Guinée : L’Éducation en Guinée - Enjeu et défis !
jeudi 07 septembre 2006
L’éducation en Guinée, un vaste chantier qui mobilise un gigantesque effort national appuyé par de nombreux partenaires parmi lesquels la Banque mondiale joue un rôle majeur au près du gouvernement à travers le Programme Éducation pour pous (PEPT). Sur le terrain, les acquis sont prometteurs. Mais attention, l’arbre ne doit pas cacher la forêt…
L’éducation est l’un des quatre secteurs prioritaires du Document de stratégie de réduction de la pauvreté élaboré par le gouvernement de la République de Guinée en 1996. Dans ce cadre, le Programme Éducation pour tous (PEPT) intervient comme l’instrument de mise en œuvre de cette stratégie dans le secteur de l’éducation. L’objectif essentiel du programme est l’atteinte des objectifs du millénaire dans l’éducation, soit l’achèvement de l’enseignement primaire pour tous les enfants guinéens d’ici 2012.
Cet ambitieux programme implique un travail colossal au sein des ministères en charge de l’éducation et plus particulièrement au niveau du Ministère de l’enseignement pré-universitaire et de l’éducation civique.
Une rétrospective montre que la Guinée vient de loin en matière d’éducation. Au lendemain de l’indépendance en 1958, le jeune état se tourne vers un enseignement de masse à la place de l’enseignement d’élites. L’introduction des langues nationales comme langues d’enseignement, l’isolement du pays ont, pendant plus de deux décennies porté un coup dur à la qualité de l’éducation.
La mise en place du PEPT s’inspire de la déclaration de politique éducative de septembre 1989, de la loi d’orientation de son système éducatif ainsi que des recommandations issues des conférences mondiales sur l’éducation tenues à Jomtien (Thaïlande) en 1990, puis à Dakar et Bamako en 2000. Fondamentalement, l’état guinéen s’engage par ce programme à poursuivre les réformes amorcées dans le système et à consolider les acquis obtenus dans le cadre des programmes d’ajustement sectoriel de l’éducation antérieurs appelés Pase I et II.
Deux programmes qui se sont étalés successivement de 1990 à 1994 et de 1996 à 2000 ont porté pour l’essentiel sur l’amélioration des infrastructures scolaires.
En ce qui concerne sa mise en œuvre, le PEPT est bâti autour de trois grands axes représentés par les trois composantes du programme. Il s’agit de l’amélioration de l’accès à l’éducation, de l’amélioration de la qualité des enseignements et des apprentissages et du renforcement de la gestion décentralisée du secteur. Trois composantes connues sous les appelations courantes d’accès, de qualité et de gestion.
À travers la composante « accès », le programme cherche à assurer que tous les enfants accèdent effectivement à l’enseignement primaire et terminent le cycle. Mieux, un accent particulier est mis sur la scolarisation des filles et des garçons des régions défavorisées ainsi que sur celle des enfants handicapés. Dans le cadre de la mise en œuvre de cette composante, on enregistre déjà, la construction de 2800 salles de classes par la coopération japonaise (JICA), la BAD, la KFW et l’Union européenne ; la réalisation de 400 salles de classes par des ONGs sur le financement de la Banque mondiale et le projet de construction de 1200 salles de classes, 800 latrines et points d’eau sur le même financement. Autant d’appuis qui contribuent à l’augmentation quantitative du nombre d’enfants scolarisés. Le secteur privé et les communautés ont largement contribué dans ce processus ; y compris à travers les fameuses classes-paillotes des villages, réalisées par les populations paysanes pour scolariser leurs enfants.
L’enseignement supérieur n’est pas en marge des préoccupations. Par exemple, en 2004 sur 27000 candidats, seulement 7000 ont pu accéder aux institutions d’enseignement supérieur. Une situation due au manque de locaux suffisants. Un sérieux manque à gagner. « Il n’est pas rare de voir par exemple dans certaines institutions universitaires des étudiants suivre des cours soit en position debout soit carrément à travers les fenêtres, de l’extérieur des salles » précise un étudiant.
Dans le sous secteur de l’enseignement technique, on cite au nombre des acquis, la construction de 3 écoles normales d’instituteurs respectivement à Faranah, Boké et Dubréka. À quoi s’ajoutent l’extension des ENI de Conakry et de N’Zérékoré, et la formation initiale et continue des maîtres de l’élémentaire qui figure parmi les priorités dans ce sous secteur, l’idéal étant d’atteindre, le principe : « une classe, un maître »
Dans la composante « qualité », l’objectif poursuivit consiste à qualifier les enseignements et les apprentissages à tous les niveaux. Ce, par l’acquisition de manuels scolaires, le développement de la petite enfance, la formation continue des maîtres etc. Car,savoir lire et calculer représente le défi primordial dans le primaire. Pour cela, chaque élève doit avoir ses manuels.
Au nombre des activités principales déjà exécutées, on cite entre autres : la livraison de 740.000 manuels de sciences pour les 1ère, 2ème et 5ème années ; 292.000 manuels par discipline fondamentale (mathématiques, sciences naturelles et français) ont été livrés et distribués pour le collège. Soit un total de 1.908.000 manuels pour un coût de près de 3.000.000 euros.
L’impression et la distribution des programmes révisés du secondaire et une formation dans le cadre de leur utilisation. À cela s’ajoute l’élaboration et la production d’un document d’accompagnement des programmes du primaire ainsi que l’acquisition de médicaments et de micro-nutriments. Pour mieux responsabiliser les écoles, la mise en place du Projet d’appui à la rénovation de l’enseignement élémentaire en Guinée (PAREEG) et du Projet d’appui à la rénovation de l’enseignement secondaire (PARPES) vient renforcer cet arsenal. Il s’agit là d’octroyer de petites subventions aux écoles et aux groupes pédagogiques. A noter aussi des actions de formation en faveur des enseignants et des encadreurs à l’utilisation des manuels, des ressources documentaires et à l’animation autour du livre et de la lecture.
La composante « qualité » intervient au niveau de l’enseignement technique en assurant une formation technique et professionnelle de qualité en vue de rendre compétitifs les sortants des écoles sur le marché de l’emploi. Dans une première phase, il est question de consolider les acquis du projet de formation initiale des maîtres, améliorer les programmes de formation, perfectionner les formateurs des formateurs dans le cadres du PEN/CPMF, la formation de 5.800 instituteurs contractuels dont 2.226 femmes des 3 cohortes des ENI.
Dans le secteur de l’enseignement supérieur, l’autre défi réside dans l’amélioration de la qualité et la pertinence des programmes d’enseignement et de recherche.
Quant au Ministère qui s’occupe du domaine de l’enfance, c’est le développement de la petite enfance qui constitue l’un des axes prioritaires. Il s’agit d’améliorer le développement cognitif, les statuts nutritionnels et scolaires et développer le psycho-social des enfants de 3 à 6 ans en vue de favoriser leur réussite scolaire. À verser dans ce dossier, la construction de 20 centres d’encadrement communautaire et la mobilisation de 10.000 enfants ainsi que la formation d’animateurs communautaires.
La mise en œuvre de ce programme dans l’ensemble des secteurs éducatifs prend largement en compte la dimension lutte contre le VIH/SIDA en rapport avec l’éducation parentale.
La composante « Gestion » quant-à elle vise la modernisation de la gestion administrative et pédagogique d’une part, le renforcement du système d’information et de suivi, d’autre part. À ce niveau, au titre des acquis, figurent la consolidation du fichier unique du personnel enseignant de l’éducation ; l’encadrement et le suivi rapproché des enseignants, le renforcement des capacités des SAF (Services administratifs et financiers) ainsi que d’autres cadres des services concentrés ; la délégation de crédits par subvention pour les activités du programme EPT au niveau déconcentré. Le problème fondamental des écoles étant le manque de ressources, des programmes de subvention sont envisagés pour venir en appui aux écoles d’encadrement, aux groupes pédagogiques et aux élèves.
C’est le lieu de rappeler que ce programme est soutenu par un ensemble de partenaires dont le principal bailleur extérieur est l’IDA. La part de financement de la Banque mondiale pour la première phase du PEPT est de l’ordre de 70 millions de dollars EU sur une enveloppe globale qui avoisine les 420 millions. Au plan institutionnel, le programme appuie la préparation de la politique éducative du pays. En 2005, il a été procédé à un recentrage du PEPT vers des activités plus pertinentes pour un meilleur succès ainsi que la prorogation de la première phase du programme pour 2 années supplémentaires.
Ainsi, en faisant l’état des lieux du secteur de l’éducation en Guinée plus de trois ans après le lancement de ce programme, force est de reconnaître qu’en dépit de réels efforts sur le terrain, de vrais problèmes persistent encore pour atteindre les normes de qualité. Une situation qui s’expliquerait par le sous-financement du secteur éducation par rapport à certains pays de la sous-région dont la moyenne varie de 30 à 50% alors qu’en Guinée seulement 18% du budget national vont à l’éducation. De facto, les conséquences ne se font pas attendre : les ratios élèves/salle de classes et élèves /manuels scolaires sont encore loin d’être satisfaisants au point que la pléthore dans les écoles des centres urbains s’y ajoutant fait que de réels handicaps persistent toujours pour atteindre les normes de qualité des apprentissages au niveau des cursus. Pire, la question sur la qualification du personnel enseignant se pose avec insistance. Mais aussi et surtout leur prise en charge et leur traitement.
Voilà pourquoi on pourrait conclure en partageant des propos tirés d’un rapport d’experts de la banque mondiale intitulé "Système éducatif guinéen : diagnostic et perspectives" : « le système éducatif guinéen a fait des progrès très substantiels dans la couverture scolaire, le taux brut de scolarisation du primaire passant de 34% en 1990 à 81% en 2003. Mais seulement la moitié des jeunes du pays réussissent à avoir une scolarité primaire complète dont on sait qu’elle est pourtant indispensable pour assurer la rétention de l’alphabétisation à l’âge adulte. En contrepoint aux progrès réalisés, des défis considérables restent donc à relever pour le système éducatif guinéen dans la période à venir… »
Par Alhassane Diogo Barry
SOURCE : Worldbank / République de Guinée
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