Guinée : Que sont devenues les troupes artistiques et culturelles de Guinée ? Interview de M Amara Barry
jeudi 06 juillet 2006
« Le théâtre guinéen est mon malheur !!! » dixit Amar Barry cofondateur et metteur en scène de la troupe « Lewrou Djèrè ».
Dans le souci de savoir un peu plus sur le sort de nos troupes artistiques et culturelles, autrefois une fierté nationale, notre reporter a rencontré l’un des plus célèbres acteur, réalisateur et metteur en scène. Cofondateur de la troupe « Lewrou Djèrè », Amar Barry ancien professeur de français vit comme la plupart de ses collègues Harouna, Yacouba, etc… dans un laisser pour compte total.
Voici donc les 4 vérités de l’homme-artiste, encore nostalgique de ses multiples rôles de metteur en scène en guise de témoignage :
www.nlsguinee.com : Bonjour M Barry, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de notre Internet ?
Amar Barry : Bonjour, je suis Amar Barry, né en 1946 à Mali. Après mes études primaires et secondaires, j’ai fréquenté l’Ecole Normale de Macenta où je suis sorti en qualité de professeur de français. Quelques années après j’ai été muté en 1972 comme Directeur de l’école de Kamsar. Il semblait que c’était une bonne école parce que ouverte par les américains.
www.nlsguinee.com : Racontez-nous un peu vos débuts en tant qu’artiste et cofondateur de la troupe Lewrou Djèrè
Amar Barry Je dirai honnêtement qu’il s’agit plutôt du début de mon malheur. Je m’explique :
Mme André Touré épouse du feu président A. Sekou Touré (paix à son âme), m’a repéré un jour comme étant un bon acteur dans la troupe artistique et culturelle de Macenta, où j’ai joué le rôle du commandant Morrain de la pièce « Zégbéla Togba ».
A cause de ce rôle j’ai perdu la direction de l ‘école de Kamsar. Arrivé à conakry, j’ai été repris au théâtre national de Guinée, par Mr Mory Camara qui en était le Directeur Général. Entre autres rôles dont Docteur Ducko de thiarroye, Issamoussi de those, Lieutenant Dusser de Samory.
A l’époque j’habitai le quartier Hamdallaye d’où je quittai pieds jusqu’au Palais du peuple pour assister à des séances de répétitions. J’ai passé trois mois sans salaires dans cette situation.
Devant toutes cette difficulté, j’ai demandé à Mr Galéma Guilavogui, alors Ministre de l’Education de me muter chez moi à Mali. Nous sommes dans les années 1983-84. Difficilement j’ai obtenu gain de cause. Mais la troupe nationale de théâtre n’a pas été satisfaite de perdre l’un de leurs meilleurs acteurs Docteur Douglas de Thiarroye.
On envoie un T.O (Téléphone Officiel) à la fédération de Mali comme quoi elle avait en son sein un bon mercenaire armé qu’il fallait mettre aux arrêts.
Heureusement je fus informé avant que le TO n’atteigne le bureau du fédéral. Je m’exile à la minute à Banjul. C’est là dans mon lit d’exil à 6 h du matin un jour inoubliable de 1984 que j’ai entendu hurler le premier ministre Lansana Béavogui que le responsable suprême de la révolution s’en n’est allé.
Ainsi soit-il !!! Mon épouse qui était avec moi et qui revenait du pays me dit : « On n’est libre maintenant en Guinée, il faut qu’on rentre… » et moi je lui ai répondu : « En Guinée il me semble que c’est un gouvernement militaire qui s’installe, et bien, vingt ans après la misère sera toujours là. On peut y aller mais cela ne pas va pas changer… »
www.nlsguinee.com : Pensez-vous avoir eu raison aujourd’hui ?
Amar Barry : Je pense qu’au moment où je vous parle, pas de routes bitumées, pas d’électricité, pas d’eaux potables dans ce que tout le monde appelle « château d’eau d’Afrique de l’Ouest ». On n’est toujours pas libre dans la pauvreté.
www.nlsguinee.com : Parlez-nous un peu de la création de la troupe artistique « Lewrou Djèrè »
Amar Barry : Je reviens en Guinée et crée « Lewrou Djèrè » avec Abbdallah, un ami professeur de langue à l’Université de Conakry à l’époque. Entre autres titres : Hierdê Djiama, Mariage pompeux (réalisé par Abdallah).
Entre temps, Abbdallah sera muté à l’Université de Labé. Je reprends la réalisation; des titres comme : « Dogui Andè tawi Andè», « El hadji bona djikou », ont été des films merveilleux qui m’ont d’ailleurs beaucoup encouragé. Sur ce, on fait venir Harouna de Mamou et on a réalisé : « petit quelqu’un », « grande ville », « vie tranquille » et tant d’autres. Vu nos différents succès enregistrés, on nous a promu de l’aide qui n’est pas venue. Nous qui voudrions tout faire pour relever le niveau de la culture peuhle, nous avons sombrés sans moyens alors que sous d’autres cieux on gagnait mieus sa vie.
Sur le gouvernement il faut surtout pas compter car il est claire qu’on nous a exploités à des fins que moi même j’ignore. Imaginez les films « la fiancée de Lama », on sait ce qu’on nous a donnés, on sait ce qu’on nous a promis. Avec un gouvernement qui ne s’occupe pas de son électricité, de ses routes, de son adduction d’eau il est évident qu’un artiste ne l’intéresse pas. Sauf bien entendu s’il est en campagne électorale pour que les artistes l’aident à tromper le peuple. Disant ainsi au peuple que tout va bien alors que tout vas mal.
www.nlsguinee.com : Vous voulez dire que vous ne recevez aucune subvention de la part des autorités ?
Amar Barry: Je vous le répète, il y a des promesses partout mais quand-il s’agit de mettre la main à la poche alors là, le gouvernement est inexistant. Nous on s’attendait surtout à une assistance de la part de la communauté peuhle qui bénéficie largement de nos productions artistiques et culturelles et folkloriques. Cependant là aussi on croit s’attendre à un docteur après la mort.
www.nlsguinee.com : On peut réitérer votre appel via cette interview à toutes le bonnes volontés pour venir en aide à votre troupe. N’est-ce pas une autre possibilité ?
Amar Barry : Effectivement si cet entretien nous permet de toucher le plus de monde possible en leur expliquant les difficultés que nous traversons, et surtout si les gens acceptent de nous venir en aide, ce serait une très grande joie. Notre culture mérite un meilleur traitement, sans moyens financiers et matériel, nous artistes ne pouvons pas grands choses.
www.nlsguinee.com : Votre mot de la fin M Barry ?
Amar Barry : Permettez-moi de vous remercier au nom de la troupe « Lewrou Djèré » pour nous avoir permis d’exprimer notre souffrance. Je tiens à dire à tous ceux et toutes celles qui aiment et apprécient « Lewrou Djèrè » que je suis prêt à tout faire dans le domaine de la réalisation de films. Je me crois encore capable de produire de bons films mais il faut pour cela un bon producteur honnête, avec qui je puisse travailler dignement. Pas un tricheur comme on a toujours été victime de certains de nos anciens producteurs. Ces derniers gagnaient des millions alors que les vrais auteurs ne gagnent que cinquante francs.
Je vous remercie !
www.nlsguinee.com : C’est à nous de vous remercier pour votre disponibilité !
Propos receillis par Lansana A. Camara
Correspondant permanent de www.nlsguinee.com à Conakry
E-mail : lansanaminata@yahoo.fr
Tél. (+224)- 64- 30- 74- 06
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