Conclusion comme au mauvais vieux temps de Satan Touré : « ils seront considérés et traités comme des comploteurs de la nouvelle 5e colonne impérialiste ». Vraiment ils sont nombreux nos politiciens qui le critiquent sans arrêt mais rêvent de faire exactement comme lui dans leur ascension publique. Un seul conseil : la prochaine fois qu’un accord politique sera magouillé avec des nains politiques il faudra faire signer le document final par chacun d’entre eux comme cela plus personne ne se sentira petit-Mamadou dans ce bizness et ils riront tous (même jaune) comme nos signataires actuels et le résultat souhaité sera toujours identique.
3. Les décisions et actions « négatives » du mois :
le 04, le boss inaugure un petit débarcadère à péniches minières chinois avec l’espoir de devenir très bientôt le 1e exportateur mondial de cailloux. Sacrés Guinéens naïfs, nous mamayons parce que nous serons bientôt grâce à nos gentils frères chinois les 1e exportateurs mondiaux de bauxite, des cailloux avez zéro valeur ajoutée ! Bien sur, nous le serons uniquement parce qu’étant LES SEULS à être encore assez couillons pour accepter au XXIe siècle d'exporter ce minerais avant sa transformation au minimum en alumine. Et ensuite bonjour les dégâts dans moins de 10 ans - demandez aux Vietnamiens et Indonésiens qui ont foutu précisément ces mêmes chinois à la porte de chez eux au cours de cette décennie après avoir compris - hélas trop tard - que ceux-ci avaient pompé tous leurs cailloux à la vitesse grand V pour ne leur laisser que des catastrophe environnementales de niveau national. Du coup ils se tournent rapidement vers des africains plus accommodants et incultes. Google n'est pas fait pour les moutons les gars, lisez et apprenez ce qui se passe dans le monde aujourd’hui ;
le 05, le ministron du tourisme balance devant la presse « De janvier à juin 2016, la Guinée a enregistré 25 000 touristes contre 32 000 en 2015 et j’espère tout de même avoir 60 000 touristes d’ici la fin de l’année 2016 ». Le pauvre doit penser que tous les passagers qui débarquent des avions à Conakry, même en transit, sont des touristes ;
le 10, la rentrée scolaire reprend son petit bout de chemin vers les bas-fonds de l’éducation. Petit exemple au lycée 3 Avril de Kankan, les ratios sont de 156 élèves par salle pour les classes de 9ème année et de 271 élèves par salle pour la terminale Sciences Mathématiques ;
le 12, le gouvernement turc exige du PPAC la fermeture des établissements du groupe scolaire « Citadelle » (école primaire, collège, lycée et université) sous prétexte que la fondation qui a crée ces écoles dans de nombreux pays africains appartiendrait au prédicateur religieux Fetullah Gullen, l’ennemi juré du Président Erdogan qui vit en exil aux USA. La majorité des pays consultés ont refusé ce chantage honteux – notre boss a dit aussitôt « oui, patron » et a ensuite foncé sur Ankara pour prendre son cadeau. Ainsi environ 200 travailleurs et 2000 élèves et leurs parents vont pouvoir faire comme la majorité de leurs compatriotes : manifester dans les rues de Conakry. Mais le pire dans tout ça c’est d’entendre Erdogan traiter quelqu’un d’extrémiste alors qu’il a mis plus de 50.000 compatriotes en prison juste parce qu’ils disent à juste titre qu’il est un islamiste mégalo. Notre mendicité d’état fait vraiment honte et pitié ;
le 20, la banque centrale annonce avec tout son sérieux que la Guinée et la Gambie se préparent à l’ouverture prochaine de leurs bourses des valeurs respectives prévue en 2017. L’annonce a été faite lors de la 8e session du Conseil du « West African Capital Markets Integration Council » (WACMIC), l’organe directeur de l’intégration des marchés de capitaux ouest-africains. En effet, dans la zone WAMI (West African Monetary Institute) tous les pays possèdent leurs bourses de valeurs sauf la Gambie, le Libéria et la Guinée – une situation qui n’est pas prête de changer pour de nombreuses décennies, à mon humble avis ;
le 24, un contrat « éléphant blanc » est signé avec la société chinoise de BTP, China Harbour Engineering Company (CHEC) pour un montant de 770 millions USD. Il prévoit notamment la construction de trois quais supplémentaires au Port Autonome de Conakry (PAC). Surtout pas un mot sur les détails financiers et notamment sur les endettements pour nos petits-enfants et la capacité d’absorption de tels prêts. Le plus marrant c’est que les participants à cette célébration financière ont du emprunter des véritables tanks urbains pour pouvoir arriver au port. Ces 800 millions USD auraient surement réglé le problème des routes de tout le pays mais bien sur les négociateurs actuels n’auraient pas eu de bakchichs. Chacun se débrouille en solo au pays ;
le 25, le groupe de la Banque Mondiale a publié son rapport « Doing Business 2017 » qui mesure la qualité et l’évolution du climat des affaires dans les 189 économies du monde, membres de cette institution. Dans ce nouveau classement la Guinée consolide sa dégringolade en se classant 163e sur les 189 pays membres. Notre évolution est fulgurante : nous sommes passés de 179e en 2013 à 123e en 2016 et 163e en 2017. Dommage que la majorité des journalistes locaux ait parlé de progrès sans même avoir lu en détail les tableaux chiffrés du rapport (en anglais il est vrai). Objectif visé par le Sanseman ? 160e en 2020 mais ça va être très difficile car que j’écris ceci à la lumière d’une lampe à piles ce soir ;
le 26, Christophe Colomb met les voiles vers la Turquie et l’Empire du Milieu (La chine) où il était déjà le mois dernier, l’eldorado de tous les dictateurs restants par son soutien indéfectible mais hyper intéressé et de qualité médiocre, avec l’objectif de les prier d’effacer sa honte en relançant le projet Simandou dont le coût s’élève à 20 milliards USD et le prochain barrage-élections 2020 à 1,750 milliards USD. Les discours et communiqués officiels qui nous arrivent de là-bas nous font miroiter la fin de tous nos problèmes et un avenir radieux pour le pays mais rira bien qui rira le dernier quand dans 10 ans nous ne pourront mamayer que sur nos 90% de cailloux partis, 30% d’énergie en plus avec délestages par quartiers, 10 milliards de dettes pour nos petits-enfants et surtout 100% de notre environnement détruit pour 1.000 ans. Mais bon, pour lui c’est « san fou la mor » car il ne sera plus là pour payer les pots cassés ;
le 28, notre PPAC bridé nous fait annoncer en grandes pompes que « les majors miniers Rio Tinto et Chinalco sont parvenus, à la suite de plusieurs mois de négociations, à un accord sur les conditions du transfert de la totalité des parts de Rio Tinto à Chinalco dans Simfer Jersey, la co-entreprise possédant 80,75% des actions de Simfer S.A (la société détentrice des droits du Projet Simandou Sud). Le protocole d’accord signé ouvre la voie à la prise de contrôle du projet par Chinalco ». Welcome aux charters d’ouvriers chinois, au martyr de leurs esclaves locaux, aux chantiers qui ne finissent jamais (route km 24 – Coyah, moins de 50 km, en rade depuis plus de 3 ans) et qui tombent en ruine le lendemain de leur départ. Il faut reconnaitre qu’il reviendra pour une fois avec des résultats « extraordinaires » selon les standards nationaux suite à une exploration mondiale donc nous pour cette fois-ci organiser une mamaya triomphale pour célébrer le retour de notre Empereur conquérant de la grande Chine de Mao.
• Pour : comme chaque mois : R.A.S. (Rien A Signaler)…
• Contre : ce mois-ci c’est l’un des derniers fleurons du Sanseman qui fout le camp : le train urbain Conakry-Express est à l’arrêt total. La société chinoise qui le gérait réclame 42 millions de dollars USD qui représentent le coût des équipements, des gares, des bureaux tout le long de la voie ferrée, de l’assistance technique dont la fourniture du carburant, les salaires des expatriés chinois et la maintenance du matériel.
Le DG a confié que « le train s’est arrêté parce que les chinois pensaient qu’après six ans d’exercice le gouvernement allait pouvoir rembourser les coûts du train. Comme ce remboursement n’a pas été effectué ils ont préféré arrêté le train ». Ce train a pourtant fait plus de 16 milliards GNF de recettes en 6 ans mais les souris ont tout grignoté. Notre train Express mais très lent ralliait chaque jour la banlieue au centre-ville au bonheur de milliers de citoyens de la capitale et de ses environs.
Chaque jour environ 4.500 personnes l’empruntaient pour aller faire semblant de travailler en ville. Depuis son arrêt ses pauvres clients sont confrontés à d’énormes difficultés et sont obligés d’utiliser leurs BW-2pieds matin et soir. Pour ceux qui pensent que les contrats avec les sociétés chinoises c’était comme dans les années 60, l’amitié et les cadeaux permanents entre frères communistes, voici un petit exemple de ce que ses hommes d’affaires sont devenus ces 50 dernières années, des capitalistes sauvages et sans pitié pour leurs partenaires. Cela surtout parce que notre partenaire-policier des bonnes pratiques des marchés privés et de l’environnement (SFI/BM) ne seront plus dans le nouveau deal pour les surveiller et imposer le respect strict des normes internationales dans ces domaines.
Par exemple voici un petit florilège des griefs publics des travailleurs d’une usine chinoise ce mois-ci : « nombreux cas d’accidents et des cas d’avortements sous l’effet des produits toxiques non pris en chargé par la direction, des licenciements arbitraires, le manque de mesure de sécurité, des cas de maltraitance ou encore l’excès des heures de travail et le non-paiement des arriérés de trois mois de congé technique. S’agissant de la maltraitance, ils ont fait cas du débordement des heures de travail, des sanctions illégales infligées aux travailleurs (mise à pied, croix), des licenciements arbitraires, du retard dans le paiement des salaires, l’inexistence de bulletin de paie, le non-respect des autorités compétentes, le refus catégorique par la direction de l’usine d’accepter la mise en place d’un syndicat, la violence exercée sur les travailleurs, le non-respect des jours fériés, le travail forcé (débarquement des conteneurs jusqu’à 2h du matin) et le non-respect de la procédure de signature des contrats, conformément au code du travail. ».
C’est surtout ça la vie qui attend les futurs esclaves guinéens de la prochaine ruée chinoise vers les tropiques et leurs lois du travail n’interdisent pas du tout ces traitements réservés à presque tous les ouvriers dans leur pays – du bétail à production et rien d’autre.
4. Formations, séminaires, ateliers, colloques et autres « rendez-vous du donner et du recevoir » du mois :
ateliers de renforcement des capacités des chefs de quartiers de la capitale dans la résolution des conflits et la prévention de la délinquance pour la sécurité des personnes et leurs biens ;
atelier de réflexion sur la question du fonctionnement des centres d'autonomisation des femmes (CAF) ;
formation de journalistes sur le traitement des sujets relatifs à la santé ;
formation des policiers sur la prise en charge des personnes vulnérables et le traitement judiciaire des violences basées sur le genre (VBG) ;
formation des nouveaux et anciens étudiants de l’école supérieure du tourisme et de l’hôtellerie sur l’administration publique et la gestion des ressources humaines ;
séminaire de sensibilisation sur les MARD (Modes Alternatifs de Règlement des Différents) des entreprises ;
formation de journalistes (TV et en ligne) sur le thème « Journalisme et Santé » ;
atelier de formation des journalistes sur les mutilations génitales féminines/excision (MGF/E) ;
formation de la troisième promotion du projet rajeunir et féminiser l’Administration ;
formation militaire de 500 douaniers ;
atelier national axé sur les cadres de la recevabilité et de la gouvernance locale pour le renforcement des services communautaires aux seins des deux régions administratives de la haute Guinée (?) ;
atelier de restitution sur l’étude de mobilisation des ressources en eau pour l’alimentation en eau potable (AEP) de Conakry ;
atelier de perfectionnement des superviseurs sanitaires pour le suivi des épidémies ;
atelier sous-régional (Sénégal, Mauritanie, Guinée) de renforcement des capacités des organisations professionnelles de la pêche artisanale ;
forum communautaire sur la lutte contre l’excision.
• Pour : le séminaire-bizness fait grise mine ce mois-ci (16). Pas de temps à perdre dans des salles de classe non climatisées, nous sommes occupés full-time par nos combats et discussions passionnantes sur les accords politiques.
• Contre : eh Allah, ils forment nos douaniers sur le modus operandi de nos bidasses – nous sommes foutus ! J’imagine déjà les modules : comment fouetter des marcheurs, comment les canarder sans se faire voir, comment ridiculiser les populations dans les quartiers boueux, comment balayer la capitale pour la rendre encore plus sale…etc.
5. Pour conclure quelques suggestions SMART (Spécifiques, Mesurables, Atteignables, Réalisables, Temporellement définies) pour changer le changement :
Moussé PDG du API, Air-Pessè International, (une troupe comique très populaire), il faut essayer de changer un peu notre système mafieux d’anti-gouvernance. Vous voyez, chez nous 95% de notre administration et ONG locales sont Sansemantées maintenant. Puisque vous ne les visitez pas souvent et que vous ne lisez aucun média selon vos propres mots je vais vous les décrire succinctement pour que vous compreniez ce qui se passe autour de vous.
Je suis revenu depuis plusieurs jours au pays et donc j’ai observé avec mon « œil neuf » remis à jour sur le sujet. Pour espérer durer comme responsable à tous les niveaux de l’échelle administrative il faut avoir 2 « qualités » indispensables pour survivre dans la jungle :
1) Cacher le travail important sauf à un groupe restreint de collègues indispensables pour faire la job et surtout à sa botte pour conserver toutes les retombées positives éventuelles. Cela est admis en silence partout dans le système car chacun ferait exactement la même chose et le boss actuel pourrait être à leur place dans un futur assez proche avec un retour de bâton assuré.
2) Cacher toute mission à ses collègues, même ceux de sa petite mafia personnelle, que ce soit à l’intérieur mais surtout à l’extérieur du pays. Les voyages gratuits tous frais payés sont les seules opportunités et les principales compensations financières pour accepter de « gâcher sa vie » pour tous les autres.
Tout ceci n'est qu'un petit cliché technicolor de la Big Picture locale dans tous les bureaux qui vous entourent. Encore une fois je plains mon pays car presque aucun de ceux qui le gèrent actuellement ne voudront jamais changer radicalement cette situation.
Tic-tac, Tic-tac, la montre tourne; aujourd’hui est le 314ejour du « nouveau changement radical » et de l’ancien « Guinea is back » devenu en 2016 « Guinea is really in back », déjà 10 mois et 10 jours ! Un de mes doyens préférés (Saidou Nour Bokoum) a baptisé notre nouveau modèle politique « le dialogue-show ». Marrant et inoffensif pour ceux qui ne rêvent pas de devenir ministre d’Etat ou à la Présidence.
Finalement je surfe la vague et j’observe le mouvement avec tristesse mais avec une certaine délectation intellectuelle.
31 Octobre 2016
NB : vous pourrez suivre chronologiquement cette série et les précédentes (depuis le début du changement en Guinée en janvier 2007) sur mon nouveau blog: https://aotdiallo.wordpress.com/.
Par Alpha Oumar Telli Diallo
Pour www.nlsguinee.com
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