Guinée : Répression sanglante et meurtrière du 12 juin : l’Interview d’une victime des balles à Labé
mardi 18 juillet 2006
Dans le soucis d’éclairer l’opinion nationale et internationale sur les violentes répressions des forces de l’ordre face aux élèves manifestants des 12 et 13 juin derniers, notre correspondant a tenu la causette avec une des victimes et témoin oculaire des faits venu de la région administrative de Labé.
Couché à l’hôpital CHU Ignace Deen à Conakry près de deux semaines, c’est avec le cœur meurtri de peine et dans un désespoir total que le jeune blessé nous a accordé quelques mots sur déroulement des faits.
Voici le contenu du texte tel que recueilli.
Nlsguinee : Bonjour monsieur pouvez-vous vous pressentez aux lecteurs de notre site ?
Mamadou A. S. Savane (MASS) : Je m’appelle Mamadou Aliou Sy Savané, née en 1980 a Labé je suis chauffeurs de profession et je réside à Labé avec ma famille de 11 personnes.
Nlsguinee : Comment êtes vous arrivé là à l’hôpital CHU Ignace Deen en provenance de Labé et Pourquoi ?
MASS : Lors des manifestations du 12 juin dernier à cause de l’annulation de la date des examens, j’ai été atteint par une balle dont je ne connais pas l’auteur mais tirée par les forces de l’ordre sur la foule. Il y avait des tires partout et dans toutes les directions à travers la ville. Quand j’ai été atteint au niveau des reins, je suis tombé sur place. Les gens sont venus me prendre dans la précipitation vue la gravité de mes blessures et m’envoyer à l’hôpital régional de Labé.
Nlsguinee : Qui tirait sur la foule réellement ?
MASS : Ce sont des hommes en tenues de toutes sortes, tels les policiers, les militaires, et autres agents de sécurité en service à la prison civile qui tiraient dans toutes les directions sur les jeunes élèves ou non manifestants dans les rues. Aucune personne civile ne détenait une arme à feu encore moins tirer une balle réelle.
Nlsguinee : Pouvez-vous nous dire en tout combien de personnes avaient été blessées ou tuées par les balles tirées sur la foule ?
MASS : Je ne peux pas donner un nombre exact de personnes blessées ou tuées dans la foule. En ma connaissance, nous étions au nombre de sept personnes, trois sont décédées devant moi par suite de blessures graves et hémorragiques. Deux autres avaient été évacuées vers Dakar. Mais l’un est mort en cours de route à Koundara et son second est arrivé au Sénégal où il suivrait des soins intensifs. De même, une dame envoyée ici à Conakry a été elle aussi évacuée sur Dakar. Parmi tous les blessés, seulement trois d’entre nous vivent encore, malgré l’état des blessures contenant dès fois des balles réelles. Il y a eu des blessés non graves parmi lesquels figurent des enfants, des femmes, etc.
Nlsguinee : Quelle a été la réaction des autorités communales, préfectorales ou régionales, face a cet état des faits ?
MASS : Je ne sais pas si les autorités avaient réagi ou non. Mais moi je n’ai rien vu de concret comme disposition, comme assistance ou dédommagement aux familles des victimes. Les responsables à tous les niveaux se sont mis à condamner l’acte des forces de l’ordre dont ils sont les seuls et vrais commanditaires. Les charges médicales ont été supportées par nos propres familles, la Croix Rouge de Labé, l’OGDH et les hommes et femmes de bonne volonté.
Nlsguinee : Pour ton cas, qui s’est occupé de ton évacuation sanitaire sur Conakry ?
MASS : Tout d’abord c’est le syndicat des transporteurs de la ville, ensuite il y a eu l’intervention de la Croix Rouge de Labé et enfin l’organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et du citoyen OGDH. A Labé les médecins ont vu qu’il fallait qu’on m’évacue sur Conakry pour me sauver la vie.
Nlsguinee : Quel est le sentiment qui t’anime sur ton lit d’hôpital ?
MASS : Pour l’instant je peux vous dire que je suis inquiet pour mon avenir car même si je recouvre ma santé je ne pourrai plus faire des travaux pénibles et durs comme avant. Regardez l’endroit où j’ai été atteint cela risque de me rendre paralysé pour le reste de ma vie. Il faut savoir aussi que nous nous sommes des hommes de métier, qui exerçons des travaux manuels et dures. Donc vu tout cela je ne peux que me remettre à Dieu.
Nlsguinee : Votre mot de la fin ?
MASS : Pour finir je dirai que celui qui est chargé de vous protéger, si celui-là même vous agresse ou vous tue vous ne pourrez rien faire !
Nlsguinee : Merci de nous avoir livré ce témoignage et bonne guérison !
Propos recueillis par Lansana A. Camara
Correspondant permanent de www.nlsguinee.com à Conakry
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