Guinée : Brève analyse économique de la corruption en Guinée (Conakry)
samedi 5 août 2006
Première partie : Des Institutions étatiques intrinsèquement corrompues
La publication par une institution internationale d’un rapport sur la corruption a remis ce thème à la mode en Guinée. Notre pays y occupe l’une des places les moins enviées. Mr le « président » général, pour donner l’impression de lutter contre ce fléau, crée une fantomatique commission, confiée à ses « amis » qu’on ne peut pas soupçonner de la moindre probité morale face aux Biens Publics. Bien au contraire. Comme d’habitude, l’installation de cette commission a été précédée de discours faussement moralisateur.
Les vœux du nouvel an par exemple s’y prêtaient, l’exercice convenu a été exécuté. Il n’avait pas de mots assez durs pour fustiger les « éternels coupables ». Les petits employés, sans ressources, ni pouvoir, sont systématiquement désignés à la vindicte populaire. Ils sont tous, a priori « coupables » de tous les maux.
Le « président » est proclamé ou se proclame animé de « bonnes intentions », vite perverties par les « intellectuels », naturellement « corrompus », et les petits commerçants inoffensifs, toujours diabolisés. Dans le même temps, les cinq ou six Gros prédateurs dont MM. Mamadou SYLLA et GUIDO Santullo, connus de tout le pays, sont cajolés. Pour quelles raisons ? – Mystère !
Qu’en est-il de la corruption vraie dans notre pays ?
Les promesses fermes de réduire la corruption sont toujours renouvelées, mais jamais suivies d’effet. Voilà presque vingt ans que ce mauvais feuilleton perdure. Même s’ils ne le clament pas de manière argumentée, nos compatriotes sont atterrés par l’ampleur de la corruption et par le niveau hiérarchique d’Etat où elle se pratique couramment
C’est le rôle, me semble-t-il, d’un Patriote averti-je prétends en être- de verser à un dossier comme celui-là, quelques éléments d’explication susceptibles d’éveiller un peu plus la curiosité de certains de nos compatriotes, plus particulièrement, celle de la jeunesse dans son ensemble. S’abstenir de le faire quand on en a la capacité intellectuelle, c’est tout simplement manquer à son devoir à l’égard de la Terre qui vous a vu naître. Je revendique donc ce rôle.
La réflexion qui va suivre, n’a pas pour but l’examen de la corruption en Guinée sous un angle moral. Une démarche morale ou moralisatrice n’a pas d’intérêt par rapport à la problématique qui est la mienne et qui est la suivante : comment la corruption organisée, rend-elle impossible tout projet collectif profitable au plus grande nombre, dans un pays arriéré comme la Guinée ?.
Je laisserai donc de côté les jugements moraux. Mais je conçois bien que dépourvu d’éthique, le discours risque de tourner au cynisme et l’action à la barbarie. Mon intention n’est ni l’un, et encore moins l’autre.
J’essayerai d’abord de mettre en évidence le caractère particulier de la corruption en Guinée, je m’intéresserai ensuite à sa propagation dans l’activité économique locale afin de montrer que ce n’est pas une « redistribution sociale » non formalisée de revenu, comme on a trop tendance à le faire croire, mais plutôt une vraie redistribution à l’envers, c’est-à-dire, un système consistant à dépouiller les plus humbles au profit des puissants du moment, discrètement soutenus par des alliés prompts à justifier leur soutien coupable par des arguments spécieux peu convaincants , comme par exemple ceux de la prétendue STABILITE.
Enfin, il sera possible de faire percevoir par nos compatriotes, comment certaines organisations, au motif de rechercher la stabilité régionale ou sous-régionale, consolident implicitement, et peut être de façon calculée pour certaines d’entre elles, le pouvoir de l’oligarchie mafieuse de Conakry. Le financement de la dernière « élection » communale et certains commentaires qui ont accompagné les « résultats » artificiellement tribalisés, sont édifiants à cet égard…
Le phénomène de la corruption en Guinée est une question essentielle. Il a ici, des spécificités inconnues ailleurs, ou en tout cas, à un degré moindre. Son ampleur et son enracinement hypothèquent déjà dangereusement l‘avenir immédiat de notre pays. La désespérance sociale qui frappe la jeunesse s’installe.
C’est une banalité mais une banalité nécessaire- de dire que ce fléau se caractérise essentiellement par la participation de deux acteurs principaux : le corrompu et le corrupteur.
Le premier (le corrompu ) a un pouvoir que la collectivité lui a confié provisoirement, ou qu’il a capté par la violence(sous toutes ses formes). C’est le cas en Guinée. Il veut être riche, à tout prix. Il a un statut et un pouvoir incontrôlé qu’il cherche à monnayer de diverses manières : signature d’un contrat, agrément à donner, permis à octroyer, marchés publics à passer, contrôle à effectuer, etc… .
Même de banals documents administratifs (passeport, carte d’identité, permis de conduire….) font l’objet de transactions financières illégales. Les fruits obtenus sont bien évidemment répartis entre les différentes hiérarchies administratives, politiques, ou militaires qui ont rendu l’opération possible, ou en ont facilité la réalisation. Le coefficient de répartition dépend, entre autre, des gains procurés par l’opération et du niveau hiérarchique sur le plan politique, militaire et administratif de ceux qui en ont été les principaux acteurs. Et les acteurs sont différents selon la probabilité de gains espérés.
Ainsi, un marché public financé par les bailleurs extérieurs, n’impliquera pas les mêmes acteurs que l’établissement de Vrais-Faux passeports par exemple..
Le second (le corrupteur), toujours aisé ou puissant du point de vue de son insertion dans des réseaux juridico-administratifs, cherche soit à bénéficier d’avantages auxquels il n’a pas droit, soit à dissimuler des faits juridiquement punissables et moralement condamnables, ou à en effacer les preuves susceptibles de les confondre tous les deux. La corruption ne peut donc durablement fonctionner, si elle n’est pas assise sur un réseau organisé. Je reviendrai plus tard sur la technique de collecte, de centralisation et de répartition de ses revenus entre les différents membres de l’oligarchie mafieuse de Conakry.
Quelle est donc la spécificité de la corruption en Guinée (Conakry) ?
La corruption est répandue partout, à des degrés divers, dans les pays développés comme dans les pays sous-développés, dans les systèmes démocratiques solides, comme dans les systèmes totalitaires ou dictatoriaux archaïques. Avec une différence notoire : les systèmes démocratiques avancés recherchent et sanctionnent sévèrement le corrompu et le corrupteur. Non pas par vertu morale, mais parce qu’ils en aperçoivent bien l’impact économique désastreux et le risque de désintégration sociale qu’elle comporte.
On ne peut donc répondre à cette question, sans revenir au mode d’accession au pouvoir « d’Etat », notamment sur la VRAIE-FAUSSE élection de Décembre 2003. Je rappelle brièvement que cette « élection » a été précédée, deux ans plus tôt, par une FALSIFICATION « référendaire » de la Règle Commune visant à instituer de fait, un individu Président à vie. Cet objectif est presque atteint. Mais la présidence à vie, n’est pas en soi une finalité. La finalité vraie, c’est la conservation durable du pouvoir « d’Etat » dans les mains d’une oligarchie prédatrice dont le caractère mafieux est incontestable. La détention du Pouvoir ouvre la voie à l’enrichissement, et l’enrichissement permet de s’y maintenir durablement.
Ce processus circulaire, pour fonctionner, a besoin d’un outil majeur : un Etat fictif, c’est-à-dire des institutions (gouvernement, assemblée nationale, C.N.C.…) qui sont des coquilles vides, mais nécessaires à l’oligarchie mafieuse de Conakry. Car, les représentations diplomatiques, les bailleurs de fonds (partenaires du développement), les institutions internationales ne reconnaissent que les Etats, même s’ils sont fictifs, même s’ils abîment leur pays et massacrent allègrement leur jeunesse, comme cela s’est passé au mois de juin dernier à Conakry et dans plusieurs villes du pays.
Conséquence de ce qui précède : en Guinée, on a affaire à deux administrations, l’une officielle, mais fictive, l’autre parallèle et cruelle. Chacune a une fonction précise. La première sert à faire bonne figure lorsqu’il s’agit de demander des financements extérieurs.
On peut dire qu’elle répond aux besoins extérieurs des oligarques. La seconde (l’administration parallèle) non écrite mais réelle, par ses exactions quotidiennes, se rappellent douloureusement à nos compatriotes. La complémentarité entre les deux formes d’administration permet le maintien d’un autocrate ILLEGITIME et IMMORAL tout en rendant possible l’exercice patrimonial du pouvoir.
Ainsi, à propos du pouvoir à Conakry, on peut raisonnablement parler de corruption structurelle. J’ai parlé de spécificité de la corruption en GUINEE. Elle est particulière en ceci que, toutes les institutions, semblent avoir été pensées au regard des opportunités de corruption qu’elles pourraient générer dans le futur.
Autrement dit, ce n’est pas l’utilité sociale d’une institution qui préside à sa création ou à son maintien, mais plutôt la nécessité de coopter un ou des « amis » sûrs, capables de conforter et amplifier les potentialités corruptrices d’institutions qui leur sont confiées.
Pour illustrer mon propos, je m’appuierai sur une Institution comme le C.N.C. (Conseil National de la Communication ) et sur l’étrange décret de libéralisation des Ondes. Je pourrai prendre d’autres institutions, mais l’exemple du C.N.C. me paraît plus parlant.
Il serait inexact de dire que le C.N.C. aurait été créé pour récompenser des « amis » journalistiquement sûrs, même si les initiatives prises par certaine notabilité inclinent à penser cela, ou que sa fonction exclusive, serait de générer des opportunités de corruption. Mais celui qui voudrait faire croire qu’il s’occuperait de « déontologie » dans la presse, ou de régulation, proférerait de propos délibéré, un autre mensonge autrement plus grave.
On peut admettre que dans un futur lointain, le pays éprouve la nécessité de créer une pareille institution. Dans l’immédiat, son maintien est incompréhensible. L’univers médiatique local peut se passer d’une instance de « régulation » dont les membres sont salariés d’un pouvoir dépourvu de probité civique.
Et l’idée que le C.N.C. contribuerait à l’expression du pluralisme et de la « démocratie » en Guinée, est une désagréable plaisanterie qui ne fait rire que ceux qui en vivent..
Peut-on soutenir que la déontologie consiste à demander la suspension des journaux concurrents ?
En terme économique, cela s’appelle concurrence déloyale, ou encore abus de position dominante. On s’abrite derrière une Institution supposée d’Etat, pour malmener des jeunes concurrents indociles. L’auto-suspension d’un journal, en l’occurrence L’ENQUÊTEUR ( pour lequel j’ai une tendresse.
J’ai été de ceux qui ont contribué à son relatif succès. Mon intention était de contribuer modestement à consolider une vraie liberté d’expression. Je me suis trompé de partenaire. Je le confesse. Il n’y a pas de honte à cela) n’est qu’une habileté. Ce n’est pas non plus une preuve d’indépendance, mais l’illustration d’une perversion politicienne. Une habileté, lorsqu’elle ne sert qu’une ambition personnelle, se transforme vite en arrivisme. Et là, on est à la frontière, vite franchie de l’argument du « tous les moyens sont bons, pourvu que j’arrive à mes fins. »
Les fins visées, et peut être obtenues de cette façon, sont toujours ruineuses pour le pays, et cruelles pour les plus faibles. L’ambition est respectable, l’arrivisme méprisable.
D’un point de vue politique et économique, le C.N.C. aurait quelque raison d’exister, si le pays était doté d’une multitude de chaînes de télévision, de Radios ou de journaux écrits ; et que la concentration de ces médias dans les mains de quelques groupes incertains au plan des libertés publiques, était susceptible d’entraver gravement la liberté d’expression sous toutes ses formes. Or, il n’en est rien de tout cela.
Au niveau de la presse écrite, le lectorat est très restreint, pour des raisons économiques et sociologiques qu’il serait trop long de développer ici. Les « OFFICIELS » du régime n’ont pas à craindre une déstabilisation de leur position personnelle pourtant très critiquable. Ils détiennent la TV et la Radio. Ils y nomment des journalistes fonctionnaires « amis » dont la mission est de distiller la « bonne » information, et de dissimuler la « mauvaise », d’où le dangereux concept « d’informations sensibles » comme il en existait dans le journalisme roumain dans sa version « sécuritate » du temps de Mr. Ceausescu.
Depuis le mois d’août dernier, les interdictions de journaux semblent avoir atteint des niveaux jamais égalés par le passé. Précisons que les journalistes de base ne sont que de petits maillons d’un réseau d’oligarques qui les écrasent. On peut facilement imaginer qu’ils ont la conscience douloureuse, lorsqu’ils sont contraints de dissimuler des informations dont la connaissance par le grand public éviterait au pays certaines fraudes aux conséquences incalculables. Ils sont tout aussi malheureux à l’idée de diffuser des informations arrangées ou maquillées pour préserver les intérêts de certaines personnes dont les agissements abîment la santé des population et ruinent le pays tout entier pour des dizaines d’années. (Voir Mamadou SYLLA GUIDO Santullo, et certains réseaux chinois).
Les plus petits journaux sans lecteurs ou très peu, sont aussitôt suspendus au motif qu’ils auraient posé des questions sur la mort apparemment suspecte, d’un membre du personnel de sécurité de Mr. Lansana Conté, mort consécutive au « vol » de mystérieuses mallettes. Pourtant, le rôle d’un journaliste, c’est d’abord de mettre en doute les affirmations officielles, ensuite chercher à en vérifier la réalité, et enfin porter à la connaissance de ses lecteurs, le résultat auquel l’ont conduit ses propres investigations. Faire cela, est devenu un délit au regard de la jurisprudence instaurée de fait par le nouveau C.N.C. Fantastique progrès de l’Etat de droit qu’aucun patriote ne souhaite à son pays.
Le C.N.C aurait pu avoir une certaine utilité. Par exemple en exigeant de la R.T.G (Radio Télévision Guinéenne) un vrai pluralisme, en faisant des recommandations invitant la Radio et la TV à aller sur le « terrain », rencontrer les citoyens vrais, rendre compte de la déchéance dans laquelle ce pouvoir plonge notre pays, révéler les tyrannies locales qui écrasent les plus humbles de nos concitoyens, montrer l’état de délabrement des hôpitaux face au pillage des ressources publiques par les notabilités de l’Etat….
Pour être concret, un reportage télévisé (effectivement diffusé) sur les innombrables barrages routiers qui entravent gravement la libre circulation des Guinéens dans leur propre pays, est plus utile que la suspension de journaux concurrents, ou d’inutiles « missions » extérieures. Car, chaque Guinéen sait que ces supposées missions sont de simples prétextes à venir mettre à l’abri dans les banques étrangères, les revenus de la corruption ou des captations.
Au total, contrairement à ce qui est clamé ici ou là, le C.N.C. n’a aucun rôle régulateur de la presse. Il n’a pas non plus un rôle de déontologie. Il a une fonction précise. C’est celle d’étouffer toutes les affaires nauséabondes dont les protagonistes sont toujours le clan du « président » auto-désigné, quand ce n’est pas lui-même. Et cette fonction, depuis le mois d’août dernier est assumée avec efficacité, au-delà de ce que pouvaient espérer les clans familiaux. Au fond, le C.N.C. est une institution intrinsèquement corrompue comme d’autres. De ce point de vue, il est en règle avec les méthodes par lesquelles le général auto-promu, s’est auto-désigné.
Mais, il nous faut bien admettre que le C.N.C a une vraie utilité qui n’est pas celle affichée. Et la question, c’est de savoir quelle est cette utilité ? Et à qui est-il utile ?
A la première question, on peut répondre sans risque majeur de se tromper que l’existence d’un budget autonome n’est pas la moindre utilité. Et, il n’est pas anormal de penser que l’importance et l’autonomie de ce budget passent avant la mission qui lui a servi de support ou de prétexte.
Ainsi, l’une des utilités et peut être la seule du C.N.C., c’est la détention d’un budget autonome. A la seconde question, il faut se rappeler qu’à partir du moment où une institution, réelle ou fictive, dispose d’un budget, ceux qui en ont la charge, trouvent toujours matière à légitimer l’existence de leur institution, afin de conserver leur budget, et au besoin, obtenir son accroissement.
C’est une leçon bien connue de tous ceux qui, dans des Etats sérieux, ont eu le souci de bien gérer les finances publiques dont ils avaient la charge.
Cependant, déduire de cette explication que les membres du C. N.C. seraient tous corrompus, est non seulement une injustice, mais une stupidité que seuls les imbéciles commettraient. Mais on peut admettre que tous ses membres ne sont pas forcément des saints. Et que la libre disposition d’un budget dans un océan de misère, aide bien à commettre quelques vilenies pour préserver les intérêts d’un Général « ami » qui a organisé la déchéance de notre pays. Disons qu’ils se « débrouillent ». Toutefois, on ne peut nier que certaines institutions ont leur logique propre qui n’est pas nécessairement la mission qui leur est officiellement assignée. Le C.N.C. tel qu’il fonctionne depuis le mois d’août 2005 semble relever de cette catégorie. Mais le temps n’est plus loin où le débat public va pouvoir s’engager.
La bonne question, à mon sens est la suivante : est-il raisonnablement justifié de maintenir une institution comme le C.N.C. dans un pays comme la Guinée, avec la situation financière que l’on sait ?
L’interrogation peut être étendue à des ministères comme celui de l’information, des affaires islamiques ou religieuses, Car, personne ne peut prouver avec sérieux que ces institutions aient jamais eu un quelconque impact sur l’amélioration des conditions de vie de nos compatriotes, ou sur l’extension des libertés publiques, ou encore sur l’enracinement de l’Etat de Droit.
Pour terminer cette première partie de mon exposé, je voudrai, à l’intention de la jeunesse de notre pays, évoquer un peu plus sérieusement le fameux décret de libéralisation des ondes, publié en août ou septembre 2005, notamment les clauses relatives à la durée de la concession et le capital de départ exigé.
Le décret publié, n’est pas mauvais en totalité. Il prend de sages précautions afin de rendre illégale la création de radio ou de télévision destinée à servir un prosélytisme islamo-extrémiste. C’est une anticipation heureuse qui mérite d’être remarquée. La suite aurait dû être de la même vaine. Mais, quand on est membre d’une oligarchie mafieuse, ou qu’on aspire à l’intégrer, on ne badine pas avec les poches de corruption qui sont des sources certaines de revenu. Les heureux concessionnaires ont donc une autorisation temporaire d’émettre pour une durée de trois ans, tacitement reconductible. Formulée de cette façon, la clause paraît anodine, sans conséquence.
Pourtant, d’un pont de vue économique, il y a là une immense aberration. Car, une entreprise de presse, écrite ou audio-visuelle, est avant tout une entreprise commerciale au sens économique du terme. Elle réalise des investissements, emploie du personnel. Elle a donc un certain nombre de charges dont certaines ne sont amorties que sur une longue durée. C’est le cas pour les investissements matériels.
D’autre part, il n’y a pas d’annonceurs, ou très peu. Or, une entreprise audiovisuelle vit de ses recettes publicitaires provenant d’autres entreprises qui, pour le moment, n’existent pas ou alors en nombre limité. Aucune entreprise de production ne peut amortir ses investissements en Guinée au bout de trois ans, même une entreprise audiovisuelle. Toute concession inférieure à une durée de dix ou quinze ans par exemple, est une imposture dont on peut penser qu’elle vise autre chose. Il n’y a aucune justification économique à précariser artificiellement l’existence d’une entreprise.
Dire à un entrepreneur qu’il doit renégocier la pérennité de son entreprise tous les trois ans, c’est faire peser sur sa « boîte » une contrainte extra-économique. Or l’objectif d’un entrepreneur, quel que soit le secteur où il opère, c’est de pérenniser son entreprise. Pour cela, il a besoin de temps, mais de temps long et sûr.
Cette clause illustre parfaitement la corruption structurelle incluse dans les institutions guinéennes par ceux qui se disent cadres. La concession de trois ans, même tacitement reconductible, est une aberration voulue. La Station de radio ou de télévision qui n’a pas été complaisante, ou « amicale » avec les oligarques, ou qui n’a pas été compréhensive du point de vue du porte-monnaie ou du chéquier, aura bien évidemment du mal à voir sa concession prolonger.
N’importe quel fonctionnaire, pourvu qu’il agisse dans l’intérêt des oligarques, peut décider du non renouvellement de la concession. Nous sommes là dans la configuration exacte de ce que j’appelle corruption structurelle. C’est-à-dire une institution ou une loi conçue avec l’intention délibérée d’y inclure la possibilité de générer des opportunités de corruption.
A ceux qui prétendraient qu’ils se sont inspirés du Sénégal par exemple, je réponds qu’au Sénégal, M Abdoulaye Wade ne considère pas la banque centrale de son pays comme le carnet de chèque de sa famille. Ils devraient suggérer ce modèle-là aussi à leur Général « ami » dont ils se sont institués protecteur des intérêts, y compris contre l’avenir de la jeunesse de notre pays.
Prochainement : la corruption, une redistribution inversée.
Par Mamadou Billo Sy Savané, (Rouen), France
Mon contact : mamadoulinsan@wanadoo.fr
Une Correspondance pour www.nlsguinee.com
|