Guinée : « L’Approche Humaniste !»
lundi 28 août 2006
Cher(e)s frères et sœurs, la négation de la vérité et le « tous les chemins mènent à Rome » nous permet, certes, souvent d’atteindre nos objectifs, mais risque également de nous plonger dans un conflit interne dont nous ne sortirons jamais vainqueur.
En effet, « dans la vie ici-bas, certes, nous pouvons échapper à la justice, mais nous n’échapperons jamais à notre conscience. »
Il est certain que nous n’avons pas tous le même ordre de valeur, mais pour d’autres, le véritable bonheur c’est seulement lorsqu’on est en paix avec sa propre conscience ; c'est-à-dire, à défaut d’avoir pu changer positivement les choses, qu’on puisse, au moins, se réfugier dans notre âme profonde avec la certitude d’avoir fait notre maximum possible pour éviter le pire. Je dis bien : faire au moins son maximum possible pour éviter le pire, et non empirer au maximum la situation pour faire naître le besoin de son indispensabilité aux commandes.
• La politique serait-elle cette indifférence totale face au jugement et à la sanction de sa propre conscience ?
• Serait-elle tout simplement une victoire extérieure et un échec intérieur ?
Cher(e)s compatriotes, il faut le reconnaître, après les vingt six années de régime socialiste à parti unique, l’héritage politique de la Guinée n’a pas été le plus réconciliant, d’une part entre la multitude d’intellectuels, animés d’un sentiment de vengeance, rentrant d’exil, et d’autre part entre les différentes ethnies cohabitantes.
Autant la mobilisation fut remarquable pour la conquête de “l’indépendance”, autant la désunion, l’angoisse et l’ethnocentrisme furent au rendez-vous à l’avènement de la deuxième république.
Lorsque, à cette époque, le Comité Militaire pour le Redressement National (CMRN) pris les rênes de la transition vers la deuxième république, personnellement je pense que ce fut la plus grosse erreur de notre histoire car, au lieu de rétablir la justice et faire prévaloir opportunément la loi, ce fut la prédominance des règlements de comptes qui n’ont contribués qu’à assombrir de plus le passé de la Guinée et du citoyen guinéen. Un citoyen guinéen resté depuis lors sans aucune explication, ni justice.
A quand cette justice ?
Voilà la principale animation du combat politique de la Guinée du 20ème siècle : chaque groupe, ethnie ou parti, y compris le pouvoir en place, cherchant à appliquer sa propre justice tout en ignorant complètement les notions de « République » et « d’Etat ». C’est ainsi que, après la loi fondamentale de 1990 et l’approbation du multipartisme, la véritable Guinée politique, telle que nous la connaissons aujourd’hui, naquît. C’est cet état d’esprit qui prédomina tout au long du 20ème siècle et la plus impressionnante manœuvre fut celle des élections présidentielles de 1994 et 1998 ; où le militantisme politique s’identifiait intimement aux principales régions naturelles, elles-mêmes s’identifiant aux principales ethnies dominantes.
Frères et sœurs, ceux parmi nous qui ont vécu ces évènements, peuvent témoigner et mesurer jusqu’où la bêtise humaine est capable de conduire tout un peuple, toute une nation vers la haine, l’intolérance, le mal et l’incompréhension tout en révélant ce nombrilisme stupide.
Ce fut alors la Guinée politique d’antan, la politique dans son véritable sens de « l’art de se servir du peuple ; l’art de la conquête du pouvoir par n’importe quel moyen ; la politique pour elle-même ». Ce fut la politique des moutons de panurges telle que Henri De Rochefort l’a si bien décrite : « Il y a deux sortes de bergers parmi les pasteurs de peuples: ceux qui s'intéressent au gigot et ceux qui s'intéressent à la laine. Aucun ne s'intéresse aux moutons ».
Non, frères et sœurs, nous n’en voulons aucunement aux politiques qui ont franchi le bug de l’an 2000 ; et de plus, négliger l’expérience et les efforts qu’ils emploient pour l’instauration d’une bonne gouvernance en Guinée serait vraiment être ingrat ; nous en voulons surtout à la dictature militaire en place qui à confondu justice et règlements de comptes dès le départ.
Cependant, nous ne pouvons pas non plus nous empêcher de rappeler aux politiques la nécessité de réadaptation et de renouvellement de la classe politique en fonction des mutations sociétales et de l’évolution de l’environnement international.
A chaque société sa classe politique
La société guinéenne du 21ème siècle n’est plus cette société de moutons de panurge qui exprimait un besoin houleux de vengeance, d’intolérance et d’affirmation nombriliste, dû au refoulement de vingt six ans d’angoisse, de terreur et d’injustice; la politique telle qu’elle était pratiquée au 20ème siècle répondait exactement à ce besoin de la société hétérogène guinéenne. Cependant, l’évolution de l’environnement international, les nouvelles technologies de l’information et de la communication, les expériences de nos pays frontaliers, la persistance de la crise économique que les guinéennes et guinéens vivent de jours en jours, … ont contribués à accoucher d’une nouvelle société guinéenne, une société qui aura compris qu’il y a des vérités beaucoup plus objectives que selles que nos instincts animaliers nous dictaient.
Pour simple preuve :
• Que tous les travailleurs guinéens, sans distinction de race, d’ethnie ou de région, répondent à un même mot d’ordre de grève général durant cinq puis dix jours, prouve qu’il y a certainement de nouvelles vérités et une nouvelle société ;
• Que de jeunes guinéens, sans distinction de race, d’ethnie ou de région d’origine, organisent des manifestations non-violentes dans les consulats guinéens à l’étranger, notamment au Sénégal voisin, prouve qu’une nouvelle société guinéenne émerge ;
Que remarquons-nous dans les attitudes de nos politiques ?
Malgré que nos politiques aient pu dépasser le bug de l’an 2000, et que la société guinéenne exprime à un nouveau besoin, nous remarquons tout simplement qu’ils adoptent des attitudes de « folies de grandeurs », car au lieu de répondre à ce nouveau besoin exprimé de la société guinéenne, ils calquent les structures et comportements des sociétés occidentales sur les nôtres et se croient en pleine démocratie. Du coup, ils jouent dans un environnement imaginaire et irréel, cette passion pour la politique qui risque de provoquer de nouvelles perturbations nuisibles dans l’évolution de la société guinéenne et la mémoire collective du peuple, surtout en cas de guerre civile.
Oui, frères et sœurs, nous cherchons moins à juger qu’à comprendre; certes, aspirant à la démocratie, nous ne pouvons éviter le chemin de la politique que Proudhon qualifie de « la science de la liberté », mais à présent, tout est question de savoir quelle genre de politique peut aujourd’hui répondre à ce besoin de la société guinéenne ?
Ce n’est certainement pas la politique pour elle-même telle qu’elle est appliquée en occident qui peut résoudre nos problèmes africains d’aujourd’hui car, les problèmes des sociétés occidentales ne sont pas les mêmes que les problèmes des sociétés africaines. La société guinéenne a quant à elle besoin de la politique dans son sens de : « l’art d’être au service de son pays et du peuple ; l’art de construire sans détruire ; l’art du compromis pour préserver la vie humaine et sauver l’avenir ; l’art de réconcilier foi et raison… »
Le tracé de la frontière est tellement subtil entre ces deux façons de faire de la politique, la marge est tellement grande, que toute la science politique y puise sa pleine importance.
Guinéennes et guinéens, c’est cet aspect humain très fragile qui nous échappe dans cette lutte pour l’instauration d’une démocratie favorable en Guinée : « nous perdons peu à peu la notion de sacralité de la vie humaine ».
Frères et sœurs, s’il y a un aspect dont j’aimerai bien qu’on m’aide à comprendre, c’est d’abord le fait qu’on se soit décidé à sacrifier une partie ou toute sa vie pour la restauration de la justice, la prospérité, la liberté, le bonheur, l’amour, la tolérance, la démocratie et la paix en Guinée. Puis qu’on soit conscient du poids du commandement qui repose sur nos épaules ; et que nous assistons à des évènements comme ceux de novembre 2005 à Télémélé et ceux des 12 et 13 juin 2006, sans pour autant condamner, revendiquer, exiger et se comporter comme le premier avocat du peuple directement ou indirectement victime de ces différentes répressions, afin qu’il y ait établissement d’une commission pour situer, juger et condamner les responsables de ses actes barbares. De plus, que nous acceptons de repartir à de futiles dialogues politiques, avec les assassins du bétail pour parler « listes électorales, recensement, élections,… ».
Certainement que les politiques le comprennent bien, mais nous, nous ne pouvons le comprendre car il n’y a aucune marque d’humanisme ni de la part de ce gouvernement vicieux, ni de la part de la classe politique actuelle. Peut-être avons-nous déjà enterré ces vingtaines, trentaines ou quarantaines de victimes de la répression ?
« Croyez-moi, que nous, nous n’oublierons jamais nos frères et sœurs, parents et ami(e)s qui succombent chaque jour sans avocat déclaré pour les défendre. Nous n’accepterons surtout pas une éducation par la terreur de nos frères et sœurs, guinéennes et guinéens vivant sur le territoire national ; mais tout au contraire, nous devons et cherchons à incarner cette notion de sacralité de la vie humaine au sein de la population guinéenne afin que cesse ces jeux de tromperie, cette impunité et que triomphe la justice guinéenne ».
Une vie guinéenne = une vie américaine = une vie européenne
Sur ce, nous tendons la mains et relançons cet appel profond à nos frères et sœurs, à la jeunesse guinéenne de l’intérieur et de l’extérieur, à toutes les associations guinéennes politiques ou apolitiques, à tous(tes) les amis(es) de la Guinée, de faire de nos frères et sœurs, parents et ami(e)s victimes des répressions de Télémélé et des 12 et 13 juin 2006, non seulement des martyres mais en plus, les derniers d’une liste qui ne fait que s’allonger.
Très cher(e)s compatriotes, jeunesse africaine, établissons, complétons et faisons circuler des « listes rouges », comportant toutes les victimes des répressions politiques dans nos différentes nations, au sein de tous les organismes internationaux afin que soit carrément créée un tribunal pénal international contre les crimes et répressions politiques en Afrique, d’ailleurs cela participerait énormément à la prévention des conflits sur le continent.
Exhortons l’Union Africaine, les Nations Unies et tous les organismes humanitaires internationaux, ainsi que les USA et l’Union Européenne à s’engager physiquement et réellement, sans hypocrisie, pour la lutte contre la violation des Droits de l’Homme sur le continent africain, car les gouvernements kleptocrates et génocidaires ainsi que les politiciens passionnés ternissent complètement la dignité de l’espèce humaine.
A l’image de ces phénomènes : d’immigration clandestine, de conflits politiques, de rébellions, d’enfants soldats, d’extrémismes religieux qui ne sont que conséquences pures et dures des prises de décisions au sommet ; sans pour autant souligner les épidémies qui frappent sans répits le continent : MST, Paludisme, sécheresse, pauvreté, …
Ce n’est pas que le dialogue politique n’est pas une voie salutaire, mais c’est surtout en luttant contre ces exactions apparemment minimes que le peuple de Guinées reconnaîtra son véritable leader d’opinion, celui-la qu’il investira légitimement et démocratiquement pour la défense des Droits Universels de l’Homme, la restauration de la justice, de la prospérité et de la paix en République de Guinée.
C’est ainsi que Constantin Costa-Gravas affirma : «La politique ne se résume pas au choix d’un candidat aux élections, c’est une manière de vivre. »
Jeunesse de Guinée et Société Civile guinéenne, Hommes politiques et Armée guinéenne, l’ultime défit politique qui se présente à nous aujourd’hui est tout simplement la réussite de cette transition politique et démocratique qui s’impose ; et chaque jour est une nouvelle chance pour nous d’y arriver car du jour au lendemain tout peut basculer.
Le seul obstacle invariable et évident à la réussite de cette transition est ce gouvernement Kleptocrate et éterniste en place. Une chose reste certaine, c’est tout simplement que ces derniers avancent dans leur transition programmée alors que “les forces du changement démocratique”, elles, restent encore dans ce jeu machiavélique flou et dépourvu de toute stratégie lumineuse.
Quel gros appât que celui de se lancer dans une campagne « gagne-temps » pour profiter d’une opportunité de vacance de pouvoir et d’enjolivement au près des bailleurs de fonds, tout d’abord en accordant la licence d’émissions de deux ou trois chaînes privées, puis en lançant un dialogue politique pour caresser le chat dans le sens des poils en vue des législatives de juillet 2007.
Cela ne rappelle-t-il pas les manœuvres d’un certain Cellou Dallein Diallo pour débloquer la crise et attirer quelques fonds pour les parasites d’Etat ?
D’abord en décrétant la libéralisation des ondes, puis en accordant la totale liberté de circulation sur tout le territoire aux opposants politiques afin de les attirer dans le jeu électoral du 18 décembre 2005 dont, tous, nous connaissons l’issue.
Guinéennes et guinéens, il serait lacunaire d’avoir une approche linéaire de la période de Transition. Ne serait-il pas mieux de subdiviser cette période en trois phases : « la Pré-Transition » – « la Transition proprement dite » – « la Post-Transition ».
• En ce qui concerne la phase de « Transition Proprement dite », toutes les propositions, à savoir celle de l’Odyssée de l’impasse 2010, celle du COTRADEG, celle du Consortium Guinée 2006, celle de la Concertation nationale appuyée par la publication récente de l’UFDG ; elles rassemblent toutes plus de convergences que de divergences qui portent le plus souvent sur une question de dates.
• En ce qui concerne la phase « Post-Transition », c’est-à-dire le passage du gouvernement de transition à celui élu démocratiquement, son issue tiendra de la bonne tenue de la phase de « Transition proprement dite » et de l’application des propositions préconisées.
• A présent, et c’est le plus regrettable, nous ignorons et oublions peut-être que pour la réussite de la « Transition proprement dite », il faudrait auparavant entamer la phase de Pré-transition avec beaucoup plus de rigueur et d’attention.
Cher(e)s compatriotes, nous sommes déjà en période de transition dans sa phase que nous avons justement appelée « Pré-Transition ».
Où en sommes-nous par rapport à cette phase ?
Qu’avons-nous prévu en cas de vacance de pouvoir ?
Qu’avons-nous prévu en cas de l’échéance législative ?
Qu’avons-nous prévu en cas de coup d’Etat militaire ?
Qu’avons-nous prévu en vue de l’échéance 2010 ?
Frères et sœurs, très cher(e)s compatriotes, avant de faire un récapitulatif des différentes propositions qui devra rassembler le maximum de consensus possible pour que chaque citoyen guinéen s’y retrouve, nous essayerons auparavant d’éclairer l’urgente phase de la Pré-Transition en essayant d’apporter lumières aux questions que nous nous sommes posées.
« Un intellectuel assis va moins loin qu'un con qui marche », Michel AUDIARD.
« C’est un malheur du temps que des fous guident les aveugles », William Shakespeare.
« Pour ma part, je dirais simplement : Oui aux partis politiques, mais non à l’esprit de parti », Raymond Barre.
« Vive la voix de la jeunesse, vive l’union des forces vives de la nation pour que vive la République de Guinée !»
Mamadou Oury Diallo
Représentant de www.nlsguinee.com au Maroc
Contact : chiccodiallo@yahoo.fr
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