Une Correspondance pour www.nlsguinee.com
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