Guinée : De l’indépendance nationale en 1958 à la dépendance totale de la jeunesse en 2006
jeudi 05 octobre 2006
« La situation actuelle de la Guinée renvoie sans équivoque à un demi-siècle de faillite étatique... »
Notre pays vient de fêter ses quarante huit (48) années d’indépendance dans une morosité ambiante. Les autorités n’arrivent plus commémorer avec le faste habituel cette date historique qui a vu le peuple de Guinée opter pour la liberté et la dignité.
Vingt six années de révolution socialo-communiste n’ont pas pu sortir notre jeune Etat de son sous développement. Deux décennies de pouvoir sans partage du régime militaro-clanique de Lansana Conté, malgré une option pour le libéralisme économique, n’ont toujours pas permis à la Guinée de sortir de son sous-développement.
Qu’y a-t-il donc à fêter en ce début du 21ième siècle pour un pays qui sombre lentement mais sûrement dans la désolation ? Le symbole ? Soit !
Quarante huit (48) ans de survie, sens dessus dessous, quarante huit (48) longues années à la recherche d’un hypothétique chemin qui mène à un développement politique et socio-économique de notre pays, qui dispose pourtant de tous les atouts pour s’en sortir…
Quel sens donne-t-on à cette fête d’indépendance compte tenu de toutes les difficultés que nos compatriotes rencontrent dans leur survie quotidienne ? Le temps n’est-il pas venu de tirer les leçons de ce demi-siècle d’impasse et de malversations en tous genres en se projetant vers l’avenir ?
L’ex parti unique PDG a laissé un lourd héritage que les nouvelles autorités issues du coup d’Etat du 03 avril 1984 se sont empressées de gérer à leur façon. Résultat : les priorités étatiques nées de l’indépendance en 1958 resurgissent et sont plus que jamais d’actualité. Tout reste à faire !
Nos autorités n’ont toujours pas compris après tant d’années que « Développement, Démocratie, Droit de l’Homme, etc. », sont des concepts plus que jamais liés. Pour prendre le wagon des Nations en voie de développement (pour ne pas dire les Nations développées), notre pays doit impérativement rompre avec les habitudes actuelles en se démocratisant.
Faute de quoi, nous risquons de fêter nos prochains 2 octobre sous protectorat...
Un Etat de Droit, une rigueur dans la gestion des deniers publics, une lutte sans complaisance contre les pratiques de corruption et de favoritisme, une lutte sans merci contre l’impunité, etc. Tels sont quelques éléments de réponse à mettre rapidement en pratique pour amorcer un changement dans la bonne direction.
Pourquoi le régime de Lansana Conté n’arrive toujours pas à entreprendre cette incontournable politique des réformes ?
Répondre à cette question revient à nous interroger sur la légitimité de nos super dirigeants dans la mesure où pour réussir une telle politique il faudrait que celle-ci soit menée par une autorité irréprochable dans la gestion des affaires publiques. Or le Général Lansana Conté et ses proches sont loin d’être irréprochables ; ils se servent de l’Etat pour s’enrichir et assouvir leurs soif de pouvoir sur le dos d’une population miséreuse.
N’est-il pas temps de redéfinir les priorités en renouvelant nos dirigeants-dinosaures qui ont pillé le pays depuis son indépendance en 1958 jusqu’à nos jours ?
Bref, il est très difficile de se pencher sur cette problématique aujourd’hui dans la mesure où certains compatriotes nous accusent déjà de vouloir introduire un conflit intergénérationnel en Guinée par le biais du « Nouveau Leadership » que nous défendons. Accusation plus que ridicule !
Si dénoncer les lacunes liées à la gouvernance de notre pays depuis son indépendance jusqu’à nos jours est synonyme de conflit intergénérationnel, nous y consentons volontiers. Nous y consentons car nous sommes plus que jamais convaincus que la Guinée ne s’en sortira qu’avec une nouvelle génération de cadres et de dirigeants honnêtes et patriotes, ayant un savoir faire reconnu et compatible avec l’évolution actuelle du monde dans un contexte de globalisation.
Oui nous y consentons car la jeunesse guinéenne dans son ensemble ne peut et ne doit être comptable de l’état de délabrement actuel de la Guinée. La jeunesse d’aujourd’hui est la victime par excellence des gouvernances successives (PDG de feu A. S. Touré et CMRN-CTRN-PUP de Lansana Conté).
Oui, la jeunesse guinéenne doit plus que jamais avoir droit à la parole, elle doit émettre ses opinions sur tous les thèmes touchant notre pays si elle le souhaite. Elle doit livrer haut et fort ses états d’âmes sans complexe ni intimidation…
La Guinée va mal parce qu’entre autres, la jeunesse du temps de la révolution a préféré se taire soit par peur ou par pudeur, soit par manque de repères. Si les jeunes d’aujourd’hui ne disent pas ce qu’ils pensent du futur de leur pays, leurs futurs enfants leur en voudront à jamais !
La Guinée va mal parce que nos aînés qui dirigent le pays ont trahi l’idéal d’indépendance qu’animaient bon nombre de nos compatriotes en 1958. La joie du « NON » à la communauté française proposée par le Général De Gaule s’est vite transformée en cauchemar pour la plupart de nos compatriotes. L’enthousiasme a fini par céder la place à la peur, aux calomnies et autres dénonciations en tous genres… Quel désenchantement !
La liesse populaire du 3 avril 1984 ne s’est-elle pas vite transformée en amertumes et divisions, nourries et entretenues par le CMRN et ses enfants (CTRN et PUP) ?
Le Général président finira bien par s’en aller !
Le guinéen se remettra ainsi à espérer et la joie de vivre se lira sur toutes les figures. Mais pendant combien de temps ?
Allons-nous laisser l’histoire se répéter inlassablement ou bien allons-nous cette fois-ci intervenir pour changer le cours macabre des choses ?
La vérité, aussi dure soit-elle à entendre est que nos grands parents, nos parents, nos frères et sœurs qui nous ont dirigés et qui nous dirigent encore n’ont aucune priorité pour la jeunesse guinéenne. L’ancien régime a formé de jeunes spécialisés dans les chansons teintées d’interminables louanges au « grand Syli », chef suprême de la révolution. Toute une génération à qui on a appris à courber l’échine quoi qui arrive !
Vous ne trouverez absolument rien de prévu pour la composante ultra majoritaire de la population guinéenne d’aujourd’hui.
Et cela, à commencer par les dirigeants actuels et en passant par ceux qui veulent les succéder, personne n’a comme priorité d’offrir « un avenir meilleur » aux jeunes guinéens profondément laminés par le chômage et la débrouillardise.
Les conséquences de cet abandon se font tous les jours sentir :
- des jeunes qui se suicident puisqu’ils n’ont aucune perspective d’avenir ;
- certains sont carrément assassinés lors des manifestations,
- d’autres cherchent à émigrer par tous les moyens en bravant tous les dangers;
- ceux qui ne parviennent pas à s’échapper de cette misère érigée en institution se lancent dans le grand banditisme ;
- que dire de tous ces jeunes étudiants issus de nos universités et qui croupissent sous un chômage endémique ?
Alors conflit générationnel ou trahison des aînés ?
L’avenir de la jeunesse guinéenne mérite l’attention de tout le monde car celle-ci est ballotée au gré des interminables crises qui secouent le pays pour cause de mauvaise gouvernance. Le cauchemar semble ainsi sans fin…
Soyons lucides et disons haut et fort que sans associer dans la gouvernance guinéenne « les moins de 40 ans » fraîchement formés, notre pays n’a aucune chance de s’en sortir. Cela peut évidemment fâcher certains esprits érudits qui s’accrochent à leur sacro-saint « Droit d’Aînesse » synonyme d’expérience selon leur vision des choses. Ce qui est bien si et seulement si cette expérience produisait des résultats positifs sur le terrain.
A partir du moment où la jeunesse guinéenne va mal, qu’on ne lui demande pas une obéissance aveugle à des aînés qui ne font pas la fierté du pays. Affirmer cela, c’est s’affranchir des « fautes lourdes » commises par ceux-là mêmes qui se targuent d’une certaine expérience. C’est aussi une façon de s’émanciper et prendre à bras le corps son propre avenir ainsi que celui de tout un pays. Quoi de plus normal que de lutter pour ses opinions !
Que ceux qui veulent réduire la jeunesse guinéenne au silence sachent que la balle est déjà partie et nul ne peut l’arrêter. Une prise de conscience est née et elle entend occuper le terrain qui aurait du être le sien depuis un certain 2 octobre 1958.
Le combat pour une Guinée démocratique et propspère, résolument tournée vers l'avenir ne fait que commencer. Et la jeunesse guinéenne entend y jouer un rôle primordial. Nous devons absolument fêter notre prochain 2 octobre dans une toute autre ambiance avec des dirigeants nouveaux et compétents qui pensent d’abord à leur PATRIE avant de penser au nombre de maitresses et de villas qu’ils comptent collectionner...
Le droit d’aînesse, OUI mais pas dans la perdition. Ne comptez pas sur nous pour vous soutenir dans vos obscures manœuvres !
Vive la Guinée débarrassée de ses dinosaures politico-claniques qui l’ont trahie !
Vive la Jeunesse guinéenne pour que vive le renouveau !
M Ly Elhadji Baila
Directeur Exécutif de www.nlsguinee.com
Membre fondateur de l’ANDD et de www.guinea-forum.org
Contact: elhadji@nlsguinee.com
Zurich, Suisse
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