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Guinée : Près de trois mois après les tueries du 12 juin 2006 à Conakry les témoins parlent.

 jeudi 07 septembre 2006   

Les tueries des 12 et 13 juin 2006 perpétrées par les forces de sécurité guinéennes sur les élèves qui ne réclamaient que la tenue des examens de fin d'année resteront gravées longtemps dans la conscience nationale. Tout est parti de la grève générale illimitée qui été déclenchée à partir du 8 juin 2006 parce que le gouvernement n'avait pas respecté ses engagements après les négociations des premières journées de la grève du 27 mars 2006.

C'est en pleine grève générale que le gouvernement a annoncé la tenue des examens de fin d'année alors qu'aucune condition n'était réunie pour leurs bons déroulements Les syndicats n'étaient pas d'accord pour la reprise du travail parce que leurs conditions n'étaient pas satisfaites.

Ils réclamaient l'augmentation des salaires des fonctionnaires, la diminution du prix du sac de riz de 50 kilos à 80.000 francs guinéens.C' est devant cette situation de crise sociale que le gouvernement a annoncé la tenue des examens de fin d'année pour les 12 juin 2006.

Le lendemain nos jeunes frères se sont rendus dans les centres d'examen pour y passer les examens. À leur grande surprise, ils ont trouvé que les enseignants n'étaient pas sur place. Face à cette situation les élèves ont pris les rues de la capitale Conakry, ainsi que les grandes villes du pays comme Labé, Faranah, Kankan et N'Zérékoré. Ils ont demandé le départ du gouvernement du général Lansana CONTÉ du pouvoir.

Près de trois mois après ces évènements sanglants nous avons rencontré un jeune élève du Lycée Yimbaya du nom Ibrahima SOUMAH, né le 23 avril 1984 à Conakry, qui a été témoin oculaire des massacres de ses camarades. Il raconte comment les forces de l'ordre ont ouvert le feu aux élèves en sa présence :

<< Je ne parlerais que de ce que j'ai vécu ce lundi 12 juin 2006 avec des précisions irrévocables. Ce lundi nous étions venus dans l'intention de passer la première journée du baccalauréat session 2006, ignorant ce qui se tramait entre le gouvernement et les centrales syndicales parce qu'à la veille nous avions été rassurés du déroulement des examens par le ministre de l'Administration du territoire, qui est en même temps porte-parole du gouvernement guinéen .

Ainsi lorsque nous avons trouvé les salles d'examens vides à l'exception de quelques une qui étaient occupées par des gens qui n'ont rien de commun avec la fonction d'enseignants, recrutés par le gouvernement pour s'en passer des vrais enseignants, la décision a été prise de façon spontanée par certains élèves de Yimbaya de prendre les rues .

À un moment où certains voulaient rebrousser chemin nous avons rencontré une certain Mabinty KEITA née le 8 octobre 1986 à Friah devant sa concession qui nous a convaincus de rejoindre nos camarades pour manifester contre le régime du Général Lansana CONTÉ. Ensemble nous avons pris le chemin de la ville pour manifester. Sur le chemin nous avons croisé les forces de l'ordre qui ont ouvert le feu sur nous notre groupe.Du coup il ya eu deux morts et plusieurs blessés.

La fille du nom de Mabinty a pris la fuite pour allez se cacher chez une de ses amies, de là elle a été informée que les militaires ont été chez elle la même nuit suite à une dénonciation des espions. Ils ont verrouillé les portes et fenêtres de leur maison, histoire de la retrouvée. Depuis nous n'avons aucune nouvelle d'elle.

Après mes enquêtes, il semble que cette fille avait été arrêtée pendant la grève du 27 mars au 3 avril 2006 et a fait deux semaines de prison avant d'être libérée le 19 avril 2006 sous condition. Le jour de sa libération, elle avait signé un document selon lequel elle donnait son accord de principe pour une peine lourde au cas où elle se fait prendre désormais dans une manifestation de rue.

Ceux qui minimisent la portée des évènements du 12 juin 2006 sont des assassins au même titre que les forces de l'ordre tueurs. J'ai eu mon baccalauréat après les tueries, mais je le dédie à mes camarades qui sont tombés sur le champ de bataille. Je m'associe aux organisations de droit de l'homme pour réclamer une commission d'enquête internationale sur ces massacres afin de situer les responsabilités et de punir les auteurs. >>

Depuis Conakry, une correspondance spéciale de Sékou SYLLA
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