Guinée : L'Armée a saigné la Nation - Arrêtons les assassins non inquiétés
lundi 19 juin 2006
12 juin la Guinée a été secouée par la révolte populaire qui monte
contre le régime sanguinaire du président incompétent et inconséquent,
Lansana Conté. Cela a commencé par des manifestations contre la terreur
gouvernementale qui a sévit à Conakry vis-à-vis de la majorité des
fonctionnaires opprimés du minimal vital, mais cela s’est rapidement
étendu aux masses de jeunes chômeurs et déshérités des grandes places
centrales du pays.
Loin de calmer la révolte, la réaction brutale du
régime militaire n’a fait qu’intensifier la colère des masses, et en
particulier de la jeunesse chez qui le taux de chômage s’élève à 80%.
«Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts! » disait une des banderoles de la manifestation du 12 juin à Conakry. Dix milles
personnes ont participé à cette manifestation à travers le pays, ce qui
en fait l’une des plus grandes manifestations de toute l’histoire de la Guinée
Conténienne.
Le Quotidien Suisse, Tribune de Genève, disait que la Nation Guinéenne est «au bord de l’insurrection. »
La révolte des masses a marqué la communauté nationale lorsque les
analphabètes des différentes garnisons ont tiré et tué des jeunes
étudiants et lycéens qui réclamaient les droits légitimes à savoir :
l’amélioration des conditions d’études.
Les répercussions potentielles de la révolte actuelle vont beaucoup plus
loin que les frontières de la Guinée, deuxième producteur de la bauxite
dans le monde. Dans toute la Guinée, les masses travailleuses, la
paysannerie pauvre et les opprimés souffrent sous le joug de
l’exploitation impérialiste et l’austérité, imposées par l’intermédiaire du gouvernement fantôme de Conakry.
Les jeunes qui sont descendus dans la rue, exigeaient la reconnaissance
de leur évaluation, le baccalauréat. Ils protestent aussi contre la
misère et le chômage de masse qui frappe officiellement 90% de la
population (et bien plus dans la jeunesse), le manque cruel de
logements, la corruption rampante, le mépris et l’injustice dont ils
sont victimes en permanence de la part de l’Etat.
Le pays est saigné par une insécurité qui a fait plus de cent morts seulement au premier semestre de l’année, tués par des groupes des bandits ou par le clan organisé en troupes spéciales.
La démocratie, dites-vous?
« Aujourd’hui au terme de [12 années] de morts obscures, de morts souillées, dans les ténèbres de luttes fratricides. Comment te nommer désormais, Guinée! »
Et pour paraphraser le romancier, Jean Zugler, je dirai tout simplement que le Pouvoir a fait de la Guinée une vaste prison, et, par la même occasion, il a
assassiné les rêves de tout un peuple qui n’aspirait qu’à vivre
dignement et en paix dans son pays.
« Vaste est la prison qui m’écrase, d’où me viendras-tu délivrance ? »
Et comme chaque année, durant tout le siècle, le 12 juin reviendra. Et
la mémoire collective n’oubliera jamais les réminiscences de cette
date charnière dans la continuité historique du peuple Guinéen.
On se souviendra beaucoup le 12 juin comme certains peuples souviennent du 11 septembre ou d’autres qui fêtent le 14 juillet.
La démocratie a formellement délivré le peuple de l’oppression de Sékou
Touré, mais une autre chape de plomb allait contenir l'ardeur du peuple
vainqueur. Les hommes en uniformes ont tyrannisé et massacré d’autres
frères d'armes et civils.
On est passé du mal en pire. Et 22 ans de mascarade politique, cette réalité pose, sérieusement, le problème de la carence des structures de l’Etat fonctionnant constamment comme des outils de coercition. Héritant des structures de l’Etat dictatorial, les nouveaux dirigeants de la Guinée ‘’libre’’, n’interrogeant nullement les lieux douillets de leur nouveau pouvoir, reproduisent les mêmes
agissements et les mêmes attitudes de la dictature, adoptant même sa
propre image.
22 ans après la démocratie, les jeunes guinéens se sentent tout aussi
colonisés que leurs aînés par des oppresseurs d’un autre genre.
Et ce n’est pas le scrutin ou plutôt le montage du décembre 2003 qui à changer grand-chose. Cette élection ne serait, en effet, que le résultat d’un
‘deal secret’ assurant au mourant de Wawa un troisième mandat, étant
entendu que tout continuera comme avant. Car la « démocratie » en Guinée
a ceci de cocasse: elle choisit et parfois nomme d’abord son président
et le fait élire ensuite par des urnes hautement performantes en termes
de victoires assurées. Ministres en poste impunément voleurs et
détourneurs, députés et sénateurs prédateurs, sont tous de purs produits
de cette haute technologie électorale que seule l’administration
Guinéenne sait maîtriser.
22 ans après la démocratie, et avec une économie, exclusivement, prise
en charge par la rente minière, un chômage endémique, des pratiques
politiques excluant au stade de la pratique concrète, toute parole
différente, le présent est toujours amer.
« Ils ont fait de nous des gens qui ne peuvent aujourd'hui, pour s'exprimer, qu'avoir recours à l'émeute. » Car incendier des mairies et des structures de l’Etat formel, est une preuve de l’absence de communication entre les gouvernants et les gouvernés et une mauvaise gestion de la société. Non
écoutés, les jeunes Guinéens se révoltent en usant des seules armes à
leur disposition: la rue et les pierres.
Cette explosion populaire est vécue comme une résistance à la violence de l’Etat. Bloquer une route est, aux yeux d’un jeune homme au chômage ou d’un ouvrier congédié, une sorte d’affirmation et de défi de l’autre, c’est-à-dire le Pouvoir.
22 ans après la démocratie, les jeunes Guinéens ne croient plus aux
idéaux martelés pendant des années par les différents pouvoirs
illégitimes qui ont eu à gérer le pays. Qu’ils soient instruits,
analphabètes, issus de milieux aisés ou démunis, la majorité des moins
de 30 ans ne pense qu’à l’exil. Tous espèrent partir et laisser ce pays
à ceux qui l’ont ruiné.
C’est l’une des graves conséquences de la perversion de l’histoire de ce pays que ses dirigeants ont désormais divisé en deux parties : la Nomenklatura, classe des privilégiés, et le peuple, ces damnés de la terre.
2 ans après la démocratie, on attend toujours un authentique 2 Octobre.
Un 2 Octobre qui tarde certes à venir mais qui viendra sûrement, où l’on
finira avec cette Guinée des colonels colons.
Une Guinée où le journaliste et le caricaturiste doivent aller en prison pour avoir écrit l’évidence.
Une Guinée où les étudiants, les élèves, et les politiciens n’ont aucun droit politique.
Disons-le sereinement : la Guinée d’aujourd’hui est la Guinée des impostures.
La Guinée d’aujourd’hui ne peut être ni républicaine, ni démocratique ni populaire.
La Guinée d’aujourd’hui est un immense Goulag.
Par Kaba Mamady Badra
Etudiant à l'université de Genève
Contact : kabascientifique@yahoo.fr
Correspondance pour Nlsguinée.com
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