Guinée : La Grève continue et les autorités crient au complot en tentant d’impliquer certains membres de l’opposition
mercredi 14 juin 2006
Le guinéen se souviendra pendant longtemps de cette journée du lundi 12 juin qui a vu une manifestation de colère de jeunes élèves basculée dans le drame.
Le bilan des tués par les militaires reste encore incertain.
On dénombre cependant un mort à Donka, 2 morts à ENTA et plusieurs blessés lorsqu’un militaire a ouvert le feu la foule. Une jeune femme a été blessée par balle à la poitrine.
Il n’existe toujours pas de bilan officiel du nombre de tués. A l’intérieur du pays plusieurs autres assassinats de manifestants ont été signalés.
Ainsi à Labé il y a eu un mort ; à Nzérékoré et Kankan et il y a eu des victimes également.
Des personnes interrogées parlent d’un véritable carnage !
En attendant, c’est toute la ville de Conakry qui est prise en otage par des militaires. Des chars de combat et des armes lourdes sont stationnés dans les carrefours de la capitale. Des coups de feu nourris ont troublé toute la nuit le sommeil des habitants.
Pendant ce temps, le pouvoir qui a entamé une négociation-forcée avec les responsables syndicaux, peine à trouver une issue à la crise.
Selon les dernières informations qui filtrent, les autorités ont entamé une véritable chasse à l’Homme. Une atmosphère de panique générale règne dans la plupart des familles. Les militaires n’hésitent pas à faire du porte à porte à la recherche d’éventuels suspects.
Les rumeurs font état de l’arrestation de certains membre de l’UFR, au nombre de huit (8). Parmi eux figure le responsable de la Commune de Ratoma M Sékou Léya Camara. Tous seraient actuellement détenus à la sûreté urbaine de Conakry, ils vont y subir des interrogations pour déterminer leurs éventuelles responsabilités dans les troubles qui secouent actuellement le pays.
Quant aux leaders syndicaux, ils n’ont fait aucun communiqué officiel depuis le déclenchement du mouvement.
L’ORTG continue sa désinformation habituelle de plus belle ; elle ne cesse de dénigrer l’action syndicale en faisant porter la responsabilité des morts aux leaders syndicaux.
Pour se dédouaner de toutes responsabilité, le nouveau Ministre de l’Administration du Territoire Moussa Solano - que Lansana Conté vient de charger de négocier directement avec les syndicats- vient de monter sur son cheval de bataille habituel en déclarant je cite :
« Il est clairement établi à ce jour que ces évènements initialement en motivations syndicales, ont fait l’objet de récupération politique. En effet, certains partis politiques se sont mis à financer et à équiper des casseurs qu’ils ont infiltrés au sein de la population. Ces actions visent à déstabiliser le Gouvernement et les Institutions Républicaines démocratiquement établies. Les déclarations récentes des dirigeants de certains partis politiques de l’opposition sur les ondes des radios étrangères et les conclusions du forum des partis d’opposition, confirment leurs implications dans les évènements en cours… »
La Guinée serait-elle frappée par le syndrome des complots permanents ?
Après avoir versé son venin sur les responsables politiques en les accusant d’être derrière la crise, M Solano a officiellement annoncé que l’Etat accepte de satisfaire toutes les revendications syndicales sans toutefois indiquer qu’une issue à la négociation a été trouvée…
Compte tenu des tensions politico-sociales qui règnent actuellement en Guinée, les autorités ont pris le soin de reporter le baccalauréat à une date ultérieure.
L’Etat prévoit d’organiser les examens le mois de juillet prochain, ce qui laisse les principaux concernés dans la consternation. La frustration et le mécontentement ont gagné la plupart des élèves guinéens qui ont plus que jamais le sentiment d’être des laissés pour compte.
Une dépêche de Lansana A. Camara
Correspondant permanent de www.nlsguinee.com à Conakry
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