Guinée : Interview de Bâ Mamadou, Président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG)
samedi 23 septembre 2006
« Il faut un mouvement des populations guinéennes pour obtenir un changement en Guinée ! »
Notre Correspondant permanent à Conakry a eu un entretien avec M Bâ Mamadou, Doyen de l’opposition guinéenne et président de l'UFDG (Union des Forces Démocratiques de Guinée). Le Doyen est revenu sur le Dialogue politique engagé par le Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation Monsieur Moussa Solano.
Il a aussi fait allusion aux énormes difficultés rencontrées par les partis de l’opposition…
Le leader de l'UFDG a enfin exhorté les guinéens d’où qu’ils se trouvent à se mobiliser pour réclamer le changement. Selon le président de l’UFDG, c’est la seule façon d’obtenir le changement.
Vous pouvez lire ci-dessous le résumé de l’entretien accordé à notre correspondant Lansana Aminata Camara pour www.nlsguinee.com.
Lansana Aminata Camara : Bonjour Mr. Bâ, vous êtes le président du parti politique UFDG. L’opposition vient de sortir d’une rencontre avec le gouvernement pour relancer le dialogue politique national. Que peut-on savoir de cette rencontre ?
Bâ Mamadou : Oui effectivement après beaucoup de péripéties nous venons de commencer le dialogue. C’est vrai que le ministre Solano avait fait croire à tout le monde que le dialogue politique avait déjà démarré, mais il vient juste de démarrer. Et c’est simplement le lundi dernier qu’on n’a déposé de part et d’autre chacun ses propositions. Actuellement nous sommes déjà bloqués parce que le ministre veut absolument organiser les élections alors que nous nous pensons que c’est la Commission Nationale Indépendante (CNI) qui doit organiser les élections. Donc c’est un point qui est très difficile à résoudre et nous prévoyons une réunion la semaine prochaine pour essayer de trouver des compromis. Mais jusqu’à présent on n’est d’accord sur rien.
L. A. Camara : Ces derniers temps on a l’impression que l’opposition est fatiguée ou qu’elle dort sur ses oreillers. Alors peut-on savoir vos démarches pour la mobilisation de vos militants en prélude aux élections législatives de juin 2007 ?
Bâ Mamadou : Oui vous savez, il faut d’abord repartir à ce qui s’est passé en mars 2006 où il y a eu la journée de concertation des forces vives de la nation. Nous avons fait une proposition concrète de sortie de crise qui proposait d’une manière nette la formation d’un Gouvernement d’Union Nationale de 18 mois pour une période de transition. Nous maintenons toujours cette proposition. Elle n’est pas encore en vigueur mais c’est ce que nous souhaitons pour la Guinée. Cela n’empêche quand même qu’on accepte de discuter avec le gouvernement pour savoir si on peut faire quelque chose d’acceptable pour avoir des élections libres et transparentes. Notre objectif c’est d’avoir des élections libres et transparentes. Si cela est possible bon on va essayer mais si cela n’est pas possible, je crois que nous ne pourrons pas continuer avec le gouvernement. Nous allons reprendre toujours notre idée de période de transition.
L. A. Camara : Mr le président de l’UFDG, c’est avec beaucoup d’amertume et de frustration que l’on assiste à une lutte de clans opposés au sommet de l’Etat. Qu’en dites-vous ?
Bâ Mamadou : Oui effectivement, je crois que, étant donné que la manne financière a l’air de disparaître, ce qui fait que ceux qui avaient l’habitude de prendre assez d’argent n’en ont plus assez, donc la discussion commence pour savoir qui doit faire quoi et ils vont nécessairement s’entredéchirer jusqu'à ce qu’ils puissent trouver d’autres solutions. Et c’est pour ça que nous avons dit que ce régime là, c’est claire maintenant il ne peut plus continuer. Il est au bout du rouleau, eux mêmes ils le savent c’est pour cela qu’il y a au fond ces mouvements. Il y a certains qui veulent quitter le navire mais ils ne savent plus comment. Et nous nous sommes là pour dire qu’il faut absolument que ce régime change pour qu’on puisse avoir vraiment le bonheur en Guinée.
L. A. Camara : Je cite un opposant de la place qui disait que le FRAD c’est terminé ! Aujourd’hui souhaiteriez-vous créer une autre structure qui puisse regrouper l’opposition guinéenne ?
Bâ Mamadou : Oui vous savez, on critique beaucoup l’opposition guinéenne. Mais elle se bat avec ses petits moyens. Au fond on dit que nous ne faisons rien mais on bouge quand même. Malheureusement nous n’avons pas de radio, pas de télévision et nous n’avons même pas de site Internet rassemblant l’opposition et qui puisse relayer ce que nous faisons ensemble. Mais il faut reconnaître que nous essayons plusieurs méthodes pour nous en sortir malgré les faibles moyens dont nous disposons. Nous avons aujourd’hui une population qui n’a plus rien et même les dirigeants qui avaient l’habitude de financer tout, sont obligés de tirer la langue ; ce n’est pas facile. Donc c’est pourquoi l’opposition est de plus en plus faible, mais elle reste déterminée à changer le régime.
L. A. Camara : justement concernant les medias privés, les ondes sont libres mais l’opposition se trouve être écartée du jeu.
Bâ Mamadou : Oui nous n’avons jusqu'à présent pas pu nous associer avec une organisation quelconque pour avoir une radio. Mais nous sommes entrain de travailler là-dessus. C’est lent mais nous n’avons pas les ressources qu ‘il faut parce que c’est difficile d’avoir une radio avec les conditions qu’ils ont posées. Mais nous allons le faire.
L. A. Camara : La Guinée traverse une crise économique et politique sans précédant : le chef de l’Etat est malade, son entourage pille l’économie et se livre à des conflits d’intérêts personnels. En tant que doyen des opposants guinéens quels commentaires faites-vous de cette situation dramatique du pays ?
Bâ Mamadou : Oui c’est vraiment malheureux que les gens ne puissent pas prendre leur responsabilité. Avoir un président malade, la loi est claire dessus. Si le président est incapable de gérer le pays il doit être remplacé d’une manière nette par le président de l’Assemblée Nationale. Mais il ne peut pas prendre ses responsabilités étant donné qu’il est dans un système qu’il n’ose pas faire un pas. Donc il préfère laisser le pays s’écrouler plutôt que de se lever pour trouver des solutions acceptables. Donc c’est tout ça qui nous rend la situation difficile parce que ceux qui sont au pouvoir n’ont pas de pitié des populations et n’ont pas pitié du devenir de la Guinée. Et c’est pourquoi nous disons qu’il faut absolument une période de transition pour redresser ce pays et redresser les mentalités, faire en sorte que le redémarrage puisse être correctement mené.
L. A. Camara : Votre mot de la fin ?
Bâ Mamadou : Je crois que la Guinée est à un tournant. D’abord parce que le régime est à sa fin et ensuite la situation devient très très difficile pour tout le monde. Mais je souhaite qu’on ne retombe pas dans les mêmes erreurs du passé. Cela fait plus de 40 ans qu’on est indépendant et jusqu'à présent on n’a pas pu avoir un seul moment de repu montrant qu’on est sur la bonne voix. Jusqu’à présent i y a eu la révolution d’abord puis le laxisme et la corruption maintenant tout est bloqué, on ne sait plus que faire. Il faut que les gens se réveillent et nous maintenons la proposition que nous avons faite.
Le gouvernement d’union nationale de transition de 18 mois est indispensable pour remettre le pays sur les rails.
Et c’est pour ça que nous exhortons tout le monde à nous assister pour que nous puissions obtenir cette possibilité là. On ne pourra pas l’obtenir par les discours on ne l’obtiendra que par le mouvement des populations. Il faut que tout le monde se lève, ceux de l’intérieur, ceux de l’extérieur, les guinéens quels qu’ils soient et où qu’ils soient doivent se lèver ensemble pour dire ça suffit, nous voulons un changement. Il faut exiger le changement, c’est la seule façon de l’obtenir.
Propos recueillis par Lansana A. Camara
Correspondant permanent de www.nlsguinee.com à Conakry
E-mail : lansanaminata@yahoo.fr
Tél. (+224)- 64- 30- 74- 06
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