Guinée : Des révélations qui dérangent - les droits de l’Homme étranglés
lundi 23 octobre 2006
L’omniprésence de la question des droits de l’Homme dans les débats internationaux traduit un incontestable progrès de la conscience démocratique. Que les libertés fondamentales et le respect de la personne humaine servent de référence pour juger les Etats, voila qui introduit un facteur inédit dans les relations entre les Etats et influe sur les réactions de l’opinion publique.
La démocratie sort de cet examen continu comme un régime lié par ses lois organiques aux droits de l’homme et où il soit possible à chaque citoyen d’en exiger l’application. Elle comporte en outre, par nature, la liberté de l’information, dont l’exercice conduit la presse, les medias, les organisations non gouvernementales à enquêter sur la situation des droits de l’Homme dans les pays qui ne sont pas démocratiques ou du moins qui feignent à l’être. Cette surveillance contraint les dictatures sinon à s’amender ou à s’expliquer sur certaines pratiques qui se révèlent un peu anormales aux yeux de l’opinion.
La politique des droits de l’homme est donc un gain pour toute démocratie présente ou à venir.
Quand est-il exactement le cas de la Guinée ?
Elle reste toujours ce modèle tordu en matière de violation des droits de l’Homme ?
Je sais pertinemment qu’on s’enfonce dans une fournaise à l’envie d’aborder un tel dossier sur la Guinée. Je n’ai pu m’empêcher une fois encore à recourir à ma plume – car c’est tout ce que j’ai actuellement – après avoir nuitamment réfléchi sur le sort de mon pays où l’on emprisonne pour un simple haussement de sourcils, où les geôliers torturent, où l’on disparaît sans procès.
Il est certes évident que la démocratie est d’abord le courage, mais elle ne peut nullement se pratiquer sous l’autorisation tacite par les autorités, des rafles, les arrestations inexpliquées et sans vergogne. La situation des droits de l’homme en Guinée de tout temps n’a été qu’une longue série violation et de meurtres crapuleux. Si un thème dans les discours officiels correspond rarement à son importance réelle dans les pratiques c’est bien celui des droits de l’Homme depuis l’indépendance. Rarement en effet on maltraité à ce point autant d’êtres humains dans un pays qui se dit soucieux de respecter la dignité des personnes. La palme « de diamant » revient évidemment, en pourcentage, à la Guinée.
Lorsque sur toute l’étendue du territoire national, le Camarade Sékou Toué faisait exécuter ses adversaires politiques, sans jugement équitable, il y a lieu de reconnaître que ces pratiques étaient loin de conventionnelles. Il ne tuait pas en cachette et ne niait rien, puisque tout au contraire il procédait à des « cérémonies publiques de pendaison ».
Et pourtant le Camarade Sékou avait approuvé la Déclaration universelle des droits de l’Homme, disposait un siège aux Nations Unies et un Droit de vote au sein de son Assemblée Générale, tout comme d’ailleurs cette dictature du « Général-roi Conté ».
Aujourd’hui encore la violation des droits de l’Homme en Guinée est une évidence, elle se pratique dans les maisons pénitentiaires du pays. Il suffit de se référer au rapport de 33 pages de Human Rights Watch intitulé « Le coté pervers des choses : torture, condition de détention inadaptées et usage excessif de la force de la part des forces de sécurité guinéenne », pour se faire une idée de la situation quasi catastrophique de certaines pratiques d’agression devenues courantes.
Le Droit de ne pas être arrêté, détenu, exilé arbitrairement, torturé, condamné sans procès impartial, mis à mort ou emprisonné à cause de ses opinions, le Droit de circuler librement et de choisir sa résidence, le Droit à la liberté de réunion et d’associations pacifiques – voilà en vrac autant de droits énumérés dans les vingt premiers articles de la Déclaration universelle des droits de l’Homme – qui sont malheureusement de plus en plus confisqués et bafoués en Guinée.
S’agissant de la semaine du 12 juin passé, il est urgent de mesurer la portée du message de Peter Takirambudde, Directeur de la division Afrique à Human Rights Watch lorsqu’il s’exprime en ces mots : « le gouvernement guinéen ne peut pas laisser ses forces de sécurité tuer des manifestants non armés et d’attaquer des passants. Le recours à une force meurtrière contre les manifestants était disproportionné et inadapté aux circonstances », avant de poursuivre « la police guinéenne et les autres forces de sécurité torturent, agressent, volent, voire assassinent régulièrement les civils qu’elles sont chargées de protéger ».
Considérant toutes ces réalités, les opposants guinéens devraient comprendre que la lutte pour les droits de l’Homme afin d’assurer la survie de notre démocratie doit être entreprise sans aucune préférence idéologique personnelle. Ils sont médiatiques, reçus dans les hauts lieux des instances internationales, à mon avis, ont la mission impérieuse de déshabiller toutes ces conditions inhumaines de détention qui sont à ce jour impunies et permanentes.
Il est évident que l’erreur des guinéens depuis le premier régime est qu’à force de traiter les objectifs comme des droits, ont négligé les vrais droits, et n’ont pas fait ce qui était sans délai possible pour les faire respecter. Alors il est temps de pallier à ce retard et de faire respecter nos droits parce que leur reconnaissance systématique ne suppose aucun prêt bancaire. Aucun obstacle ne doit s’opposer à ce qu’en jouissent légalement le pauvre et le riche, le paysan et le citadin, l’homme et la femme, l’analphabète et le savant. Normalement ce sont des droits compatibles avec toute société même les pré démocratiques du passé parce que mon arrière grand-père – Tènè Sory – faisait au moins passer ses opinions au conseil du village sous l’arbre à palabre.
Pourquoi pas nous dans « une Guinée » qui se dit libre et démocratique ?
Normalement, aucun Etat ne doit invoquer soit un développement économique insuffisant, soit le manque de ressources financières, soit une tradition autoritaire due à l’immaturité politique pour éluder le respect de tels droits.
Les Nations Unies devraient se doter peut être à titre exceptionnel d’ « un devoir d’ingérence » dans le seul dessein de sauver ces milliers d’âmes qui croupissent souvent sans motifs valables dans les prisons en Guinée.
Nettoyée par l’air du temps et par le courage de ses dignes fils, la carte de la Guinée sortira peu à peu de l’ombre, elle cessera d’être ce réservoir d’horreurs et de mépris.
Pensons y, rien n’est tard !!
Mr Soumah Alseny
Juriste, président fondateur du MEDI-SE
Contact : onealseny@hotmail.fr
Membre de la rédaction de Guinea-forum
Partenanire de www.nlsguinee.com
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