Guinée : Dégradation de la situation politique, économique et sociale
samedi 14 octobre 2006
Depuis de longues années, la situation ne cesse de se dégrader en Guinée Conakry. La grave maladie du Président Conté (en place depuis plus de 22 ans), le système de favoritisme au sommet de l'état, la mauvaise gouvernance et la corruption, l’absence de démocratie et la répression, la dégradation phénoménale de l’environnement économique, la détresse et la pauvreté des populations… constituent le ferment d’une situation explosive.
Très diminué, le président Conté n’aurait d’ailleurs pas présidé de conseil des ministres depuis plus d’un an et demi. Il réside le plus souvent dans son village de Wawa, à 80 kilomètres de la capitale Conakry.
Le décès en poste du chef de l’Etat serait peu favorable à une ouverture démocratique.
En effet, en cas de disparition, la Constitution prévoit que le président de l’Assemblée Nationale El-Hadj Aboubacar Somparé, ancien ambassadeur en France sous Sekou Touré et membre du PUP, assure l’intérim pendant soixante jours, au bout desquels des élections seraient organisées. Ce trop court délai faciliterait le maintien aux affaires du même personnel politique.
La Guinée dont les potentialités dans les domaines hydroélectrique et agricole sont considérables et indéniables, vit dans l’obscurité, la soif et la faim.
La crise économique et monétaire en plus du blocage politique a engendré la détérioration des conditions de vie. L’insécurité pose de plus en plus de problèmes. Les populations sont éprouvées par les difficultés liées à la hausse des prix des biens de consommation, à la baisse de leur pouvoir d’achat ainsi qu’à la détérioration des maigres infrastructures etc.
Le sac de riz importé de 50 kg est passé de 65 000 francs guinéens, en janvier 2005, à 85 000 six mois plus tard et à environ 100 000 actuellement (soit 18 euros).
Quand on sait que le salaire moyen d’un fonctionnaire varie entre 200 000 et 300 000 francs guinéens (de 35 à 50 euros) et qu’il faut trois sacs par mois pour une famille standard, sans compter le prix de la sauce, mais aussi les habits, le loyer..., on a une idée de la dégradation du niveau de vie.
On estime que 90 % du budget d’une famille est consacré à l’alimentation. L’Etat tente de fixer arbitrairement un prix maximum pour certaines denrées mais n’a guère les moyens de le faire respecter par des commerçants qui doivent faire face à une hausse des coûts. Ses propres agents sont souvent les premiers à jouer des augmentations ou à alimenter un marché parallèle. Les détournements de dons alimentaires sont fréquents.
Cet état de tension s’est manifesté durant le mois de juin 2006 par un mouvement de grève dans tout le pays, mené par les syndicats, rejoints par les étudiants à la suite du report des épreuves du Baccalauréat. La répression des manifestations a fait 18 morts et 83 blessés à Conakry et en province, selon des sources hospitalières et des témoins.
L’heure est donc grave, et la Guinée est au bord de la rupture, sous le couperet d’une « solution militaire ». De plus, une déstabilisation ouverte de la Guinée aura sans aucun doute des répercussions sur l’ensemble de la région.
Pourtant, depuis de longues années, des initiatives sont menées pour renverser la situation. Elles émanent de la société politique mais aussi et surtout de la société civile. On trouve dans ce mouvement les acteurs de l'économie sociale et solidaire de Guinée.
Aux côtés des syndicats, ONG, associations de femme, associations de défense des droits humains et de promotion de la citoyenneté, groupe d'intellectuels, écrivains, artistes, quelques officiers militaires qui viennent en leur nom propre, des représentants de tous les partis, ils cherchent à construire un plan d'alternance politique solide pour éviter de s'engager dans solutions d'urgence en cas de vide de pouvoir ou de coup d'Etat militaire.
Ensemble, les forces vives de la Guinée travaillent à ouvrir le dialogue pour que les gens puissent définir la transition politique à travers un programme de développement du pays, par la collaboration « état-société civile » et « public-privé » dans le processus de développement.
Ce débat autour de la vision du développement pour le pays a pour but de réhabiliter ses acteurs principaux.
Ce processus de convergences et de concertation réunissant les différents acteurs de la société civile et politique avait bien démarré. Mais la suppression récente du poste de Premier Ministre avec le transfert des pleins pouvoirs au Secrétaire Général de la Présidence de la République signifie le retour des « faucons » qui ne sont pas dans une démarche de dialogue. D'autant plus que d'autres membres du gouvernement, proches du Président, avaient considéré que ce qu'ils sont en train de faire est un coup d'état civil.
C'est un recul par rapport aux acquis si chèrement gagnés dans le débat autour des enjeux fondamentaux.
Mr Kalil Camara, Dublin, Ireland
Une Correspondance pour www.nlsguinee.com
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