Guinée : Suspension du concours d’accès - s’achemine-t-on vers la privatisation des universités guinéennes ?
vendredi 15 septembre 2006
Instauré depuis plus de 16 ans (dans les années 1990) le concours d’accès aux Institutions d’Enseignements Supérieurs du pays vient d’être supprimé jusqu’à nouvel ordre. L’annonce à été faite le 11 septembre dernier, par le nouveau ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique Dr Ahmed Tidiane Souaré à la sortie d’une concertation avec l’ensemble des recteurs et directeurs des universités et instituts.
Cette décision finale était en examination et étude depuis plus de deux ans maintenant. Selon le directeur général de l’institut supérieur des Arts de Dubréka, Syba Fassou, la décision vise à augmenter de plus en plus le nombre d’admis pour les études supérieures.
Ainsi, de nouveaux instituts implantés dans toutes les capitales régionales pourraient avoir des étudiants à nombres suffisants. Au total c’est entre 30 et 40.000 candidats, dont l’année d’obtention du baccalauréat deuxième partie s’étend de 2004 à 2006 qui sont concernés.
Cependant, si cette mesure a été saluée par certains élèves et parents d’élèves, d’autres par contre trouvent plutôt des inquiétudes, car aucune mesure d’accompagnement n’a été annoncée par les autorités. D’ores et déjà l’on parle de la suspension des bourses d’entretiens (pécules) pour toutes les premières années.
Cette modique somme de 60.000 GNF, permettait aux nouveaux admis de subvenir à leurs besoins primaires afin de pouvoir continuer les études malgré les conjonctures assez pénibles.
« Nous avons décidé cette suspension pour permettre à un plus grand nombre d’étudiants d’avoir accès à nos universités et instituts d’enseignements supérieurs... » a déclaré Mr Fassou.
Par ailleurs, pour être admis à l’université il faut nécessairement avoir 12/20 de moyenne dans les matières fondamentales de la branche souhaitée par le candidat. Par exemple, celui qui veut faire la Médecine doit avoir une moyenne de 12/20 ou plus dans les matières suivantes : Mathématiques, Biologie, Chimie. Ceci est propre à toutes les autres disciplines de l’université.
Ainsi, malgré la volonté affichée des autorités à se conformer aux systèmes éducatifs des pays de la Sous région, le chemin reste encore très long pour la Guinée. Surtout quand on sait que l’Etat guinéen et ses partenaires n’ont enregistré aucun succès dans la mise en œuvre des politiques éducatifs. C’est le cas notamment du projet NFQE ( Niveau Fondamental de Qualité et de l’Equité), qui a fermé portes et fenêtres l’année dernière après avoir reconnu la faiblesse de son influence sur le terrain.
D’autres part, cette mesure vient aggraver une situation auquel le gouvernement n’a jamais trouvé une solution digne de nom. C’est le chômage galopant en Guinée. Plus de 23 promotions sont au chômage depuis la prise du pouvoir par l’armée nationale en 1984.
Et ce diplômé sans emploi ne dira pas le contraire dans son commentaire anonyme : « Vous savez en Guinée, les autorités bondissent du jour au lendemain sur des décisions importantes. Je crois que cette nouvelle mesure vient grossir le rang des chômeurs. Personnellement je suis à la recherche de mon premier emploi depuis 15 ans maintenant. Aujourd’hui je me débrouille dans le secteur informel (le lavage des voitures)… »
En outre, beaucoup sont les observateurs qui se posent la question des savoir si l’on ne s’achemine pas vers la privatisation des institutions d’enseignement supérieur.
La fermeture des campus pour l’université de Conakry et le nombre important d’étudiants étrangers en Guinée sont-ils entre autres signes de cette stratégie, déjà en application dans la plupart des pays de la Sous région ouest africaine ?
Lansana A. Camara
Correspondant permanent de www.nlsguinee.com à Conakry
E-mail : lansanaminata@yahoo.fr
Tél. (+224)- 64- 30- 74- 06
|