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Afrique - Togo : Communiqué de presse de M Rodrigue KPOGLI, Secrétaire Général de la J.U.D.A

  mercredi 21 juin 2006   

Communication de M Rodrigue KPOGLI, Secrétaire Général de la J.U.D.A lors de la conférence publique du 08 juin 2006 à Lomé.

Thème : Quelle jeunesse pour le Togo ?

La Jeunesse Unie vous remercie de votre présence qui est le témoignage palpable de votre engagement militantiste pour l’avènement puis l’enracinement de la démocratie dans notre cher pays, le Togo.

La conférence d’aujourd’hui s’inscrit dans la dynamique de mobilisation citoyenne que nous avons enclenchée depuis un certain moment. Et en ce jour, nous nous sommes emmenés à nous demander dans le contexte du Togo d’aujourd’hui, quelle jeunesse faut-il ?

A notre avis, cette question est fondamentale et essentielle parce qu’elle nous permettra non seulement de définir le profil de la jeunesse mais aussi d’élaborer les stratégies pouvant nous conduire à la libération totale de notre pays.

La question : Quelle jeunesse pour le Togo, peut être ramenée à celle plus générale : quels Togolais pour le Togo ? Parce qu’en réalité, les problèmes qui se posent à notre pays, touchent l’ensemble de la population dont la clé de voûte est la jeunesse.

Pour renter dans le vif du sujet, je voudrais tenter de définir la notion Jeunesse et essayer de peindre le Togo dans sa vie actuelle.

La jeunesse est la période de la vie caractérisée par la virilité, le courage, l’engagement, l’énergie, la détermination, l’esprit d’initiatives, les prises de risques et l’espoir.

En ce qui concerne le Togo dans les circonstances actuelles, c’est un pays paralysé par une dictature héréditaire fondée sur la violation constante des règles démocratiques et des droits humains. Depuis 1958, il n’y a jamais eu d’élection transparente au Togo. Pays sous sanction de l’Union Européenne pour « déficit démocratique », les indicateurs économiques du Togo sont au rouge, ses systèmes de santé et d’éducation sont en panne. Le Togo, c’est aussi l’injustice sociale, une armée au service d’un clan qui a décidé de plonger le pays dans un chaos absolu et proclamant sa souveraineté sur le peuple. Pays de violence aveugle, le Togo compte un nombre de réfugiés plus élevé que celui de certains pays en guerre. Le Togo c’est également la traîtrise entre les démocrates, la faiblesse de l’opposition qui refuse de s’unir pour mieux se battre contre la dictature. Bref, le Togo est un pays sous un régime quadragénaire, incapable de poser les premières pierres d’un Etat démocratique entraînant le développement. Je voudrais m’arrêter là, car si nous prenons le risque d’énumérer les problèmes, on passera des nuits et des nuits ici sans jamais parvenir au bout du tunnel.

Donc, face à cette situation qui est celle du Togo, cette situation de décrépitude avancée, la jeunesse togolaise doit prendre ou « re-prendre » conscience et procéder à une révolution morale, qui apportera certainement le changement dans ce pays.

Ici, il est question de la jeunesse au pluriel. Car, si on cherche les jeunes, on les trouvera dans l’armée, les médias, l’administration, les écoles, les universités, clubs culturels et sportifs, les associations, les partis politiques, dans les campagnes, dans les villes…On peut alors raisonnablement procéder à une simple classification en scindant la jeunesse en deux grands groupes à savoir une jeunesse militaire et une jeunesse civile. Ce que nous estimons être notre devoir à tous, c’est que la jeunesse militaire et la jeunesse civile puissent, dans la cadre de la citoyenneté, travailler à l’émergence d’un Togo libéré, libre et véritablement juste.

Mais cette libération passe forcément par une révolution morale.

Notre révolution morale doit prendre la forme de refus : refus d’hurler avec les loups par peur d’être un agneau, refus d’emprunter les raccourcis ethnicistes qui nous engouffrent dans des pièges de la division irréfléchie, refus de nous soumettre à l’obscurité artificielle créée par ces artisans qui, en plein 21è siècle, n’ont pas réussi à profiter du siècle des lumières, refus de nous plonger dans des combats inutiles dont les tenants et les aboutissants nous sont totalement étrangers. Nous devons comprendre qu’aussi longtemps que toute l’Afrique peinera à se tailler une place au soleil, nous caparaçonner dans des considérations ethniques, claniques voire familiales, serait tout simplement ridicule et préjudiciable à notre lutte.

Nous ne pouvons pas rester dans notre microcosme individuel car notre salut est collectif.

Nous devons travailler à un leadership nouveau fondé sur la conviction et les preuves sur le terrain. A cette phase, nous devons nous tenir prêts pour tout appel citoyen car la jeunesse est l’épine dorsale de la société ; elle doit être l’avant-gardiste de tout mouvement de libération et de démocratisation dans notre pays. Et elle doit être consciente que le chemin sera encore long et périlleux et donc armée de tous les gangs possibles pour résister aux chocs. Nous devons être prêts à des sacrifices comme ce fût déjà le cas pour ceux qui ont perdu quelque chose ou même leur vie dans cette lutte, à qui nous leur rendons d’ailleurs hommage.

La peur, le découragement, la fuite, le désespoir sont des notions incompatibles à l’esprit de jeunesse. C’est pour cela que nous devons nous guérir de ces maladies léthargiques pour reprendre le flambeau et redonner de l’espoir au peuple togolais tout entier. Les réclamations intestinales ne doivent altérer, en aucun cas, notre engagement en faveur des idéaux démocratique.

Dans le contexte qui est le nôtre, nous avons l’impérieux devoir de ne point céder aux tentations pécuniaires et matérielles qui ont poussé certains de nos camarades à quitter les rangs.

Nous devons apprendre à ne compter avant tout que sur nos énergies endogènes car chaque peuple doit se libérer en fonction de ses réalités. Il n’existe pas une communauté internationale qui nous viendrait en aide. Ce n’est qu’un mythe, une création des médias pour mettre les peuples dominés dans l’illusion que leur salut viendra de l’étranger.
En Afrique, la communauté internationale est un sédatif à l’incapacité collective de pouvoir nous prendre en charge. Et dans le cas du Togo, on ne cesse de nous abreuver de l’espoir que la communauté internationale nous aidera. Nous nous sommes soumis à cette communauté internationale et nous avons vu ce que cela a donné. Lorsque la CEDEAO a validé les résultats du scrutin du 24 avril 2005, comme des moutons de panurge, toutes les autres institutions de cette communauté internationale là, ont suivi et aujourd’hui nous en payons le prix.

En tout cas, nous pouvons plus accepter d’avancer dans le créneau de cette communauté internationale qui avait assisté en spectateur passif au massacre des Tutis au Rwanda. Elle était là lorsque l’ex-ministre de l’intérieur, chargé de l’administration électorale, M. François BOKO avait dit que l’élection dont il avait la responsabilité était porteuse d’un certain nombre de germes destructeurs, cette communauté internationale justement l’avait qualifié d’irresponsable. Donc, nous devons tenir compte de ces réalités pour avancer.

Chers frères et sœurs,

Quel doit être le rôle de la diaspora dans le combat du peuple togolais ? Nous préférons à la diaspora, le terme les Togolais de l’étranger convaincus des idéaux démocratiques car la notion diaspora est plus large. Et nous savons qu’au sein de cette diaspora, il y a une forme de mafia qui se développe ; des gens qui sont entre deux avions matin, midi, soir et qui émargent à des milliers d’euro ou de dollars pour des services clandestins. Toutes ces informations, nous les connaissons. Donc, nous devons à l’interne comprendre qu’une partie de cette diaspora là, est inféodée au pouvoir mais parfois joue à la plus engagée en faveur de la lutte démocratique.

Ces Togolais de l’étranger attachés aux valeurs démocratiques doivent sortir de la nervosité idéologique caractérisée par le djihad verbal pour travailler à un schéma stratégique pour libérer le Togo. Ils doivent se constituer en une sorte de diaspora juive qui, par mouvement retour, apportera sa force à la libération du Togo.

Ces Togolais de l’étranger doivent comprendre que la gouvernance par Internet (l’E-gouvernance) qui consiste à lancer des appels via l’Internet alors qu’aucun relais n’est sur le terrain, ne sert pas véritablement. Ils doivent être sur le terrain, en pleine en action à travers des structures effectivement engagées. Les liens de fraternités et de familiarité qui ont été jusqu’ici les canaux habituels par lesquels ces camarades opèrent, doivent cesser d’avoir droit de cité pour faire place à des alliances stratégiques objectives et intelligentes.

Camarades,

Le Togo étant le pays le plus françafricain, la terre d’expérimentation par excellence en Afrique de tous les concepts nauséabonds du laboratoire élyséen, la libération du Togo provoquera une avalanche de mouvements juvéniles nécessaires pour le décollage du continent noir victime d’injustices historiques. La jeunesse africaine et plus largement la jeunesse de tous les peuples privés de liberté, nous regardent et nous observent. Nous devons tenir compte de cette responsabilité historique qui est la nôtre.

Par notre modeste organisation, la jeunesse panafricaniste envoie son salut fraternel et militant à la jeunesse togolaise qu’elle soutient fermement dans sa lutte pour la libération ; lutte qui lui a valu des morts, des blessés, des handicapés à vie, des réfugiés ainsi que des déplacés à l’interne.

Camarades,

Refusons au mon de notre citoyenneté, l’impunité, la prise en otage du peuple et la confiscation des richesses communes par un clan.
Nous devons avoir conscience que nous sommes dans un combat à armes inégales tel David contre Goliath, faisons alors en sorte que nous soyons au bon moment et avec adresse. Il faut qu’on ait aussi à l’esprit que ce n’est pas toujours Goliath qui gagne. D’où, il faut des stratégies et savoir jouer pour frapper au bon moment et à un endroit névralgique.

Mais tout ceci n’est possible que si nous avons un laboratoire où nos actions sont pensées, pesées et sous pesées pour qu’elles répondent aux normes citoyennes, démocratiques et républicaines que nous voulons établir sur la terre de nos aïeux. De ce fait, nous démontrerons notre mécontentement, notre désapprobation face aux normes liberticides établies par la dictature sans que les édifices publics, les feux tricolores, les magasins, les biens publics et privés sur notre passage ne soient nos cibles. Soyons convaincus que si nous dénaturons les cibles, c’est que nos objectifs sont mal définis.

Nous devons enfin comprendre que nous sommes embarqués dans un système esclavagiste maquillé au goût des temps modernes. Et nous n’avons d’autre obligation que de nous en débarrasser en nous réorganisant efficacement.

Je vous remercie.

M. Rodrigue KPOGLI
Secrétaire Général de la J.U.D.A
Une Correspondance Spéciale pour Nlsguinee.com


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