Guinée : LA GRÉVE NATIONALE EN GUINÉE : CHANCES ET RISQUES
jeudi 08 juin 2006
À quelques heures du déclenchement de la grève nationale décidée par la centrale syndicale, il y a lieu de se pencher sur les chances d’une réussite ou la probabilité d’un échec. Tout d’abord il faudrait peut-être définir ce que l’on entend par réussite dans ce contexte spécifique. En termes économiques, il s’agit tout simplement de l’amélioration des conditions de vie de la population. En termes politiques, et c’est là que résident les espoirs de la majorité des Guinéens, il s’agit tout simplement du départ du Régime Conté. Or il est clair qu’une satisfaction même minimale des exigences économiques est impossible. Le gouvernement qui réussirait cette prouesse serait éligible pour le Prix Nobel d’économie. Il est improbable aussi que les syndicats se laissent encore une fois endormir par des promesses qui ne seront jamais tenues.
Par conséquent le changement politique reste l’objectif plus ou moins implicite. Une caste politique qui a échoué si lamentablement sur tous les plans et cela dans un pays béni par la nature doit faire le plus tôt possible place à des hommes et des femmes plus capables. La grande question reste cependant : la mobilisation sera t-elle encore aussi grande que pendant la grève du mois de mars ? Il est clair que le ras-le-bol d’une population excédée par le dénuement extrême dans lequel elle vit depuis des décennies est toujours là, comme il y a 3 mois d’autant plus que les retombées économiques de cette grève ne se sont jamais manifestées. Les syndicats ont-ils réussi à faire passer ce message comme quoi seul un changement de régime peut améliorer leurs conditions de vie ? Le peuple guinéen est connu pour son fatalisme. Les choses ne seront donc pas faciles. Surtout la léthargie des partis politiques à un jour du déclenchement de la grève est plus qu’inquiétante. Ils n’ont pas encore pu s’entendre sur une personnalité même pour un éventuel gouvernement de transition. L’un d’entre eux a même récemment menacé de s’autoproclamer. Il faut donc que les partis se réveillent un tant soit peu ne serait-ce que pour relayer le mouvement syndical dans la transmission du message à l’intérieur du pays, du moins ceux d’entre eux qui ont des structures organisées dans toutes les régions naturelles de la Guinée. En tous cas il ne faut pas compter sur la RTG, organe complètement inféodé au pouvoir en place mais qui lors de la première grève avait un peu sympathisé avec le mouvement. On peut parier que Les Bérets Rouges, l’armée prétorienne au service du régime surveillent de près la radio et la télévision nationale. La RTG n’interviendra que dans une situation où ses collaborateurs se seront convaincus d’un renversement de la vapeur en faveur des forces du changement. Autrement elle ne fera passer que la parole de ses maîtres.
Mais même dans le cas où la grève serait suivie sur toute l’étendue du territoire national pendant des jours, la capitulation du régime Conté n’est pas assurée. Il faut une situation de pourrissement et de chaos qui se prolonge au moins pour quelques jours ou semaines pour que quelque chose se passe. Ce « quelque chose » dépendra en grande partie de l’Armée qui sera alors obligée d’entrer en action au moins comme arbitre. On dit cette armée divisée, affaiblie, épurée etc. mais plusieurs exemples sous d’autres cieux ont prouvé que ceux qui mettent fin à un régime viennent souvent de là où l’on pensait le moins. De son vivant Ahmed Sékou Touré n’aurait jamais pensé qu’un certain Lansana Conté lui succéderait un jour. C’est que les tyrans du monde entier doivent faire face à un terrible dilemme : ils ont beau suspecter et surveiller tout leur entourage, il faut toujours quelques hommes de confiance, si peu nombreux soient-ils, pour servir de pilier et faire fonctionner leur régime. Leurs tombeurs proviennent souvent de ces derniers. Le drame est qu’il faut malheureusement souvent beaucoup de dégâts matériels ou humains pour qu’on arrive à ce stade. En tentant d’assassiner Dr. Fofana, le secrétaire général de l’USTG, le pouvoir a déjà prouvé qu’il ne restera pas les mains croisées. Espérons que la Guinée pourra arriver à un changement de régime sans effusion de sang. Le peuple de Guinée est seul face à son destin. Aucune puissance ne viendra à son secours, l’Union Africaine n’étant pas l’Union Européenne et les puissances occidentales préférant généralement s’arranger avec les potentats africains.
C’est dans cette perspective que je me joins à l’appel de l’ONG Afram Global pour réitérer la nécessité d’un soutien financier du mouvement syndical. Je prierais aussi les compatriotes de cette ONG de mettre un compte bancaire suisse à la disposition des Guinéens d’Europe, comme cela avait été annoncé, pour éviter les frais de transfert vers l’Amérique.
par M. Oumar Bah, depuis l’Autriche
Représentant de Guinea-forum.org en Autriche
Correspondance pour Nlsguinee.com
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