Guinée : Lettre ouverte au Général Président : assommer la Guinée avant de partir…
lundi 10 juillet 2006
Dédié à la mémoire des enfants assassinés en Guinée le 12 juin 2006 par les forces de sécurité les plus cruelles de la sous région.
Bonjour Monsieur le président,
Les gosses que vos hommes ont punis par la mort le 12 juin dernier ont été inhumés. Pire encore, les assassins qui bénéficient de l’impunité présidentielle abondante sont quasiment devenus vos héros. En plus, vous êtes toujours ce Chef qui a magistralement détruit ce pays avec les deux mains dans le but unique de se construire une simple maison familiale alors que vous auriez pu bâtir la fondation d’une nation démocratique unie, forte et prospère où les enfants du pays pourront honorablement trouver du « Travail », une « Justice » équitable dans la « Solidarité » pour que notre devise ne soit pas de vains mots.
Respectable président, le Sénégal voisin par amour « alloue 40% de son budget annuel à la formation » de ses enfants. Par contre vous, vous êtes plutôt enclin à former plus de bidasses (afin contenir et écraser nos enfants lorsqu'ils manifestent leur mécontentement dans la rue) que d’investir pour la relève de demain. Je me demande à quoi sert l’instruction de ceux qui rodent autour de votre table à manger. Sans doute à dire que vous êtes le « roi des cultivateurs » au pays des affamés et les autres baratins... C'est peinard d'être valet de haut niveau.
Il y a quelques années vous avez dépensé presque autant d’argent contre un danger « inexistant » que vos sbires avaient fabriqué de toutes pièces à nos frontières. Une belle astuce pour générer un peu plus de sympathie et attirer la générosité de la Communauté internationale afin d’engloutir autant de fonds que possible dans un « croque-fonds » qu’est notre système de gouvernance largement profitable aux faucons de vos clans et sous clans.
Excusez-moi, Monsieur le président, ce n’est pas juste de dire que Fodé Bangoura est le plus mauvais guinéen puisqu’il s’est inventé ce « truc-aux-business-présidentielles » dans l’espoir de vous chiper d’abord les babouches et ensuite le tabouret présidentiel. Certes, c’est l’un des plus mauvais guinéens qui se sentent heureux en dérobant le pagne de leur mère (Patrie) pour couvrir la mère des autres. Il ne faut pas se lasser de le dire, dans votre ascendance, ceux qui vous ont aidé à ruiner ce pays se sont aussi profondément servi de vous pour amasser de la fortune.
Vous jouez au « corbeau » et ils jouent au « renard » face à un peuple perdant. Ils sont journalistes dithyrambiques ou magistrats tordus ; commerçants mauvais payeurs d’impôts ou officiers de police corrompus, d’autres sont des parties au lieu de Partis politiques et des « députés-esclaves » qui prétendent contester des élections présidentielles bidon pour vous permettre de conserver votre tabouret présidentiel que vous ne méritez vraiment pas ou que sais-je encore… Mais une chose reste certaine : avec l’argent on peut tout acheter sauf la sagesse et le bonheur.
Vous savez Excellence, personne ne demande à son voisin la permission d’aller rejoindre le diable en enfer. Vos hommes, en préservant leurs propres enfants chez eux, ont eu votre permission d’assassiner nos enfants parce que ceux-ci avaient demandé le droit que leur a naturellement donné le Bon Dieu. A votre place, vous les avez envoyer à l’au-delà puisque vous avez peur d’y aller. Vous oubliez que Dieu est plus ordonner que les hommes ? J'ai appris une chose : tout ce qui ne nous abat pas nous rend fort. Une bonne leçon pour nos enfants qui n'ont pas été abattus le Lundi Noir du 12 juin dernier.
Mais puisqu’on a tant de choses à nous dire Monsieur le président, j’ose espérer que ce ne sera pas ma dernière lettre. Ce n’est pas grave si vous n’étiez pas au bas de la passerelle pour accueillir en personne Thabo MBeki, le sud-africain qui a remplacé Nelson Mandela l’ami de Sékou Touré notre premier président qui était aussi votre ami jusqu’à sa mort et que vous aviez sincèrement trahi avec toute votre armée en 1984 sous prétexte d’instaurer la démocratie.
Un ami nommé Nando’s qui vend du bon poulet grillé bien pimenté m’a dit un jour : « Mon père m’a enseigné que ce qui importe le plus est de tenir ses promesses ». Mon père à moi me l’avait enseigné aussi. C’est pour cette raison d’ailleurs que lui et moi nous sommes amis. Vous, Monsieur le président, qu’enseignez à vos enfants ? Je vous pose cette question puisque je sais que vous n’avez jamais tenu vos promesses. Ni à Sékou Touré qui avait martyrisé son peuple ni à ce peuple que votre tortueux Comité Militaire de Redressement Nationale (CMRN) a prétendu libéré en 1984 ; ni même à l’armée qui vous a servi à notre détriment. Je vois que vous avez bien digéré l’adage qui dit : « N’ayez pas confiance à celui qui vous a aidé à mentir. »
Monsieur le président, vous êtes un génie. Vous avez réussi à cacher pendant vingt deux ans les exactions du régime que présidait votre ami pendant vingt six années. C’est pourquoi, j’aurais bien souhaiter demander au président MBeki s’il n’avait pas par hasard croisé lors de sa visite au camp Kémé Bouramah de Kindia, les restes de mon oncle paternel, Thierno Diallo qui avait été kidnappé par les sbires du PDG-RDA dans la région Est de la Sierra Leone puis assassiné dans ce camp après un bref passage au camp Boiro où mon père récoltait sa part de malheurs. Si ce camp a servi de lieu d’entraînement pour combattre l’Apartheid, il a aussi servi de lieu de torture et d’extermination où plusieurs fils de ce pays ont été engloutis. Je me souviens à l’époque tout le monde semblait être « Prêt Pour la Révolution » de Sékou Touré. Aujourd’hui, Cher président, la tendance est de suivre votre sublime exemple de « Prêt Pour le Vol ».
Ce qui importe surtout aux sud-africains ce sont ces petites pépites d’or que vous faites passer par la Côte d’Ivoire par avion spécial à destination de Joe’burg sans compter ces pierres que les gens appellent bêtement « précieuses ». Tout cela comme si la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) avait déménagé. Vous savez Monsieur le président, parfois les gens manquent de réflexe quand ils se demandent pourquoi vous aviez fait envoyer des soldats guinéens mourir en Côte d’Ivoire. Il y a « la route de la soie » et il y a « la route de vos pépites » qu’il faut préserver.
Général président, Vous avez combattu pour les français contre vos frères en Algérie avec un maigre salaire de « tirailleurs sénégalais ». Les français vous ont honoré. Vous avez aussi combattu aux côtés de vos frères de Guinée Bissau contre les portugais. Vous avez accompli un devoir sacré. Vingt deux ans durant vous avez combattu votre peuple y compris ces enfants tués le 12 juin 2006. Vous avez gagné une énorme fortune non méritée et peu d’honneur devant le peuple que vous prétendez servir.
Ah bien sûr, il faut « assurer une retraite généreuse » comme l’a dit ce matin sur les ondes de RFI ce gros fonctionnaire des Nations Unies de nationalité mauritanienne. Mais il faut que cette retraite soit bien méritée. Vous ne pouvez pas honorer un dictateur devant le peuple qu’il a volé les biens et opprimé des années durant sans vous soucier des conséquences que cela peut générer. A chaque prix gagné correspond un prix à payer.
On ne peut pas violer cette règle, Monsieur le président. En dehors ces quelques « petites » violations des Droits de l’Homme allant de la torture aux exécutions extra judiciaires et du réaménagement contre la volonté populaire de cette Constitution faite sur mesure pour vous choyer, vous êtes un grand Général plus riche en terme d’argent que le général de Gaulle mais démocratiquement très avare envers votre peuple. Aussi, nous avons la réputation d’avoir les forces de sécurités les plus cruelles de la sous région. Les assassinats du 12 juin 2006 sont édifiants.
Vous louez un avion pour aller vous faire traiter dans la clinique la plus coûteuse de l’Europe. Au peuple vous dites : Laissez le Seigneur avec ses malades ; s’il ne les guérit pas il les tuera. Vous avez raison Monsieur le président, à voir comment le choléra sévit actuellement en Guinée forestière et dans d’autres régions on ne peut pas dire mieux.
Il ne suffit que d’un petit bout de cœur humain pour ressentir la douleur de ces personnes âgées abandonnés à N’Zérékoré situé à plus de 1000 kilomètres de Conakry ou ailleurs dans la Guinée profondes et qui auraient besoin d’une sonde pour pouvoir passer les urines car les soins appropriés en urologie ne se donnent qu’à Conakry. Et je vous jure mon Cher président, Votre ami ne va pas louer une bicyclette pour ces gens-là. Je pense que vous avez raison de dire aux Journaliste que votre sans n’est pas leur « affaire ». Celle du peuple n’est pas la votre. Qui se fait consulter dans nos hôpitaux ? On ne soigne pas un peuple qu’on veut tuer.
Après vingt deux ans de règne sans partage par la faute des guinéens qui vous ont inculqué la notion que les Guinéens appartiennent à la Guinée et que la Guinée vous appartient exclusivement et qu’après vous c’est votre famille et votre clan. Vous avez fait votre choix et le processus de « togolisation » a commencé il ne reste plus qu’à assommer le pays avant de partir… en nous offrant votre un spectacle inédit : le décret qui suspend la Constitution et nomme votre successeur.
Quoi ! Réveillez-vous, Monsieur le président lorsqu’on a beaucoup trop d’argent on dort excessivement. On vient de donner un carton rouge à Zizi. C’est à vous qu’on devrait donner un carton rouge foncé pour vouloir « togoliser » la Guinée.
Monsieur le président, permettez-moi de vous souhaiter prompt guérrison à vous et surtout à votre entourage qui pensent que la fin de votre vie est également la fin de leur intérêts égoïtes. Ils n’hésiteront donc pas à mettre du feu à nos cases. Comme ils l'on fait à Kaporo rail. Vous êtes malade et ils sont fous.
Moi j'en connais quelque chose. Les enfants assassinés le 12 juin 2006 aussi.
Par Amadou Sadio Diallo
Contact : amadusd@yahoo.com
Une Correspondance pour www.nlsguinee.com
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