mardi 27 avril 2010
C’est encore parti pour un autre tour, pour un autre cycle……les grèves pour une augmentation des salaires, c’est l’eternel circuit fermé dans lequel la mauvaise gouvernance et la délinquance financière des dirigeants ont plongé le bas peuple et dont l’unique solution qu’offre le gouvernement aboutit à la paupérisation du citoyen. Je m’incline devant la mémoire des victimes de l’accident sur la route de Fria. Que Dieu agrée leurs âmes.
Nous avons dénoncé dans un article publié dans les sites web les décisions populistes et irresponsables du Gouvernement de Jean Mary Dore, décisions relatives à l’augmentation des salaires inflationnistes des fonctionnaires et l’adoption d’un budget irréaliste dans un contexte de crise économique aigue.
Crise économique en ce sens que la production nationale est quasiment inexistante. En dehors des besoins de subsistance satisfaits au niveau local par une production paysanne chaotique et cyclique tout le reste est importé. Même le mais et la farine de poisson qui entrent dans la production des aliments de volailles s’importent aujourd’hui en Guinée pour les quelques dizaines de fermes privées qui survivent par la magie des propriétaires……
Mais plus grave et plus profonde que la crise économique, c’est l’illusion dont sont victimes certains Guinéens. Confortablement installés dans nos croyances plus solides que l’acier, comme un âne lourdement chargé qui suit sans arrêt son maitre qui le montre de temps à autre une carotte qu’il n’aura point, en Guinée on tient pour vrai que l’argent est la solution à tous les problèmes et croyez moi l’actuel premier ministre n’en fait pas exception.
Je me rappelle encore ses différentes allocutions sollicitant une intervention financière de l’occident, exposant du coup sa philosophie de mendiant. Même des candidats très sérieux à la présidence croient comme fer que la solution passe par l’argent, l’espèce sonnante…..ils sillonnent la planète, sollicitent assistance et promettent Mont Nimba au plus généreux, ils mentionnent presque tous et sans arrêt comme des charmeurs de serpents, le FMI, la Banque Mondiale, les aides bi et multilatérales….rare et si peu parmi eux sont ceux la qui savent qu’il n’y a de richesses que d’hommes, que l’argent n’a ni odeur ni frontière, contrairement aux autres ressources naturelles (Eaux, Forets, Or, Diamants, Bauxite…) l’argent se crée par la simple signature d’un banquier! Aussi simple et dégoutant que cela puisse paraitre, telle est pourtant la vérité.
Aucun banquier au monde ne signe par amour ou par pitié, rien d’autre ne garantit la signature de celui-ci que le retour sur investissement. Pour réunir les conditions de signature du banquier, il suffit juste de rendre le pays fréquentable à travers un Etat de droit qui fonde un environnement sain pour les affaires. Nul besoin de prophétie quand l’Etat Guinéen sera mieux fréquentable, Boeing et Airbus rivaliseront dans les différents aéroports Guinéens qui seront construits pour faire face à l’augmentation du trafic.
En attendant aujourd’hui c’est le trop d’argent qui est entrain d’appauvrir le Guinéen moyen ! Oui aussi paradoxal que cela puisse paraitre, c’est bien le trop plein de Francs Guinéens qui cause la misère de la majorité des Guinéens. Trop plein causé par la gourmandise aveugle et ignorante des gouvernants. Trop plein dû aux dépenses improductives telles que les folies de souveraineté, les dépenses inflationnistes pour équiper et entretenir une bande de militaires assassins, trop plein dû à une politique et pratique fiscale affairiste et intéressée, mais surtout aux délibérations du club des petits copains à la BCRG.
L’illusion que l’argent est la prospérité tue plus que le paludisme, car c’est en son nom que les gouvernants s’accrochent au pouvoir, les travailleurs grèvent et descendent dans les rues pour exiger une augmentation des salaires, c’est en son nom que la grande muette à pilonner les 2 et 3 février 1996, c’est en son nom que les hommes de Pivi ont bâillonné des policiers qui en voulaient un peu plus, c’est en son nom que les hommes en robe noire se sont à jamais tus et ne peuvent dire le droit, en son nom les hôpitaux sont devenus des centres d’affaires.
Je dis dans un tel esprit la Guinée est encore dans le puits. Et le budget inflationniste et irresponsable adopté par l’actuel Gouvernement va approfondir le puits, les conséquences commencent déjà à se faire sentir au niveau aussi bien du taux de change que le niveau général des prix. Le franc qui s’échangeait contre le dollar au taux de GNF 4500 contre $1 est aujourd’hui à plus de GNF 6000 avec cette allure le kilogramme de riz importé qui se vendait au tour de GNF 3000 le sera bientôt à GNF 7000……encore le bas peuple ou le non initié comme dit Kassory, va commencer à maudire le commerçant…..alors que l’on laisse en paix ce dernier, car aujourd’hui je vais révéler le secret de nos gouvernants que nul politicien n’ose dénoncer.
Le secret est que : Pour que le politique survive il faut vendre au bas peuple l’illusion d’être chaque jour un peu plus riche. Le fonctionnaire qui était payé à GNF 300 000, reçoit GNF 400 000 ou GNF 600 000 au titre des augmentations de salaires qui s’obtiennent au prix du sang après de longues années, ce fonctionnaire là se croit un peu plus riche aujourd’hui!
Il ne soucie pas de savoir comment est financé l’augmentation de son salaire, qu’elles vont être les conséquences sur le long terme sur son pouvoir d’achat.
Dans un Etat économiquement en faillite, incapable d’initier et de soutenir des projets de développement afin de garantir une production agricole, agro alimentaire et industrielle ne serait ce que pour atteindre l’auto suffisance alimentaire, aucun opposant ne question les actes de destruction massive du Gouvernement. Allons tous et vite aux élections, il faut m’élire président tel est le refrain.
Il aurait été dit il y a de cela des siècles que la politique monétaire aux mains d’hommes scrupules est plus destructive que toute armée.
L’augmentation fantaisiste et irresponsable des salaires accordés par le Gouvernement Dore ainsi que le budget astronomique auront pour conséquence de faire galoper le niveau général des prix dans des proportions plus importantes que l’augmentation des salaires et ainsi le citoyen va finir par se retrouver avec moins de biens et services en terme réels rendant du coup le contenu de la marmite très amère.
Ceci est facile à comprendre, étant donné que l’appareil de production est quasiment inexistant, l’esprit du Guinéen illusionné, crispé et focalisé par les espèces sonnantes, que les réserves en devises ou or de l’Etat ont été dilapidées et inexistantes, la pratique fiscale est corrompue, les recettes minières bénéficiant à un clan mafieux, le gouvernement n’a que deux alternatives pour honorer son engagement :
1. Tendre la main et mendier ou s’endetter (y compris dette intérieure, bons du trésor…) comme l’avait annoncé le premier ministre dans plusieurs de ses allocutions pendant qu’il était dans l’opposition
2. Faire tourner la planche à billet
Toutes ces sources de financement constituent des dettes que le citoyen ordinaire va chèrement payer jusqu’au dernier centime à travers des concessions qui seront accordées aux donateurs ou bailleurs dans le cadre de l’exploitation des seules et vraies ressources (Ressources naturelles) et les prix inflationnistes des biens et services que subira le citoyen.
La différence entre un homme qui s’endette pour vivre et un gouvernement pour financer ses programmes, c’est que l’homme n’a d’autre choix que pour travailler très dure et rembourser sa dette alors que le gouvernement transfère sa dette au citoyen par le phénomène de l’inflation ou les impôts.
Il est souhaitable que nos syndicalistes sortent de leur lutte classique de revendication des salaires pour exiger du gouvernement des actions qui permettent de garantir une discipline et la transparence dans la gestion des affaires publiques.
Par le fait de la mauvaise gouvernance, la gourmandise, l’ignorance et la délinquance financière des dirigeants, le Guinéen qui perçoit un salaire mensuel se retrouve entrain de travailler pour le gouvernement de Dore plus de 7 mois sur 12. Eh oui au moins 7 mois sur 12, c’est le prix qu’il faut payer annuellement pour être salarié en Guinée. Un simple calcul arithmétique permette de démontrer cela :
1. Dépendamment des fourchettes de salaire en moyenne 20% du salaire est taxé par le Gouvernement pour les frais de son incompétence.
2. 23% du salaire va en contribution pour la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (5% employé et 18% employeur, j’observe ici qu’il y a un plafond qui pénalise en fait le moins payé), il faut noter que les 18% revient de droit au travailleur, c’est son argent qu’il ne peut pas recevoir par le fait de la loi. La cotisation sociale à la caisse a souvent servi de frais de voyage des mareyeuses à Rome ou à la Mecque, des Toyota Rav4 qu’un directeur de la CNSS avait semblablement dans la pure ignorance offerte à la famille du défunt président.
3. 18% au titre de la TVA est ‘’perçue’’ par le gouvernement à chaque fois vous effectuez une dépense
4. Et après tout ceci, dépendamment de l’humeur du club des copains à la BCRG, l’inflation que ponde celle-ci consume le salaire au taux mensuel moyen de 6%.
En additionnant toutes ces ponctions que le gouvernement effectue sur le minable salaire du travailleur, vous vous retrouverez à plus de 65% du revenu qui se retrouve dans les poches de nos nouveaux maitres d’esclaves, car en fait c’est de cela il s’agit et rien d’autre.
En d’autres mots en Guinée, il faut travailler au moins 7 mois pour nourrir la bande de militaires assassins, autres hauts responsables délinquants et 5 mois pour s’occuper de la famille. Alors qu’aucun service social de base n’est gratuit en dehors de l’éducation nationale, le citoyen paye jusqu’au dernier centime tous les autres services. Tous les projets sociaux viennent en existence soit sous la forme d’aide extérieure biaisée ou sous la forme d’une dette que le contribuable doit payer. Les routes, le peu d’eau et d’électricité qu’il y a, les services de santé, je dis bien tout se paye espèces sonnantes par le citoyen au prix du marché. On se demande bien ce que cette bande de malhonnête fait avec les ressources qu’elle amasse.
On peut opposer à ce que j’ai dit ici le principe que les travailleurs malades et ou à la retraite perçoivent les contributions de la CNSS. Aller savoir qui bénéficie des cotisations perçues de la CNSS et dans quelle proportion !
Il est plus qu’urgent que les syndicalistes et autres associations s’investissent dans la recherche de nouvelles solutions, de rehausser la réflexion, éduquer les travailleurs et poser des actes et exiger du gouvernement des mesures et actions qui permettent aux travailleurs de jouir pleinement de leurs revenus.
Le syndicaliste doit comprendre que l’augmentation des salaires dans un Etat où l’appareil productif est quasi inexistant conduit à une inflation qui est une forme subtile de taxe et une force destructrice du pouvoir d’achats.
La masse monétaire en Guinée est passée de moins de mille milliards de GNF en 2001 à plus de 6 mille milliards de GNF en 2010 (statistiques de la BCRG), théoriquement cela signifie que le Guinéen est 6 fois plus ‘’riche’’, en réalité il est plus misérable aujourd’hui qu’il ne l’était en 2001 (voir aussi droit de réponse Kassory Fofana ancien ministre des finances).
L’illusion entretenu par les pouvoirs publics que le cash (Salaire) est la solution, voila le problème !
L’une des mesures immédiates pour permettre de sortir du puits, devrait être la transparence et la discipline dans la mise en pratique de la politique monétaire et fiscale et la reforme de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale. Les mesures sur le long terme étant bien entendu la relance et la dynamisation de la production nationale.
L’idée de Robin des Bois « Prendre chez le riche pour donner au pauvre » a fini par rendre le pauvre plus misérable en Guinée. C’est pourtant cette idée qui a rendu l’impôt très populaire, mais aujourd’hui, avec la pratique en Guinée, on prend avec le pauvre pour donner au riche.
Car la pratique fiscale est telle qu’en Guinée c’est le pauvre qui paye l’impôt. Je m’explique, le pauvre salarié travaille dur tout le mois, il gagne son salaire, avant de le recevoir, par la retenue à la source, le gouvernement ponctionne sa part pour ses frais d’incompétence.
Ce pendant les membres du Gouvernement responsable de cette misère générale sont exonérés de tout et ont des indemnités pour couvrir leur ignorance, les riches ou propriétaires d’entreprises et complices des gouvernants ne payent l’impôt qu’une fois en fin d’année après avoir effectué toutes sorte de dépenses et avec la bénédiction des audits et des services des impôts, ils gonflent à volonté leur compte de résultat et parfois se retrouvent avec de pertes construites qui leur donnent droit à des crédits d’impôts.
Le tour est joué, le riche continue d’être riche, le politique son complice survive en marchant d’illusion, le pauvre dans son rêve comme l’âne poursuit la carotte et le fosse entre eux devient chaque un peu plus grand.
Il faut absolument reformer la CNSS ! Sur 30 ans de service, le travailleur verse l’équivalent de 7 ans de l’intégralité du salaire à cette bande d’affairistes. Imaginez l’équivalent de 7 ans cotisations du travailleur bloquées dans un compte rémunéré à un taux composé rémunérateur pendant 30 ans ce que cela reporterait au travailleur au seuil de sa retraite ! Imaginez un seul instant ce dépôt investit dans le logement, du coup ca règle un des problèmes clés qui poussent la majorité des commis de l’Etat à la corruption pour se trouver un toit avant d’être débarqué.
Ce dépôt grandirait suffisamment pour lui permettre de vivre dignement et décemment des dividendes. Je ne suggère pas de fermer la CNSS dans le court terme, mais la reformer pour qu’elle fructifie la contribution des travailleurs et paye des intérêts et ou dividendes à ceux-ci au moins.
Si elle ne peut assurer ce service minimum, alors que les cotisations des travailleurs soient gérées par des entreprises à but lucratif, dans lesquelles l’Etat aurait une participation pour assurer que les travailleurs recevront leurs dividendes et s’il le faut leur capital au terme du contrat de cotisation.
Je fonde mon espoir que le travail qui se fait au niveau du CNT et le désintéressement politique du General Sekouba aboutiront à l’établissement d’institutions républiques solides qui vont libérer les mentalités en Guinée, pour qu’enfin l’on comprenne tous qu’il n’y a de richesses que d’hommes. Que seule la valorisation de l’homme à travers le savoir dans un environnement débarrassé de toute forme d’injustice peut garantir la prospérité.
En Juin mon vote ira au candidat qui va promettre de rendre aux travailleurs leur liberté en assurant qu’ils ne travailleront pas plus de 2 mois pour le gouvernement.
Bocoum Ibrahima , Kampala
E-mail : ibocoum@gmail.com>
Pour www.nlsguinee.com
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