Guinée : Du sang neuf pour faire face aux défis politiques et socio-économiques
mardi 17 octobre 2006
Nous vivons dans un contexte international de plus en plus difficile avec une mondialisation qui marginalise les plus faibles et les plus vulnérables. Ce contexte hautement concurrentiel n’est pas de nature à faciliter la tâche des gouvernements démocratiques des pays du Sud.
Ces gouvernements se débattent tant bien que mal dans des réformes souvent décrites comme incontournables pour accéder à des ressources financières de plus en plus rares pour ces pays devenus insolvables.
Et pourtant, sans ces ressources financières nécessaires à la réalisation de quelques investissements de bases (éducation, santé, infrastructures, etc.) pour réduire ainsi la souffrance des populations, les pays démocratiques du Sud vont de plus en plus se retrouver sur la touche sans pouvoir suivre le rythme de croissance de l’économie mondiale.
Pour ces pays du Sud qui connaissent une démocratisation honorable malgré leur statut de pays pauvres, une gestion saine des maigres ressources financières disponibles est plus que vitale. Ils méritent donc d’être aidés et encouragés pour pouvoir faire face aux dérives ultra-libérales de l’économie de marché.
Qu’en est-il vraiment des autres pays du Sud, pauvres et non démocratiques ?
Pour les pays à la fois pauvres et non démocratiques parmi lesquels figure en bonne place la Guinée, les bases d’une meilleure gouvernance politique, économique et sociale sont loin d’être évidentes.
Ignorer les règles élémentaires qui régissent un Etat de Droit et solliciter en même temps une aide financière internationale (bilatérale ou multilatérale, vite dilapidée) est un comportement qui ne peut s’inscrire dans la durée.
On ne peut pas éternellement tendre la main aux bailleurs de fonds en sollicitant le financement de tous nos projets de développement (du plus petit au plus grand) et appeler cela « politique économique ». Aucune Nation ne peut survivre en ayant pour unique recours l’aide publique au développement. D’autant plus que cette aide ne profite généralement pas à nos populations qui croulent sous le poids d'un régime fantoche.
Il est urgent de dépoussiérer le système qui prévaut actuellement en Guinée. Et ceci n’est possible que par l’adoption d’un véritable système démocratique !
Même si la Démocratie ne garantit pas forcément le développement à court et moyen termes, nous estimons que sans démocratie il est illusoire de parler de stabilité, de paix et de développement dans un environnement où persistent quelques relents ethnocentristes.
Dans un contexte socio-politique et économique désastreux, plus les dirigeants persistent dans l’autoritarisme et la mal gouvernance, plus le pays a moins de chance de s’en sortir. Pour illustrer cette affirmation, il suffit de regarder l’évolution qu’a connue notre pays ces deux dernières décennies.
L’Etat se morfond dans des crises cycliques sans grand espoir d’en sortir. Les causes de ces crises sont connues. Elles sont essentiellement dues à l’absence d’un système politique transparent permettant de mieux contrôler l’exploitation et la gestion de nos ressources (énergétiques, minières, halieutiques, forestières, etc.)
L’appareil d’Etat est pris en otage par des dirigeants qui sont directement ou indirectement très impliqués non seulement dans la marche des affaires du pays mais aussi et surtout dans une gestion opaque des ressources naturelles.
Il y a manifestement un conflit d’intérêt très présent et qui empêche toute tentative de redressement de l’économie nationale. C’est l’une des conséquences de la confiscation du pouvoir par une minorité de personnes qui n’hésitent plus à s’accaparer de tous les contrats et marchés publics dans des conditions très obscures…
Ce n’est donc pas étonnant que l’Etat ne fasse plus de recettes fiscales !
Le Général Lansana Conté est aujourd'hui face à un dilemme : comment lutter contre le système de gouvernance qu’il a mis en place ? Pourra-t-il lutter contre ses propres pratiques ?
Voilà pourquoi ceux qui prétendent sortir notre pays de ses crises cycliques ne le pourront pas. Leurs propres intérêts sont en jeu car toute transparence dans ce domaine signifierait pour eux la fin des magouilles qui les ont propulsés au rang des personnalités les plus riches d’Afrique. Voilà ce qui explique entre autre le malheur de la Guinée.
Cette dérive étatique ne s’estompera que lorsque nous corrigerons cet état de fait.
La crise dure parce que les dirigeants actuels s’éternisent au pouvoir malgré leur incapacité à créer des bases solides pour un essor économique. On ne peut pas leur demander d’arrêter de se servir pour l’Amour du seigneur. Ils ne l’entendront pas et ne l’accepteront pas. C’est à nous de les mettre hors d'état de nuire en instaurant un système beaucoup plus efficace.
Cela n’est possible qu’avec du sang neuf. Il nous faut un système efficace qui mette les lois au dessus de tout le monde.
L’autre problématique que connait le pays, c’est ce manque de conviction de la part du guinéen en général. C’est dur à entendre mais il devient de plus en plus évident que nous manquons cruellement de conviction. Notre conviction varie le plus souvent au gré du vent. C’est quelque chose que nous rencontrons à tous les niveaux. Force est d’ailleurs de constater que ce manque de conviction est beaucoup plus nuisible au niveau de la couche dite intellectuelle.
Des leaders d’opinion au plus simple militant, en passant par la Société Civile, TOUS, nous aimons fermer les yeux sur l’absurdité du système tant que cela nous arrange.
Nous avons personnellement du mal à comprendre pourquoi des compatriotes qui ont participé à la mise à genoux de la Guinée sont parfois adulés, vénérés et suivis par pure inconscience.
Le cas le plus illustratif concerne ces anciens serviteurs de Lansana Conté qui pour des raisons quelconques ont été emmenés à rejoindre ce que l’on appelle abusivement l’Opposition. Ces individus pour ne pas dire « dissidents - forcés » peuvent certes aspirer au pardon du Peuple, mais en aucun cas ils ne devraient être soutenus politiquement au point de vouloir les propulser à la tête du pays. Surtout lorsqu’ils se sont rendus coupables d’actes répréhensibles.
Il faut savoir ce que nous voulons pour la Guinée. Voulons-nous une Guinée débarrassée de ses "couillons" ou bien un recyclage permanent d’individus notoirement incompétents ?
Nous pouvons pardonner à nos dirigeants pour leurs errements politiques (même pour avoir commis des actes de détournements ou de subordinations au profit d’un régime autocratique), mais nous ne pouvons/devons pas les aider à mieux nous arnaquer...
Il faut que le guinéen accepte de faire des choix qui peuvent paraître parfois difficiles, mais c’est à ce prix que nous sortirons notre pays de sa perdition actuelle. Soutenons des leaders compétents et honnêtes ; soutenons surtout des esprits qui fondent leur lutte autour du respect de la loi.
L’autre problématique réside au niveau de certains éléments de la presse guinéenne (journaux privés et sites Internet).
Nous guinéens avons la fâcheuse habitude d’ergoter la bouche pleine sur des cadres haut placés et même sur des individus peu ou prou recommandables. L’on ergote en cirant les chaussons des uns et en tentant désespérément de descendre d’autres. Tout ceci ne contribue pas à asseoir la crédibilité dont on est en droit d’attendre des spécialistes de l’information.
L’on oublie trop vite l’exigence d’un certain professionnalisme en se rabaissant à des rites et autres louanges selon les odeurs de la marmite. Un fossoyeur de nos finances publiques trouve toujours un élément opportuniste dans la presse pour chanter ses louanges. Nous osons espérer que c’est la misère qui pousse certains à agir de la sorte, mais alors quelle crédibilité peut-on en tirer ?
C’est un comportement qui ne force pas le respect ; et ce n’est pas étonnant que ces gens que nous glorifions et chérissons en longueur de journée (pour des raisons difficiles à avouer) n’hésitent pas à nous faire avaler des couleuvres. L’éthique ne doit pas souffrir de la versatilité des uns et des autres. Surtout quand-il s’agit d’informer ou de se faire une opinion concernant l’avenir d’un pays comme le nôtre.
Par ailleurs, la Guinée souffre énormément de l’absence de lecture et d’application de la loi. L’appareil judiciaire a les mains liées par Lansana Conté et ses proches. La loi c’est Eux et personne d’autre !
Et pourtant, un pays sans lois est un pays perdu !
Un pays qui a des lois et qui les ignore est un pays perdu aussi !
Un pays qui sabote et saborde ses propres lois est un pays sans avenir !
L’exemple de la modification unilatérale de la loi fondamentale en instaurant la présidence à vie devrait nous emmener à réflechirir…
Les guinéens doivent prendre conscience de leurs conditions humaines ; ils doivent comprendre que le régime actuel est entrain de les induire en erreur. Le Général Lansana Conté et ses proches ont sciemment maintenu un système oppresseur qui enrichit des clans mafieux tout en appauvrissant l’ensemble des guinéens.
Malgré les milles et une permutations ministérielles effectuées par le Général-Président, la Guinée souffre encore et encore. Bref, si l’imparfait pouvait produire du parfait, ça se saurait. Nos dirigeants ne sont pas à la hauteur; le système politique étant confisqué, celui-ci broie toutes les bonnes ressources humaines et engloutit du coup leur savoir faire. C’est la galère pour tous ceux qui veulent changer la pagaille que certains ont érigée en système pour mieux se servir et servir ceux qui ont facilité leur nomination…
Comment voulez-vous qu’un tel système produise de la croissance économique ? Comment voulez-vous qu’un tel système répartisse mieux les richesses générées par les innombrables contrats dans les secteurs miniers, agricoles et forestiers ? Que dire de toute cette dette contractée au nom de tous les guinéens ?
Nul doute, nos autorités sont de connivence avec certaines firmes étrangères mafieuses pour piller les ressources de la Guinée !
Résultat : l’économie nationale est exsangue, la monnaie ne vaut plus rien, le secteur informel a surpassé le secteur formel. Pas d’infrastructures dignes de ce nom, pas d’eau, pas d’électricité,…
Cette manière de gouverner a fini par faire fuir tous ceux qui sont habitués à la transparence dans le meilleur des mondes. Les dessous de table qui entourent les appels d’offres chez nous ont fini par éloigner les investisseurs nationaux et étrangers crédibles… Seuls quelques oiseaux rapaces arrivent à trouver leurs comptes dans cet environnement hautement mafieux !
Chaque jour qui passe, c’est la fuite en avant ; le désespoir est tel que ceux qui se partageaient jadis « le gâteau national » s’acharnent les uns contre les autres… Le simple citoyen quant à lui, se contente d’observer ce spectacle avec fatalité car comme disent nos amis ivoiriens : "Cabri mort n’a pas peur de couteau !"
Les couteaux qui servent à découper « le gâteau national » n’effraient que ceux-là qui espèrent en obtenir quelques miettes. Le peuple sait qu’il n’en aura point de miettes, alors tant pis pour lui !
N'oublions pas que ce gâteau est là pour être bien géré au profit de tous. Se résigner face à cette situation, c’est renoncer à tout espoir de vie meilleure.
Au vu de tout ceci, il est évident que le régime de Lansana Conté ne peut offrir mieux que ce qu’il a. Les caisses de l’Etat sont vides, mais ils ne nous diront jamais pourquoi le pays manque de ressources financières. On se contente d’amuser la galerie avec des décrets sur fond de guerre de succession larvée.
La Guinée aurait-elle les dirigeants qu’elle mérite ?
Les leaders des partis d’opposition, à force de rester les bras croisés ont permis à ceux qui tirent les ficelles du pouvoir de s’arroger le devoir divin de choisir le successeur de Lansana Conté comme bon leur semble. Il ne faudra pas se plaindre le moment venu car vous êtes plus que jamais avertis !
Il faut être amnésique pour croire que quelque chose de conséquent sortira de cette notoire inconséquence.
Pour s’en sortir, il n'y aura pas de miracles ! Ce qu'il nous faut aujourd'hui c'est du sang neuf doublé d'un certain talent, sinon c’est la perdition assurée ! Sommes-nous prêts à prendre le taureau par les cornes ?
Mr Ly Elhadji Baila
Directeur Exécutif de www.nlsguinee.com
Membre fondateur de l’ANDD et de www.guinea-forum.org
Contact: elhadji@nlsguinee.com
Zurich, Suisse
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