Guinée : Conté brise la coquille vide
mercredi 31 mai 2006
Lansana Conté, on le sait vieux et malade. Son diabète, d’un état avancé, ne cesse de défrayer la chronique. Mais, en dépit du poids de l’âge et de la maladie, qui pèse sur lui, le général grabataire ne cesse de réserver des surprises, aussi bien à son peuple qu’à l’opinion internationale.
Certes, on aurait applaudi à tout rompre si malgré cela la Guinée avançait vraiment, le pays respirait à pleins poumons. Malheureusement, la Guinée se meure, s’effondre en même temps que Lansana Conté, au pouvoir depuis 1984.
Chaque jour, les choses semblent aller de charybde en scylla à Conakry, où les pénuries d’eau et coupures d’électricité sont devenues le quotidien des habitants, et un peu partout dans le pays. Les pauvres populations en ont maintenant ras-le-bol.
Leur bien-être, le Général n’en fait pas du tout son souci. C’est plutôt comment conserver le pouvoir qui est sa préoccupation de tous les instants.
Et il n’en démord pas, en témoigne le dernier remaniement gouvernemental, qui vient donner la preuve que l’enfant de Wawa, en dépit de son état grabataire, n’est pas prêt à lâcher le pouvoir.
En effet, le 29 mai dernier, le successeur de Sékou Touré, père de l’indépendance guinéenne, a procédé par décret à une restructuration du pouvoir exécutif, dont la surprenante innovation est la suppression de la primature.
En lieu et place, un ministère d’Etat chargé des Affaires présidentielles et de la Coordination des activités gouvernementales, attribué à Fodé Bangoura.
Ce département a en charge le Secrétariat général de la Présidence de la République, la Défense Nationale, le Contrôle Économique et Financier, le Secrétariat Général du Gouvernement.
Il faut rappeler que Lansana Conté, depuis le début de son septennat, a essayé, sans succès, deux premiers ministres. C’est François Lousséni Fall qui a inauguré son mandat en cours.
Dès sa nomination, ce dernier a affiché une réelle volonté de ressusciter la Guinée. Malheureusement, il n’aura pas les coudées franches pour faire sa révolution, parce que tout simplement l’entourage immédiat du président Conté lui mettait des bâtons dans les roues.
L’homme, qui refuse de servir de faire-valoir, n’a trouvé d’autre solution que de s’exiler en France avant de rendre sa démission. Sept mois après, Lansana Conté trouve un successeur à Fall, en la personne de Cellou Dalein Diallo, un technocrate.
Nombreux sont ceux qui se sont demandé à l’époque s’il aurait vraiment plus de latitude dans ses décisions, quand on sait, comme l’avait dit l’opposant Mamadou Bah, qu’en Guinée, « c’est Lansana Conté qui décide de tout ».
Eh bien, tous ceux qui s’en étaient inquiétés n’ont pas eu tort, puisque Ceillou Diallo vient d’être démis de ses fonctions de premier ministre, confirmant ainsi qu’il est impossible de travailler avec l’homme de Wawa.
D’ailleurs, à quoi sert un poste de premier ministre en Guinée quand on sait que son occupant n’a pas de marge de manœuvre, car n’étant pas, conformément à la Constitution, le chef du gouvernement ?
Hamidou Ouédraogo
lobservateur.bf
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