En effet, aujourd’hui, on construit partout en Guinée et les bâtiments sont de plus en plus élancés tout en étant réalisés avec moins de matériaux. Ceci, parfois, sous la conduite d’un architecte qui, sur la base de ses connaissances pratiques conçoit la structure et détermine l’armature qu’il faut. Ce qui peut entraîner de graves conséquences du point de vu sécurité des biens et des personnes et occasionner de surcoût importants.
Une collaboration entre le Maître d’Ouvrage (le propriétaire), l’architecte et l’ingénieur doit être d’emblée lorsqu’il s’agit de concevoir un bâtiment.
Leur collaboration lors de la conception peut éviter des défauts de conception que le calcul et le dimensionnement de l’ingénieur ne peut compenser à posteriori.
La démarche qui consiste à confier la construction à seulement l’un des deux derniers peut être mauvaise car, contrairement à ce que certains peuvent croire, les deux se complètent et doivent travailler étroitement.
La conception (esthétique, répartition des locaux, etc.) et les fonctionnalités sont du ressort de l’architecte, tendis que l’ingénieur conçois une structure porteuse sûr au meilleur prix et assure l’aptitude au service de l’ouvrage.
Malgré les difficultés économiques du pays, le surcoût engendré par des parois antisismiques, peut être autour de 10% du coût total, reste largement supportables par les Maître d’Ouvrage. Ceux-ci sont souvent tentés d’économiser ce surcoût en se disant : qui sait ? Peut être qu’il n’y aura jamais un important séisme !
Sinon, ils ne sont pas du tout informés sur cette possibilité de conception de bâtiment résistant au séisme.
Contrairement aux conditions météorologiques qui peuvent être prévues des jours voire des semaines à l’avance avec une faible incertitude, il est pratiquement impossible de prévoir à l’avance quand est-ce qu’il y aura un séisme ou bien quelle sera son amplitude.
A ma connaissance, il n’existe aucun mécanisme de surveillance tant sur la côte qu’à l’intérieur de la Guinée. Dans tous les cas ces mécanismes surveillance ne peuvent qu’enregistrer les secousses pendant le séisme mais ne permettent pas de prévoir quand il y en aura un. Cela étant, il impératif à tous les intervenants du secteur de la construction de tenir compte de la dynamique des structures.
Enfin, il est nécessaire voire indispensable que le gouvernement et le secteur privé aient une culture de sécurité vis-à-vis des risque sismiques. Ceci dit, le Centre de Géophysique et de Sismologie de la Guinée, en collaboration avec l’Université de Conakry voire d’autres Universités du monde, doit développer des compétences dans le domaine de la dynamique des structures et du génie parasismique.
Le gouvernement doit créer les conditions nécessaires au développement de ces compétences non seulement en octroyant des bourses d’études à des étudiants pour des universités réputées dans ce domaine, mais aussi en allouant les fonds nécessaires au bon fonctionnement du Centre de Géophysique et de sismologie de Conakry.
Coin du professionnel
Mesures constructives recommandées pour les bâtiments
(Source : Norme Suisse SIA 261 :2003, Bâtiment, Génie civil)
Vue en plan, dispositions constructives
- Dans le plan, repartir le plus systématiquement possible les éléments servant à reprendre les forces horizontales (cadres, parois porteuses avec noyau, contreventement triangulés, etc.) et prévoir des capacités de déformation similaires.
- Assurer un comportement homogène de la structure par une disposition adéquate des planchers, des contreventements, etc.
- Pour les éléments devant reprendre des forces horizontales, éviter des variations (dans la direction verticale) des rigidités et des résistances à la flexion, à l’effort tranchant et à la torsion (exception : transition aux sous-sols).
- Constituer un caisson rigide au niveau des sous-sols.
Construction
- Pour les bâtiments de plus de 12 m de hauteur jusque sous la toiture ou les bâtiments accusant une dissymétrie prononcée en plan, armer les murs en maçonnerie transmettant des forces horizontales ou des charges verticales.
- Solidariser les éléments préfabriqués aux autres éléments de la construction.
- Pour les éléments préfabriqués avec appuis mobiles, prévoir une longueur d’appui égale aux 1/70e de la portée, mais 150 mm au minimum.
Fondations
- Ne pas concevoir une structure porteuse reposant sur des sols de rigidités différentes.
- Pour assurer des déplacements uniformes, éviter des fondations isolées situées dans des terrains meubles ou les lier au moyen de traverses.
Eléments secondaires
- Les parois non porteuses, les plafonds suspendus, les éléments de façade, les parapets, etc., sont à solidariser à la structure porteuse ou à appuyer de manière à supporter les vibrations.
Quelques conseils pratiques avec des photos
(source : http://www.bwg.admin.ch/)
1. Eviter les rez-de-chaussée flexibles
- L’effondrement d’un bâtiment soumis à un tremblement de terre est souvent imputable au fait que si les étages supérieurs sont bien contreventés (parois ou autres), le rez-de-chaussée est ajouré et ne comprend que des colonnes porteuses. Il en résulte un niveau «mou» («soft storey»), flexible dans le plan horizontal.
Par exemple ce bâtiment, photo ci-contre, bien renforcé dans sa partie supérieure s'est affaissé sur son rez-de-chaussée (Kobe, Japon, 1995)…
2. Utiliser des dalles afin de solidariser les éléments
et répartir les forces
Les dalles de ces immeubles d'habitation se composaient également de panneaux préfabriqués insuffisamment reliés entre eux et avec les parois (Arménie, 1988).
3. Espacement des armatures transversales
Des armatures transversales espacées de s <= 5d (d=épaisseur de la paroi antisismique) avec des crochets à 135° dans les parois porteuses et les colonnes!
Dans cette colonne de halle constituée d'éléments préfabriqués en béton armé, les étriers étaient insuffisamment ancrés, avec des crochets à 90° seulement. C'est pourquoi ils se sont ouverts, permettant aux barres verticales de flamber (Adapazari,
Turquie, 1999).
4. Pas d'évidements ni ouvertures dans les
zones plastiques!
Ici, on a percé un trou – beaucoup trop gros – à travers l'armature. Or on aurait peut-être pu pratiquer, d'entente avec l'ingénieur, une ouverture notablement plus réduite sans endommager l'armature. Pour y parvenir, il faudrait commencer par regrouper les conduits et les faire passer perpendiculairement à la paroi (Suisse 2001).
pour en savoir plus visiter ces deux liens
lien 1
lien 2
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