Guinée : « La part de l’Armée »
mercredi 12 juillet 2006
Guinéennes et guinéens, très cher(e)s compatriotes, après cette période trouble des grèves et répressions, un silence pesant laisse ressentir un apaisement de la situation, mais pour réaliser vraiment l’état critique que traverse la Guinée aujourd’hui, il me semble plus que jamais nécessaire de nous libérer de temps en temps de cet enlisement dans le quotidien. C’est seulement en ce moment que nous réaliserons que nous sommes en pleine mutation sociétale inhumaine et satanique en Guinée, et que l’espoir de préserver cette paix relative disparaît inéluctablement de l’horizon.
Frères et sœurs, la fréquence des répressions militaires est de plus en plus importante et les victimes de plus en plus nombreuses. Après la catastrophe de Télémélé (2 élèves abattus et une femme), les bourreaux du pouvoir militaire du général Lansana Conté trouve à nouveau la force de tirer sur la population ; des élèves manifestant légitimement contre le bafouage des examens de fin d’année des 12 et 13 juin 2006 (11 tués et une trentaine de blessés).
Point de justice, juste de l’impunité, du despotisme et de l’anarchie.
• Ne réalisons-nous pas, vraiment, qu’on soi arrivé au point où ôtez une vie n’est plus qu’une question d’humeur de quelques rétrogrades ?
• Ne réalisons-nous pas, vraiment, que nous sommes entrain d’assister à un « dressage par la terreur » ?
Si ! Je suppose, car nous ne finissons, de par le monde, de condamner ces actes barbares. Mais véritablement « Non » car lorsque nous réaliserons que nous sommes vraiment arrivés au point où la terreur est devenue l’instrument d’éducation de nos enfants et que le régime dictatorial du général Lansana Conté cherche à imposer et apprendre à la population, par la terreur, les nouvelles normes qui sont, non pas la connaissance et la jouissance de ses droits légitimes mais plutôt « le mal, la soumission, la résignation et la terreur », alors nous ferons autre chose que de nous contenter juste de condamner ces actes inhumains. Ce jour là, nous pourrons enfin jauger plus exactement le poids de nos responsabilités dans l’embrasement de la Guinée et de la vie des populations guinéennes.
Très cher(e)s compatriotes, s’il fallait juste de la volonté individuelle pour changer les choses, la Guinée ne connaîtrait jamais cette misère car nous sommes si nombreux à vouloir changer la tendance en Guinée. Mais nous voyons bien qu’il faut plus que notre volonté individuelle pour sauver la Guinée et le peuple de Guinée.
Il nous manque surtout cette volonté collective, tant réfutée, qui s’avère la seule force humaine capable de transcender les multiples défis qui se présentent à l’humain.
La maturité des peuples ne vient pas de leur désunion ou de leur individualisme naturel, mais plutôt de leur capacité à s’unir et conjuguer leurs forces dans un but qui n’est autre que celui de l’atteinte d’une démocratie qui réduirait au maximum le faussé entre les différentes classes sociales tout en garantissant paix, liberté, bonheur et prospérité aux populations.
Guinéennes et guinéens, très cher(e)s compatriotes, il est vraiment évident qu’aucun de nous ne peut construire, à plus forte raison faire prospérer, la Guinée à lui seul. Les générations antérieures et nous-mêmes ne peuvent aspirer qu’à jeter les bases d’une Guinée solide et démocratique afin que nos postérités édifient cette Guinée prospère et libre. Au lieu de sacrifier nos enfants et la population, sacrifions-nous nous génération actuelle, pour nos enfants et notre postérité.
Cher(e)s compatriotes, il est connu de tous que tout le mal de la Guinée est incarné par ces clans mafieux au pouvoir :
• Des clans déracinés qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez ;
• Des clans qui haussent les épaules devants le bas peuple qu’ils ont affamé, alors qu’ils cirent les botes des partenaires occidentaux ;
• Des clans qui font l’intouchable auprès du bas peuple qu’ils exterminent, alors qu’ils sont experts dans le sourire de l’hypocrite devant les partenaires occidentaux ;
• Des clans qui ne connaissent même pas ce qu’est une coopération à plus forte raison l’importance d’une coopération ;
• Des clans qui sont d’accord que l’Afrique et la Guinée sombrent pourvu qu’eux et leurs petites familles soient à bord d’autres navires ;
• Des clans qui sont prêts à allumer le feu et stopper les pompiers.
Ce sont ces clans-là nos véritables adversaire aujourd’hui, ce sont ces clans qui méritent de répondre très prochainement à tous leurs actes devant le peuple de Guinée.
Cependant, frères et sœurs, nous ne devons pas confondre ces clans mafieux à l’armée guinéenne. Il est vrai que ce n’est vraiment pas le moment de parler de cette armée qui a complètement ternis son image à la face des guinéennes et guinéens.
Il est vrai que ce n’est pas le moment de parler de cette armée qui préfère instaurer la terreur en Guinée au lieu de renoncer à ces privilèges, mais soyons sûres et certains que c’est seulement en coopérant avec elle que nous pourrons parvenir à une transition qui épargnera plus de dommages au peuple de Guinée.
Frères et sœurs, essayons de comprendre non pas seulement de notre côté la situation qui prévaut en Guinée, mais voyons aussi du côté de cette armée guinéenne. Nous allons beau définir des modèles de transition mais si nous ignorons les préoccupations du véritable détenteur du pouvoir en Guinée nous ne ferons qu’accroître les risques de guerre civile.
Maintenant qu’il n’y a plus assez de butin à se partager et qu’il est de plus en plus difficile de créer de la richesse avec ces clans mafieux incapables au gouvernement, l’armée se voit obligée de calmer, de temps en temps, les grognes d’une population complètement lésée et affamée, à balles réelles.
De toute façon l’armée guinéenne n’a plus que deux choix :
• Soit appuyer ces clans mafieux incapables de reformes créatrices de richesses en Guinée;
• Soit sauver sa face et conduire ces clans mafieux devant un tribunal accrédité et collaborer avec un « Nouveau Leadership » crédible et efficace pour la préparation d’une transition paisible et souhaitée.
Très cher(e)s compatriotes, en évoquant le concept « transition », nous ne devons pas seulement voir le côté purement politique des choses, mais il faut surtout s’apercevoir que c’est tout un ordre social et économique que nous cherchons à rééquilibrer pour une meilleure justice, paix et plus de prospérité en Guinée.
Ainsi, nous ne devons pas être surpris de voir l’armée guinéenne, détentrice depuis vingt deux ans du pouvoir, se camoufler comme elle peut pour maintenir l’ordre social et économique actuel qui lui est totalement favorable.
Seulement, les réalités sont telles que, aujourd’hui avec cette mondialisation des marchés, cette compétitivité accrue, cette nécessité de bien gérer, cette crise pétrolière, les clans mafieux demeurent complètement incapables de relever le défi du développement de la Guinée. De plus, les réalités ne se limitent pas là, car toute incapacité est à présent très mal sanctionnée par la rue avec une population de plus en plus affamée. Ainsi, l’armée est obligée de sortir de ses camps pour défendre dans la rue son pouvoir bafoué par ces « traîtres d’Etats. »
Il est à noter que cette mise en jeu de son pouvoir dans la rue ne lui reste pas sans danger, puisque dans le prolongement de la crise actuel, le butin à partager se raréfiera de telle sorte que, l’armée elle-même risque de se déchirer et s’affronter. C’est cet état de chose qui favorise cette mutation sociétale inhumaine et satanique dont nous observons actuellement en Guinée.
Cependant, frères et sœurs, la question n’est plus là. À présent cherchons à savoir :
• Pourquoi l’armée préférerait-elle appuyer ces incapables ?
• Pourquoi l’armée est elle prête à mettre en jeu, dans la rue, tous les jours son pouvoir ?
• Pourquoi l’armée guinéenne est elle prête à créer cet environnement apocalyptique en Guinée ?
Certainement parce que, comme nous l’avons dit auparavant, cette armée cherche à maintenir par n’importe quel moyen l’ordre socio-économique qui lui est favorable. Cependant, il est très important pour nous, société civile et partis politiques de pouvoir relever et pressentir :
• Si véritablement l’armée guinéenne préfère maintenir cet environnement de terreur, seul moyen dans les perspectives actuelles pour garder son ordre socioéconomique, qui nourrit une potentielle guerre civile en Guinée,
• Ou, si elle avait le choix, aurait-elle préféré garder ou avoir un ordre socioéconomique qui lui est favorable et qui lui éviterait d’intervenir tous les jours dans la rue pour le maintenir.
Si il se trouve que cette armée préfère maintenir cet environnement de terreur qui nourrit une guerre civile malgré une possibilité pour elle de pouvoir garder ou avoir un nouvel ordre socioéconomique qui lui est favorable, alors nous comprendrons par là que sa seule motivation, si improbable soit elle, est purement «égoïste, ethnique et familiale ».
Et sur ce, nous la mettons en garde qu’elle risque de répondre, à l’image de plusieurs hauts dignitaires déchus, devant une cours pénale internationale des crimes, violes et massacres dont elle a été coupable depuis sa prise de pouvoir jusqu'à son déclin prochain. Nous alerterons dès à présent l’union Africaine et la communauté internationale des ambitions de cette armée guinéenne à travers une « liste rouge » que nous mettons déjà en circulation au sein de toutes les organisations humanitaires internationales, et qui devra contenir les noms, prénoms, régions et Evènements de toutes les victimes de la répression de cette armée.
Voici une proposition de liste rouge des récentes victimes de la répression militaire. On peut dresser une liste beaucoup plus exhaustive de toutes les victimes.
NB : Toute personne disposant d’une liste ou base de donnée des crimes commis par ce régime depuis 1984 est priée d’en informer le grand public afin qu’elle ait tout son poids.
Par contre, s’il se trouve que l’armée guinéenne est prête à renoncer à la terreur et à la répression tout en gardant un nouvel ordre socioéconomique qui lui est favorable, alors nous lui exhortons avec ferveur dès à présent, elle et toute la famille présidentielle, y compris le général Lansana Conté d’user de toutes leur capacité pour, d’une part, être témoin de la transition dont elle négociera avec toute la classe civile et politique, d’autre part, d’éviter la décomposition et souder cette armée pour prévenir tout risque d’affrontement qui causera grands dommages à la Guinée et aux populations guinéennes, et ensuite de sauver son image à la face de la Guinée et de la communauté internationale en conduisant tous ces clans mafieux devant un tribunal accrédité afin qu’ils répondent tous face aux guinéennes et guinéens de leurs actes.
Par ailleurs, frères et sœurs, ne l’oublions jamais, que nous sommes entrain, nous détenteur de savoir et de compétence, de négocier avec l’armée guinéenne, détentrice du pouvoir et de la force, pour un meilleur rééquilibrage de cet ordre socioéconomique afin, et c’est là le plus important, de « créer et redistribuer le plus équitablement possible » les richesses aux sein de cette population tant martyrisée.
S’il se trouve réellement que cette armée est prête à redéfinir un nouvel ordre socioéconomique dont elle ne sera pas lésée, alors cher(e)s compatriotes, croyez moi qu’elle a autant besoin de « nous » que nous avons besoin d’ « elle ». Elle a besoin de nous pour pouvoir accepter ce nouvel ordre socioéconomique non défavorisant tout en ne faisant plus parler les armes afin d’éviter de répondre très prochainement devant un tribunal pénal international pour génocide et crime contre l’humanité.
Mais, sincèrement, quel choix offrons nous à cette armée ?
De par notre éparpillement, et notre divergence pour une transition politique en Guinée, nous “Forces vives de la nation”, constituons un facteur externe qui conditionne la décomposition de cette armée et surtout qui encourage du coup ce règne par la terreur qui présage cette guerre civile tant redoutée, car encore une fois ce sera à la pauvre population d’en faire les frais, cette population qui est la cause de notre lutte.
Si notre préoccupation majeure reste vraiment la préservation et l’amélioration des conditions de vie des populations guinéennes, est ce que, dans ce cas, nous aurons eu raison d’agir ainsi ? Personnellement, je dirais non et du coup nous pouvons être considéré comme coupable, au même titre que cette armée et ces clans mafieux, de la situation qui présage en Guinée car nous n’aurons pas épuisé toutes les solutions possibles pour éviter le véritable chaos avenir.
Ainsi, frères et sœurs, très cher(e)s compatriotes, marquons une « Trêve Politique », « une union Sacrée » afin qu’on puisse libérer la Guinée, la patrie des mains de ces clans mafieux. Mettons nous autour d’une table et établissons cette feuille de route qui sera la clef, le fer de lance de notre lutte pour une transition réussie en Guinée. La concertation nationale, du 17 au 20 mars 2006, a déjà accouchée d’une feuille de route qui constituera la base de réflexion pour les prochaines concertations. Il est vrai que l’armée n’a aucun rôle politique à jouer, mais voyons les réalités plus en face et gagnons du temps sur certains points.
Cette « union sacrée », cette trêve politique, est la seule voie dont nous disposons aujourd’hui pour pouvoir pressentir les motivations de cette armée guinéenne. Parce que si en définissant et proposant à travers ces concertations civilo-militaires, non pas seulement une transition dans son sens le plus apparent, mais tout un nouvel ordre social et économique qui conviendrait partiellement à cette armée et partiellement au bon développement de la guinée et ses populations, si malgré toutes ces propositions l’armée préfère maintenir cet état de terreur et de répression, alors nous conclurons que tout est une question d’ethnie et de famille et dans ce cas, nous prendrons des mesures efficaces pour conduire l’armée et ses hauts dignitaires, avec l’aide de l’Union Africaine et de la communauté internationale, devant un tribunal pénal international afin qu’ils répondent de leur actes depuis vingt deux ans de pouvoir.
Mais bien sûre le clef de cette réussite réside a ce qu’on puisse constituer un bloc commun, qu’on puisse assimiler et comprendre cette « UNION SACREE » et c’est sur ce sujet que nous consacrerons la seconde partie de cet article dans ci peux.
« Vive la voix de la jeunesse, vive la trêve politique, pour que vive la Guinée !»
Par Mamadou Oury Diallo
Contact : chiccodiallo@yahoo.fr
Représentant de www.nlsguinee.com au Maroc
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