mardi 27 avril 2010
Drôle de démocratie que cette fièvre qui s’est emparée de la Guinée, maintenant que nous nous sommes débarrassé de Dadis, tout le monde veut aller vite, vite comme si la démocratie prenait la fuite. La date fatidique du 27 juin semble nourrir tous les espoirs, mais si nous n’y prenons garde ces élections que nous appelons de tout notre patriotisme risquent de nous perdre.
De toute évidence, le consensualisme guinéen semble avoir choisi la démocratie du pouvoir en lieu et place du pouvoir de la démocratie, pour faire simple nous avons choisi de donner la Guinée à un président plutôt que de donner un président à la Guinée. Cela revient à dire que la Guinée se prépare à construire, et c’est dommage après tout le tralala démagogique, une démocratie bancale émaillée d’institutions illégales fondées sur une constitution somme toute illégale.
Etrange période de transition où tous les acteurs semblent illuminés par un tour de magie qui surplombe la volonté du peuple, quel peuple ? Les victimes du 28 septembre ou celles des 52 années de trahison. Il paraît que les politiques guinéens sont des intellectuels issus des meilleures écoles du monde ; foutaises, bêtises et carabistouilles ! Si cela était un tant soit peu avéré, ils ne se précipiteraient pas à courir après des élections dont l’illégalité (même virtuelle) crève la conscience. En effet, comment rester tranquille, et ce n’est point un travail de juriste, quand vous avez une constitution « fabriquée » par le fan club de Rabiatou Serah Diallo (ce n’est pas bien grave) et soumis pour signature (promulgation) ayant valeur d’ordonnance. Tout l’arsenal juridique guinéen sera fondé sur l’acte d’un président illégalement installé, mais légitimement toléré par la majorité des guinéens. Enfin, ce n’est pas sérieux. Bien que nous soyons en 2010, le pouvoir est toujours « présumé » émaner du peuple, reste à savoir si de la légitimité du pouvoir de Sekouba Konaté nous pouvons conclure à la légalité de ses actes au point de lui reconnaître le pouvoir de « promulguer » la constitution des guinéens présents et à venir. A mon sens, c’est faire jouer un mauvais rôle par un bon acteur.
Sekouba Konaté est bien un bon joueur, trop bon joueur pour être crû sur parole ! Récapitulons : Acte I : La France et les Etats-Unis conviennent de déposer Dadis au Burkina, sans tarder ils nous sortent du chapeau de Blaise Compaoré un accord que les forces vives ont vraiment osé appeler « accords de Ouagadougou ». Acte II : le pouvoir est partagé entre les « bonnes victimes du 28 septembre » (membres du gouvernement, membres du cabinet présidentiel, membres du CNT de Tantie Rabie). L’acte III est plus difficile à faire passer, une constitution qui n’aura pas plus de valeurs que les décrets fantaisistes de l’autre illuminé président, j’ai nommé Dadis Camara.
A ceux qui continuent de nous amuser de la nécessité de voter ce 27 juin sur base d’une constitution consensuelle rendue contraignante par « ordonnance présidentielle », il faut rappeler le danger d’un raccourci pris avec la loi, les petits arrangements entre amis ont plus de valeurs que les ententes contre la loi. Le danger d’un régime instable puisque illégal pourraient nous mener à des lendemains qui déchantent. Imaginez un seul instant que des énergumènes comme Dadis, ou d’autres encore plus frustrés d’être débarqués de la table au festin, viennent à contester les nouvelles autorités issues de la constitution ordonnée par Konaté. Que leurs contestations s’expriment par les armes ou par des moyens moins bruyants, nul ne saura leur opposer avec sérieux une quelconque légalité des institutions en place. Les arrangements avec loi au mépris des formes minimales requises conduisent à de la gêne qui va à l’encontre de la sécurité juridique.
Votons le 27 juin 2010, mais votons bien, pourquoi pas un REFERENDUM sur la nouvelle constitution guinéenne. Quel que soit l’empressement de la centaine de présidentiables, tous biens nés par ailleurs, la Guinée vaut plus que leurs seuls intérêts égoïstes.
Les faiseurs de réputation racontent que Sekouba Konaté est bon élève, cela est d’autant plus vrai que quand il lit les longs et enflammés discours de Tibou Kamara, l’on sent la plume écartelée. Puisqu’il est bon vivant, pressé de quitter le pouvoir, si cela est vrai, qu’il nous épargne les turpitudes d’une constitution bancale concoctée pour les soins d’une génération de politiques en voie dépassement. Qui peut le plus peut certainement le moins, un REFERENDUM populaire le 27 juin, des élections présidentielles et législatives ensuite, cela est possible, cela est légal et cela est sain pour une démocratie guinéenne pérenne sans complexe.
Titi Sidibé
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com en Belgique
E-mail : sidibetiti@yahoo.fr
Pour www.nlsguinee.com
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