Afrique : La problématique de la dette extérieure dans les pays du Sud et subventions économiques au Nord
< 29 avril 2005 >
Au début des années 1960 avec les indépendances de nos jeunes Etats, abandonnés (du moins politiquement) sans ressources financières, nous avons assisté à la mise sur pied d’une véritable politique d’endettement en Afrique.
Politique qui aujourd’hui compte tenu de plusieurs facteurs s’est transformée pour nos populations paysannes en un véritable goulot d’étranglement.
Pour financer le développement, nos Etats dirigés par des pouvoirs que chacun connaît aujourd’hui, ont emprunté massivement aux pays riches (ou plus précisément des ex- colonisateurs et associés) par le biais surtout de la dette bilatérale avec des taux d’intérêts bas et remboursables à long terme.
Quelques décennies plus tard cette dette a pris des proportions inquiétantes avec comme corollaire, le cercle vicieux de l’endettement - remboursement.
D’où provenait essentiellement cette dette et sous quelle forme ?
On peut souligner essentiellement trois (3) sources de prêts :
1. Les Banques des pays développés
Cette source représente la partie privée de la dette. Les banques occidentales ont avec la bénédiction de leurs Gouvernements respectifs, prêté de l’argent à des taux faibles, basés sur des taux d’intérêts en vigueur aux USA...
Les prêts ont été le plus souvent octroyés sans véritable transparence de la part des contractants.
2. Les Etats Occidentaux
Cette source représente la partie bilatérale de la dette. Les pays développés ont prêté des sommes exorbitantes à nos jeunes Etats par le biais de crédits d’expansion, de l’aide au développement et autres procédés là encore peu transparentes…
3. La Banque Mondiale :
Il s’agit de la partie multilatérale de la dette; la BM a accordé à son tour des prêts à taux faibles dans le but de contrecarrer l’influence de l’ex- URSS ainsi que les différentes tentatives nationalistes.
Les prêts accordés par la BM étaient plus ou moins conditionnels comme par exemple le droit de regard dans les politiques économiques appliquées par les pays endettés… On peut citer en guise d’exemple les politiques d’ajustements structurelles (P.A.S.)
Qu’est-ce que nos dirigeants ont fait de toute cette dette contractée au nom de nos peuples ?
La plupart de cette somme a été :
- soit détournée par des régimes dictatoriaux et corrompus ( les dettes contractées sont le plus souvent purement et simplement retournées à l’envoyeur via les banques et autres paradis fiscaux ) ;
- soit très mal gérée car investie dans des Méga-projets énergétiques ou d’infrastructures non conformes à un objectif réaliste de développement ;
- soit engloutie dans l’achat d’armes ou matériel militaire pour opprimer le peuple et se maintenir au pouvoir…
Tout ceci devait inéluctablement déboucher sur la crise que nous connaissons aujourd’hui à savoir, un surendettement empêchant toute perspective de sortie de ce cercle vicieux.
Par ailleurs, les responsabilités incombent non seulement aux pays endettés mais aussi les créanciers qui ont un moyen énorme de pression politico-économique sur nos dirigeants. Il s’agit d’un moyen jusqu’à présent très efficace pour asseoir leur domination géopolitique et économique tout en contrôlant les faits et gestes de tout pays potentiellement concurrent ou autre…
La dette est donc devenue un instrument de domination et les créanciers des pays riches n’hésitent pas à s’en servir pour faire pression sur les gouvernements débiteurs pour l’obtention des marchés publics (chantage) ou pour un soutien quelconque au niveau régional ou international dans différents domaines.
La dette est malheureusement devenue un instrument très efficace qui renforce le contrôle effectif du Sud par le Nord.
D’un côté nos pays sont appelés à rembourser la dette, et de l’autre ils doivent financer leurs propres programmes de développement. Pour ce faire, ils ont forcément besoin de ressources financières supplémentaires. Or nos principales ressources à l’exportation sont les matières premières (minerais et agricoles).
Comment s’en sortir lorsque nous constatons une baisse constante du prix de nos matières à l’exportation et une augmentation du coût de remboursement des prêts, libellés en devises occidentales ?
On peut y ajouter la dépréciation de nos monnaies locales qui renchérissent davantage le remboursement.
En Guinée pour ne citer que cet exemple, la depréciation quotidienne du franc guinéen est un phénomène qui échappe aujourd’hui au contrôle des autorités de tutelle.
Tout ceci a pour conséquence, la non solvabilité de nos pays. Il est donc plus qu’urgent de trouver une porte de sortie à la crise pour éviter à nos Etats fortement endettés de tomber en faillite générale si ce n’est déjà le cas.
Ceci d’autant plus que cette dette est trop souvent injuste voire illégitime car nos pays ont remboursé largement cette dette et continue de la rembourser compte tenu des mécanismes de taux d’intérêts.
En effet, il y a lieu de se demander si le FMI et la BM sont réellement animés par des objectifs d’aide au développement car leur attitude face aux pays endettés et pauvres ressemble beaucoup plus à un phénomène de placement des capitaux dans le but de les fructifier et peu importe les conséquences humainement désastreuses que cela puisse entraîner…
C’est dans cette optique que plusieurs organisations s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer cette attitude qui affame une bonne partie de la population mondiale.
Les pays concernés doivent absolument s’unir pour parler d’une même voie et chercher ensemble une solution à cette problématique. Ils doivent exiger au mieux une annulation pure et simple de cette dette ou au pire trouver rapidement une solution de remboursement acceptable pour nos populations. Dans le cas contraire, nous sonnons le glas de notre perte de souveraineté car nos Etats sont menacés dans leur existence même et dans leur survie.
À chaque fois que nos pays essaient de soulever cette douloureuse affaire dans les insatances internationales, les principaux débiteurs, sûrs de leur leur puissance politico-économique dissuasive, noient le poisson dans des marathons de négociations insurmontables pour nos pays complètement désarmés.
Le paradoxe aujourd’hui ne se situe pas uniquement au niveau de la problématique de la dette extérieure porteuse de misère en Afrique ; nous constatons qu’au sein des organisations telles que l’OMC, les pays africains ont du mal à tirer leur épingle du jeu subtil de la négociation de façade qui leur est souvent imposé.
L’exemple le plus frappant à ce niveau concerne la lutte légitime que mènent certains pays africains de l’Ouest contre les honteuses subventions que les USA et l’Europe ne cessent de verser chaque année à leurs agriculteurs.
Le cas du coton est très frappant car quoi que l’on dise aujourd’hui, si les agriculteurs africains de ce secteur n’arrivent plus subvenir à leurs besoins primaires c’est tout simplement à cause de ces subventions qui faussent les principes élémentaires de la libre concurrence.
On a l’impression aujourd’hui que la libre concurrence est géométrie variable : d’un côté les USA et l’Europe poussent les pays du Sud à libéraliser leurs économies (ouverture complète des marchés) et de l’autre, ils s’évertuent à utiliser tous les moyens de protection possi9bles et imaginables allant jusqu’à verser des milliards d’Euros et de dollars de subventions à leurs propres producteurs.
Nous disons qu’il y a toujours eu deux popids deux mesures à ce niveau et si l’Afrique ne s’organise pas en conséquence, son agonie durera pendant plusieurs décennies encore.
Aujourd’hui en Guinée, le poids de la dette extérieure constitue un véritable frein à notre développement. Celle-ci s’élève à environ 3,5 milliards de dollars.
Nos compatriotes ne réalisent pas encore qu’ils sont tous endettés jusqu’au coup car nos dirigeants s’endettent bel et bien au nom de tout le peuple.
Regardons ensemble en effet ce que cela signifie pour chacun d’entre nous :
en supposant que notre pays a atteint aujourd’hui 10,000,000 d’habitants, divisons les trois milliards et demi de dette extérieure au nombre total « supposé » de la population. Nous aurons un résultat de 350 USD par habitant.
En conséquence, chaque guinéen a une dette que le régime de Lansana Conté a contracté en son nom qui s’élève au moins à 350 USD. Convertissez cette somme aujourd’hui en monnaie natioanale qui ne cesse de glisser ; vous comprendrez aisément l’étendue de la problématique actuelle.
Compte tenu de tout ceci, nous disons qu’il est non seulement urgent de mettre en place des réformes politiques mais aussi et surtout nous appelons nos compatriotes à se mobiliser contre toute politique de la main tendue qui signifie clairement la faillite dans laquelle ce régime nous a plongé.
Ceux qui veulent négocier éternellement avec des spéculateurs étrangers doivent comprendre qu’avant de tendre la main, il faut avoir un minimum vital chez soi.
Aujourd’hui, aucun Budget n’est malheureusement voté en Guinée sans être soumis à l’approbation des bailleurs de fonds.
Quelle indépendance avons-nous si tout se décide ailleurs et même discuter entre leaders politiques pour trouver un consensus de sortie de crise à nos multiples problèmes reste encore improbable ?
Notons enfin que les mecanismes du commerce international tels qu’ils sont régis actuellement par l’OMC sont loin d’être favorables à nos pays fortement endettés.
Le trop fort lobbying des pays occidentaux et leur poids dans le commerce international ne laisse aucune chance au continent noir de voir le bout du tunnel.
Pour s’en sortir il n’y a pas mille solutions : il faut tout d’abord bien gérer nos Etats et se constituer ensuite en de véritables organisations sous-régionales capables de peser sur la balance des négociations internationales actuelles et futures.
Bref, il nous faut un leadership refléchi, orienté vers l’avenir et capable de cerner les véritables enjeux de ce second millénaire.
Nous y reviendrons !
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