Guinée : Syndicats Guinéens - Une suspension de grève qui suscite la perplexité
samedi 24 juin 2006
La grève a donc pris fin, en dépit de l’opération guerrière que Mr Lansana Conté et son « gouvernement » ont menée contre des gamins et gamines, dont l’âge dépasse à peine seize ans. Plus d’une dizaine d’entre eux ont été abattus à bout touchant, sur ordre de Mr Fodé BANGOURA, lui-même soutenu par son patron et ses clans familiaux.
MM. Moussa SOLANO et Alsény René GOMEZ ont vraisemblablement été les coordonnateurs de la tuerie dont Mr Sékouba BANGOURA n’est finalement qu’un exécutant zélé, mais un exécutant.
Le retour au gouvernement de ces deux personnages et le déclenchement des tueries contre de jeunes lycéens n’est pas une malheureuse coïncidence. Par le passé (pas si lointain), ils avaient tous les deux organisé et fait exécuter des tueries semblables à l’intérieur du pays.
Elles étaient restées ignorées de l’extérieur, en raison de la faiblesse organisationnelle de l’opposition d’alors, et du manque de moyen de communication non contrôlé par le pouvoir. L’environnement technologique nouveau rend désormais impossible, la dissimulation de crimes de l’envergure de ceux commis les 11, 12 et 13 juin denier.
Certains de nos compatriotes, croyant prendre de la « hauteur », peuvent être tentés d’en situer la responsabilité exclusivement dans le système ou dans le régime du président autoproclamé. C’est une évidence que sans un système comme celui de Mr Lansana Conté, cette expédition sanglante contre des gamins et gamines serait impensable. Mais cette explication reste insuffisante, même si elle est rationnelle. Un système, c’est une organisation et les acteurs qui en assurent le fonctionnement. Même dans les systèmes les plus sophistiqués, l’acteur du système a toujours un rôle décisif, ne serait ce que dans la mise en mouvement.
Or, en Guinée, il n’y a pas encore de système, au sens d’une organisation engendrant sa propre capacité d’auto-reproduction, avec ses règles et codes observés par l’ensemble de ses membres. Il y a une certaine organisation, plus exactement une bande à forte allure mafieuse, dans laquelle prévalent quelques individus et clans familiaux liés par la nécessité de réaliser des captations en tout genre, notamment les ressources octroyées sous diverses formes, par des institutions financières Etrangères. Mais, ce sont des alliances de circonstance. Elles durent juste le temps des captations. Elles se font et défont au gré des opportunités de captation.
Nos compatriotes le perçoivent d’ailleurs très bien. Donc, en Guinée , le système, c’est Lansana Conté, ses clans familiaux et militaro-affairistes, des individus comme Fodé BANGOURA, Moussa SOLANO, Alsény René GOMEZ, et certains commerçants (Mamadou SYLLA et les autres de l’ombre qui pensent être plus intelligents que le pays lui-même). C’est la colonne vertébrale de ce que certains appellent un système.
Il ne faut pas s’interroger sur l’identité des commanditaires des sorties sanguinaires contre de jeunes lycéens les 12 et 13 Juin dernier et en rendre responsable un système sinon inexistant, tout au plus embryonnaire. S’en tenir à cette démarche, c’est laisser aux acteurs principaux de la bande le temps de consolider leur position individuelle ou collective. Ils sont connus.
Les exécutants sont également identifiés. On pourra difficilement faire croire qu’il y aurait une concordance malheureuse entre l’arrivée de MM. Alsény René GOMEZ et Moussa SOLANO et l’équipée sanglante contre des adolescents. Donc, nommons les vrais responsables. Les coupables (ceux qui ont matériellement exécuté le CRIME) seront alors facilement identifiés par leurs chefs, c’est-à-dire les véritables responsables.
C’est avec ces bandes (familiales, amicales ou claniques) que les syndicats ou les responsables syndicaux ont négocié la suspension de la grève. Il n’y a pas à leur en tenir rigueur. Ils ont fait ce qu’ils pouvaient faire et comme ils savaient le faire.
Leur mérite n’en est que plus grand. Ils ont montré un certain sens de responsabilité. Pour autant, il demeure des questions essentielles auxquelles nous avons à réfléchir. La partie visible de la bande mafieuse a dans un premier temps choisi de mener de véritables actions de guerre contre la jeunesse. Après avoir assassiné et emprisonné des dizaines de jeunes adolescents, elle appelle les syndicats à la négociation.
Elle fait des promesses qui avaient déjà faites. Ces engagements ne seront pas tenus. Pour une raison simple : tout le monde reconnaît que ce pouvoir n’est pas digne de confiance.
QUESTIONS amicales aux responsables syndicaux : Ce gouvernement dans sa totalité, a ordonné l’assassinat de jeunes enfants dont certains ont vraisemblablement l’âge de leurs propres enfants. Cet acte ignoble et infâme accompli sur des gamins et gamines n’a-t-il pas changé la nature des revendications ?
Dans tous les cas, les notabilités du pouvoir ont déjà inscrit leurs actions dans une autre logique : celle de la conservation du pouvoir par tous les moyens, y compris par la privation de la jeunesse de tout espoir.
Dans ces conditions, une organisation syndicale doit-elle continuer à parler de revendications professionnelles, quand la jeunesse a donné sa vie pour appuyer précisément ces revendications ?
A mon sens, l’objectif qui doit être clairement affiché, c’est le départ pur et simple de ce pouvoir et de tous ceux qui, à l’ombre s’agitent pour lui sauver la mise. Car, un pouvoir criminel qui assassine ses propres enfants ne peut plus être un interlocuteur. Il est un ennemi, il prive le pays de son avenir (sa jeunesse). De ce fait, il doit être chassé, par tous les moyens.
Par exemple, au MALI, dès l’instant que Moussa TRAORE a fait assassiner de jeunes lycéens, tous les citoyens, en particulier les syndicats, avaient compris que le mouvement a changé de nature, que l’interlocuteur n’en était plus, que c’est le pouvoir lui-même qui doit être chassé. Chacun d’entre nous connaît la suite. Inutile d’insister.
J’ai dit plus haut que les promesses qui sont faites ne seront pas tenues. Il n’y a pas de procès d’intention de ma part. Je prends un exemple : le supposé protocole d’accord fait état de primes ou d’augmentation de 30000 fg par-ci, 100000 par-là, etc…
En terme de nombre de billets de banque sur le bulletin de paye, c’est possible. Mais, ces billets sont destinés à l’achat de biens de première nécessité (alimentation, loyer, scolarité des enfants quand ils n’ont pas été assassinés….) qui sont importés et donc payés en monnaie étrangère (dollars, euros….)
Or, le franc guinéen, c’est du papier fabriqué à la commande en Chine ou dans les anciens pays communistes de l’Europe de l’Est. Il n’a aucune contre-valeur en terme de biens matériels produits localement (mises à part les ressources minières captées en totalité par la bande mafieuse). Les importateurs eux, sont obligés de payer leurs marchandises dans une monnaie vraie.
Sauf à les contraindre à vendre à perte, ils sont obligés de fixer leur prix de vente à un niveau tel qu’ils puissent récupérer au moins leur mise initiale. Et le taux de change jouant, les prix seront mécaniquement élevés, plus élevés que l’augmentation obtenue initialement. Et on revient à la case de départ. Sans vouloir donner un cours d’économie à qui que ce soit, il faut savoir que la quantité de billets de banque que l’on peut avoir sur son compte ou sur son bulletin de salaire, n’a qu’une valeur fictive.
Les économistes parlent de valeur nominale. Ce qui compte, c’est la quantité de biens réels et de services qu’on peut obtenir avec une certaine quantité de monnaie. On parle alors de pouvoir d’achat de la monnaie. Et c’est cela l’essentiel.
Je prétends que toutes les promesses d’augmentation qui sont faites aux syndicats, relèvent de la mauvaise plaisanterie. D’ailleurs, les femmes qui vont au marché sauront facilement constater la tromperie. Elles s’apercevront bien que le nombre de billets a augmenté, mais qu’elles ont de moins en moins de biens réels dans leur panier.
Alors bien sûr, comme d’habitude, on désignera toujours à la vindicte populaire, le « méchant » commerçant qui aurait refusé de baisser le prix.
A mon sens, les partis politiques d’opposition devraient donner une formation élémentaire en économie aux syndicalistes, et d’ailleurs aux autres citoyens. C’est aussi le rôle d’un parti qui aspire à diriger un pays comme la Guinée.
Mamadou Billo SY SAVANE, (Rouen), France
Contact : mamadoulinsan@wanadoo.fr
Tél : 06 78 20 94 17
Une Correspondance pour www.nlsguinee.com
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