Guinée: la grève générale se poursuit, incidents sporadiques à Conakry
mardi 13 juin 2006
Des incidents sporadiques ont opposé de jeunes manifestants aux forces de l'ordre mardi à Conakry au lendemain de heurts sanglants qui ont fait au moins dix morts en Guinée, en grève illimitée depuis jeudi dernier.
La grève, déclenchée par les deux principales centrales syndicales du pays pour obtenir notamment de fortes augmentations salariales, a amené au report sine die lundi des épreuves du baccalauréat lundi. Les lycéens sont alors descendus dans les rues pour contester cette décision et la manifestation a dégénéré.
Les incidents ont repris entre des éléments des forces de l'ordre armés de gaz lacrymogènes et des jeunes qui avaient érigé des barricades et jetaient des pierres dans leur direction, selon des témoins. Plusieurs quartiers populaires de la capitale étaient touchés par ce nouveau mouvement: Hamdalaye, Gbessia, Simbaya et Taouiyah.
Les quelque dix morts de la veille ont fait l'objet d'une déclaration du gouvernement, par la voix de son porte-parole, Moussa Solano. Prenant acte de ces violences meurtrières qu'il n'a pas chiffrées, il a accusé l'opposition d'être derrière.
"Le gouvernement regrette les incidents (de lundi) et les pertes en vies humaines. Il s'incline sur la mémoire des victimes. Mais ces manifestations ont été orchestrées et manipulées par l'opposition qui a financé et armé des manifestants", a-t-il dit.
Un des principaux responsables de l'opposition, Jean-Marie Doré (ici sur la Photo), secrétaire général de l'UPG (Union pour le Progrès de la Guinée), a qualifié cette déclaration de "diversion" et de "manipulation".
"Hier (lundi), il n'y a eu qu'un ras-le-bol de la population éprouvée par toutes sortes de misères", a-t-il déclaré.
Sept des tués, en majorité des étudiants, l'ont été dans la capitale et trois autres dans la ville de Labé, à quelque 400 km au nord de Conakry. Tous ont été atteints par balles tirées par des militaires.
Les banques, commerces, administrations et établissements d'éducation sont restés fermés. La circulation était extrêmement réduite.
Les syndicats à l'origine de la grève illimitée se sont déclarés prêts à discuter avec le gouvernement, selon Ousmane Souaré, responsable des négociations entre l'intercentrale, regroupant les deux principales centrales syndicales du pays - la CNTG (Confédération nationale des travailleurs de Guinée) et l'Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG)- et le gouvernement guinéen.
Les deux organisations veulent que toutes leurs revendications satisfaites, a-t-il souligné. "Oui à des discussions (avec le gouvernement), mais nous voulons la satisfaction pleine et entière de nos revendications".
Cette déclaration suit une rencontre lundi soir de l'intercentrale avec le chef d'Etat guinéen, Lansana Conté.
Selon les médias d'Etat, ce dernier leur a demandé de "travailler sur les revendications syndicales" avec Moussa Solano, ministre de l'Administration du territoire et de la décentralisation et porte-parole du gouvernement.
La grève illimitée de la CNTG et de l'USTG veut sanctionner le gouvernement accusé "d'ignorer systématiquement la misère de la population".
Les deux syndicats exigent une baisse du prix du carburant et le quadruplement des salaires des fonctionnaires.
SOURCE : AFP
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