Guinée : Le fils va-t-il succéder au père ?
mercredi 2 août 2006
Dans la perspective des élections législatives de l'année prochaine, le ministre de l'administration du territoire et de la décentralisation, Moussa Solano, vient d'installer une commission.
Sa mission : examiner les projets de loi sur le statut des partis d'opposition, le financement des partis politiques et sur l'organe de contrôle et de supervision des élections.
Mais bon nombre d'observateurs de la vie politique guinéenne, sans parler des acteurs politiques eux même, se souviennent que c'est Moussa Solano qui, en 2002, avait été le maître d'oeuvre du référendum sur la révision constitutionnelle supprimant la limitation du nombre des mandats présidentiels.
Cette modification qui avait permis au Général Lansana Conté de briguer un troisième mandat de 7 ans au lieu de 5 ans comme le prévoyait l'ancienne constitution.
"Avec un tel bilan, que peut-on attendre de ce ministre", s'indigne Mohamed Diané du RPG, le parti de l'opposant Alpha Condé.
Que cache la mise en place de cette commission ?
"S'agit-il d'organiser des élections législatives anticipées auxquelles participerait le fils de Lansana Conté, Ousmane, soit dans la course ?
Actuellement capitaine, il démissionnerait de l'armée pour se présenter sur la liste du parti au pouvoir, le Parti de l'Unité et du Progrès (PUP).
Une fois élu député, la présidence de l'Assemblée nationale lui serait offerte.
La constitution prévoyant qu'en cas de vacance du pouvoir, une détérioration de l'état de santé de Lansana Conté ou son décès, c'est le président de l'Assemblée qui assure l'intérim, la succession se ferait naturellement."
Il ne s'agit là que d'un scénario mais qui ne semble pas sans fondement.
Jean Marie Doré, l'un des principaux opposants guinéens, a affirmé à la BBC être au courant de l'existence de ce plan de succession.
Il dit toutefois souhaiter que le Général-Président ne méprise pas ses compatriotes, "au point de vouloir imposer à la Guinée un fils qui est moins valeureux que le père".
Un scénario à la togolaise ?
Affaibli par la maladie, Lansana Conté qui a pris en mains les rênes du pays le 3 avril 1984 à la mort de Sékou Touré, serait, selon certains observateurs, favorable à voir son fils Ousmane lui succéder.
Mais, l'armée serait réticente, et selon Jean Marie Doré, la démarche pourrait se heurter à nombre de difficultés.
La première, la personnalité d'Ousmane Conté n'a pas vraiment bonne presse aux yeux de l'opinion publique.
La seconde, le bilan d'un régime où se mêlent les conséquences de la corruption, de l'impunité et de la misère qui touchent la majorité de la population.
Les gréves générales qui se sont multipliées ces derniers temps donnent une idée du climat qui règne dans le pays.
Rivalités
Profitant de l'affaiblissement du chef de l'Etat, les clans rivaux affichent leurs divergences, y compris dans le plus proche entourage du président.
Il s'agit des clan du ministre des affaires présidentielles, Fodé Bangoura, du président de l'Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, proche du chef d'état major de l'armée, et de celui du capitaine Ousmane Conté.
La presse privée dénonce régulièrement l'existence de ces clans qu'elle considère comme l'un des freins au développement du pays. Récemment une anecdote a été rapportée par cette presse concernant le vol présumé d'une mallette contenant un gris-gris de protection appartenant au président Conté.
Dans quel intérêt ? Réponse d'un observateur ironique : "le clan qui détient le gris-gris prendra le pouvoir."
Par Amadou Diallo
BBC Afrique, Conakry
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