J'ai lu votre message et j'ai eu les larmes aux yeux. Je suis Guinéen et je suis en formation post- Universitaire au Burkina. Je suis révolté contre ce qui se passe chez moi et je suis prêt à tout pour le changement, je pense que si les syndicalistes et les partis politiques ont des intellectuels patriotes et aisés comme vous dans leur rang, le changement se fera vite et bien.
Je vous remercie d'avoir écrit, le fait de vous lire a redoublé ma détermination et renforcé mon espoir.
Vive la république démocratique de Guinée.
Barry Elhadj Mamadou »
N’ayant pas d’abord répondu à leurs messages, et ne connaissant aucun d’entre eux, je tiens à leur dire : Que chacun de vous ait une récompense méritée de sa foi exprimée. Je suis convaincu que vous ne ferez pas la même interprétation de ce souhait parce que vous incarnez ces deux principales tendances de la Guinée d’aujourd’hui : celle des exploiteurs et celle des exploités.
Les premiers sont paniqués par une très prochaine perte de leurs privilèges quand les seconds sont déterminés à prendre en main leur destin. Ces populations, à force de serrer leur ceinture, ont atteint une limite qu’elles ne peuvent plus dépasser au risque de s’étrangler. Cette situation conflictuelle est évidente au niveau des hauts responsables du pays depuis la première semaine du mois d’avril 2006.
La tension monte. Le président des syndicats des travailleurs, Dr. Ibrahima Fofana, au nom de ses collègues, a réitéré le 22 mai sa détermination à déclencher une grève générale illimitée dans deux semaines si les décisions d’amélioration des conditions des travailleurs ne sont pas prises. La pression est réelle. Au lieu de la négociation, les syndicalistes font face à la répression.
Au Dr. Fofana de dire à la rédaction d’Aminata.com : «Depuis le 1er mai, après la rencontre du palais où, nous avons remis une déclaration au gouvernement, je suis filé à tout moment du jour et de la nuit. A domicile, au bureau, dans mes déplacements en ville. Bref partout, jusqu’à l’arrestation hier vendredi de cet individu, en civil, armé d’un pistolet chargé et de munitions. Un certain Yacouba Camara de la DST. Puisqu’ils sont incapables de m’arrêter, il faut m’abattre. C’est leur façon de répondre aux revendications légitimes des travailleurs et travailleuses de Guinée. »
Dans n’importe quelle situation, lorsqu’une personne ou un groupe de personnes manque d’arguments, une panique nauséabonde les habite et ils vomissent l’ignorance, l’arrogance et la violence. L’auteur du premier courriel cité n’est que le reflet du groupe de la trentaine de personnes composant le gouvernement actuel de la Guinée.
Je pense qu’il n’est plus nécessaire de dénoncer ou de diagnostiquer la maladie qui continue à ruiner le peuple guinéen. Car on a point besoin d’être économiste, sociologue ou politologue pour déduire que la belle et riche Guinée souffre d’une seule maladie : la très mauvaise gouvernance sous-tendue par les exactions et la corruption. Il s’agit maintenant de la soigner urgemment et efficacement en lui évitant tout déchirement social conduisant à une longue paralysie politico-économique. J’ai quatre méthodes curatives à proposer aux dirigeants, aux opposants à la société civile et aux porteurs d’uniforme.
1- Aux dirigeants
Les dirigeants actuels s’apprêtent à l’affrontement par le robuste remaniement effectué le 29 mai au nom de Conté par Fodé Bangoura. Celui-ci qui a été vainqueur d’une farouche lutte de clans contre Cellou Dalein Diallo ancien premier ministre. Afin d’exorciser l’appellation Premier Ministre, Fodé Bangoura s’est inventé le titre de Ministre d’État aux affaires présidentielles qui coordonne les activités gouvernementales et s’est entouré de complices opportunistes pour défier tout le peuple. Dans une situation aussi délétère, je m’adresse aux quatres épouses du général président, Mmes Conté Henriette Bangoura, Hadja Kadiatou Seth Camara, Hadja Asmaou Baldé et Mamadie Touré assisté du fils aîné Ousmane Conté.
Je suis et demeure convaincu que vous êtes les cinq seuls êtres humains capables de dénouer élégamment l’impasse actuelle.
Que le général Conté soit malade ou pas, il se trouve à une phase ultime de prise de décision pendant laquelle votre concours conjugal et filial lui sont indispensables. Car le bonheur et le malheur; l’honneur et l’humiliation de Lansana Conté sont intimement et naturellement liés aux vôtres. Si, dès demain quelqu’un d’autre s’empare du pouvoir, emprisonne le président Conté et déculpabilise tous les membres actuels du gouvernement sans les enlever de leur poste, ceux-ci traiteront Conté de tous les noms d’oiseaux en applaudissant le nouvel homme fort.
Par contre, vous cinq, pour tout l’or du monde, vous n’accepterez de devenir les épouses et le fils de cet homme fort qui ne croira jamais non plus que vous lui pardonnerez son geste. Donc exigez une réunion de famille à six sans aucun témoin. Dites à votre époux et père toute la vérité sur les difficiles conditions et pressions que subissent les populations et vous-mêmes.
Appuyez-vous sur cet exemple politique concret pour me comprendre : L’ancien maréchal-Président, Mobutu Sese Seko a dirigé pendant 32 ans l’ex-Zaire (1965-1997). Il avait lui aussi accepté la création des partis de l’opposition. Dans le pays, la grogne populaire grandissait contre lui et sa maladie (cancer de prostate) s’aggravait. Contre lui agissait et se développait une opposition armée à la frontière.
Les partis politiques réclamaient sa démission. Au lieu de faciliter la transition politique en acceptant de démissionner pour raison de maladie, Mobutu (mal conseillé) a préféré s’entêter jusqu’à sa fuite hors du pays causée par l’entrée de l’opposition armée dans la capitale. Mobutu, 4 mois après, est mort à l’extérieur quand ses anciens proches collaborateurs offraient leurs services au nouvel homme fort.
Mmes Conté Henriette, Kadiatou, Asmaou et Mamadie, M.Ousmane Conté, dites au Général Conté de convoquer une réunion d’urgence regroupant lui-même et sa garde rapprochée, Dr. Ibrahima Fofana et les membres de son exécutif syndical, les premiers responsables des parti politiques importants (qui sont représentés dans au moins trois des quatre régions naturelles) accompagnés de leur secrétaire politique, pour leur faire ces propositions concrètes :
a) Demander aux participants un engagement ferme garantissant au général Conté une immunité judiciaire permanente s’il dépose sa démission dans les sept jours suivants pour permettre une transition paisible.
b) Proposer aux responsables des partis politiques et des syndicats présents à entamer une concertation intensive durant un maximum de cinq jours aboutissant aux nominations consensuelles d’un président et d’un Premier ministre provisoires qui formeront un gouvernement de transition. Préciser que ni ce président ni ce Premier ministre ne pourront être candidats aux élections présidentielles.
c) Déterminer la limitation du mandat de ce gouvernement à neuf mois sans aucune possibilité de prolongation. Déterminer la date des élections au moins trois mois à l’avance.
2- Aux partis politiques de l’opposition
Partout les opposants politiques doivent être à l’avant-garde de la lutte politique pour la sauvegarde des acquis populaires. Bref, l’opposition constitue le garde-fou des populations contre les débordements des tenants du pouvoir.
Hélas, cette opposition, depuis l’aggravation des égarements politiques du pouvoir au début d’avril jusqu’à maintenant, n’a pu organiser une seule marche ou grève pacifique de protestation. À cette phase ultime de la lutte de positionnement, si l’opposition ne transcende pas ses querelles et rivalités destructrices, elle incitera d’autres militaires malintentionnés à usurper le pouvoir pendant des décennies. Une fois engagés volontairement sur l’arène politique, mieux vaut être des acteurs éphémères que d’éternels spectateurs dans l’élaboration des orientions nationales.
3- Les syndicalistes et la société civile
Il est très difficile de soigner une plaie grave sans faire mal au patient. La Guinée a vraiment mal. Elle est atteinte du virus de la mégalomanie dont sont porteurs la plupart de ses dirigeants. Mais ce sont les populations qui ressentent la douleur. La mégalomanie, c’est le fait de surestimer ses capacités. Une surestimation qui se manifeste par un désir démesuré de dominer et une estime excessive de sa propre personne. Le général Conté lui-même est entouré de mégalomanes.
Les responsables syndicaux, à leur tête Dr. Ibrahima Fofana, ont décidé de soigner ce mal contagieux de la Guinée. Vous syndicalistes, vous prenez ainsi une décision historique dont l’aboutissement certain atténuera la souffrance populaire. Je vous exhorte à persévérer dans votre détermination à déclencher la grève générale illimitée sur toute l’étendue du territoire tout en restant ouvert jusqu’à la dernière minute à toute forme de négociation pouvant aboutir à la démission du président et du gouvernement.
Vous êtes actuellement un grand espoir pour le peuple qui vous suivra sans hésitation. Vous avez la bénédiction de tous les guinéens et amis de la Guinée sans exception.
Toute la société civile doit se mobiliser derrière les syndicalistes pour sortir la guinée de l’ornière.
4- Les porteurs d’uniforme
Militaires, gendarmes, policiers et gardes, il serait absurde de prétendre que vous êtes tous des corrompus apatrides. Peu importe le grade que vous portez, il y a certainement dans vos rangs des patriotes intègres soucieux du devenir harmonieux de la patrie.
Quand cette harmonie sera compromise par les exactions des dirigeants contre leur peuple manifestant légitimement pour le droit à la liberté et la prospérité, vous devez intervenir en faveur des populations désemparées.
En ce 02 juin 2006, nous sommes à 07 jours d’une éventuelle grève illimitée qu’initient les syndicalistes, le 08 juin, pour toute la nation. Advenant ce blocage général des appareils administratifs, vous aurez l’occasion inouïe d’accomplir votre devoir patriotique en débarquant les mégalomanes du pouvoir.
Par Lancine Diawara, poète et romancier, Montréal, Canada,
Contact : diawaral@yahoo.fr
Une Correspondance pour Nlsguinee.com