vendredi 15 octobre 2010
L’échographie de la démocratie guinéenne montre tellement d’anomalie qu’il faudrait sérieusement se poser de la question de l’opportunité d’une telle naissance. Une interruption volontaire pour une portée dont on dit presque à terme est difficilement envisageable, mais laisser naître un tel enfant est-il vraiment responsable eu égard aux difficultés auxquelles il est nécessairement condamné ?
Pour parler le français, le gouvernement d’union nationale, tel que prôné par le liseur Sekouba Konaté et l’écrivain public Tibou Kamara, infecte la démocratie guinéenne d’un fâcheux précédent qui, s’il n’est pas nécessairement dénoncé, mènera le pays vers des lendemains plus qu’incertains. Nous dirons alors Tout ça pour ça !
Ce n’est pas que l’idée d’un gouvernement d’union nationale soit farfelue en soi, elle n’est même pas à rejeter d’emblée, d’ailleurs le Professeur Alpha Condé se proposait, bien avant le premier tour de l’élection, à former un tel gouvernement s’il était élu. Cependant, poser la question de la formation d’un gouvernement d’union nationale comme une condition tacite de l’acceptation du résultat de l’élection présidentielle par le futur perdant est un dangereux précédent pour la démocratie guinéenne et la preuve d’un amateurisme honteux au sommet de l’Etat.
L’impératif d’une démocratie apaisée et des lendemains post-résultat serein est bien compréhensible, la paix dans le pays est bien le souhait de tous, encore faudrait-il ne pas dénaturer l’enjeu réel de l’élection présidentielle, ne pas retirer sa substance même à notre démocratie. Messieurs les conciliateurs, il nous faudra bien un gagnant et un perdant à l’élection du 24 octobre prochain, le tripatouillage démagogique pour pallier les courroux du futur perdant me laisse de marbre. Soutenir l’inverse ce serait nous convaincre qu’en Guinée il y a un super citoyen qui résisterait à la volonté exprimée du peuple, seul détenteur du pouvoir qu’il confie temporairement à ses représentants.
Obtenir la promesse sinon l’engagement des deux candidats à l’élection présidentielle à former un gouvernement d’union nationale c’est tout simplement méconnaître les règles démocratiques par des raccourcis qui faussent la nécessaire alternance démocratique. Le pouvoir (ou du moins celui qui l’exerce) a besoin de contradicteur, de contrepouvoir, sinon d’un vis-à-vis qui remet son action en cause à l’occasion des futures élections. Ramener le principe des élections à un folklore de cousinage comme pour dire : vous perdez les élections mais vous ne les perdez pas vraiment, c’est futile et enfantin. Les guinéens sont bien capables de reconnaître et d’accepter les réalités du jeu démocratique.
Un gouvernement d’union nationale, même en Guinée, c’est à tout le moins une union pour exécuter un projet de société, même si le vainqueur est par définition celui dont le programme serait appliqué, encore faudrait-il arbitrer les questions d’ego dans l’embrouillamini ambiant généré par l’irresponsabilité sinon l’incompétence du régime des stagiaires.
Un gouvernement d’union nationale (ou de large ouverture) est certes bienvenu par les temps qui courent, mais érigé comme succédané pour consoler un mauvais perdant (tant que la chose est transparente et crédible) n’est autre qu’un chipotage de mauvais goût. Au vainqueur de l’élection du 24 octobre d’orienter son gouvernement selon les prérogatives qu’il tire de la constitution, le peuple des électeurs prendra acte et avisera, mais qu’il soit exclu qu’une sorte de coutume constitutionnelle soit érigée d’ores et déjà en mode de gouvernance sinon de consolation pour les mauvais perdants. Le processus actuel a été suffisamment affaibli en cours de route que pour l’alourdir de nouveau par des pratiques ésotériques qu’il accumule depuis l’avènement de la constitution par ordonnance.
Les administrateurs du régime des stagiaires feraient mieux de trouver solution à la problématique de la présidence de la CENI, plutôt que de jouer à des apprentis conciliateurs.
Il est trop tôt de remercier Sekouba Konaté, son action et son inaction semblent avoir hypothéqué l’avenir démocratique de la Guinée pour plusieurs générations.
Le pays n’est pas gouverné et la culture de la démagogie a encore de beaux jours devant elle.
Titi Sidibé
Analyste et correspondant de www.nlsguinee.com en Belgique
E-mail : sidibetiti@yahoo.fr
Pour www.nlsguinee.com
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