vendredi 17 juillet 2009
Le capitaine Moussa Dadis Camara, président de la milice, chef de la junte, président des preneurs d’otage, commandant en chef des forces de diversion et (par ailleurs) père de la nation (selon Madame Rabiatou Serah Diallo), avait promis d’apporter aux guinéens démocratie et développement, par les temps qui courent le pire est à craindre.
Le peuple de Guinée s’en voudrait presque d’avoir accordé le bénéfice du doute à ce mystérieux et mystique capitaine qui avait osé le regarder dans les yeux pour lui dire : Je suis du bas peuple, je ne trahirai pas mon pays, je n’ai pas besoin d’être glorifié, je vais rendre le pouvoir au peuple. Bref il rêvait de donner aux Guinéens ce qu’Amadou Toumany Touré réalisa au Mali, début des années 1990.
C’est très tôt que ce même peuple apprît à ses dépens que le capitaine n’avait que des talents d’acteurs de théâtre, capable de monologuer des heures durant, offrant au bas peuple de la démagogie à la place de la démocratie. Très tôt encore la démocratie selon Dadis se travestit en culte de la personnalité et cela non sans une aide précieuse de l’institution de la mamaya, formée par les « patriotes-collabos ». Le capitaine Dadis qui s’était présenté au peuple de Guinée dans ses petits souliers de citoyen avait fini par tout confondre, c’est ainsi qu’il se laissa distraire par les faiseurs de roi disséminés dans tous les compartiments du pays : les mouvements de soutien (engraissés par les gouverneurs dont le plus virulent reste l’ancien patron des maquis de Conakry) sortirent de terre comme par magie, Dadis par-ci, Dadis par-là ; des mouvements de jeunes savamment huilés vinrent grossir le phénomène Dadis.
Faute de s’être demandé de quoi Dadis était capable, le peuple de Guinée apprend jour après jour l’immensité de l’incapacité du capitaine à mener la transition guinéenne : délires mégalomaniaques, nominations fantaisistes, postures tribales et hommages populistes constituèrent enfin les expressions de cette rapide désillusion.
Se rendant compte du précipice placé devant lui, le bas peuple de Guinée bouda les Dadishows où le cirque judiciaire d’un homme complexé par son ignorance de l’appareil d’Etat. En réalité Dadis ne mériterait guère le titre de chef de quartier.
Face à l’inexorable déception des guinéens, Dadis et ses porteurs de treillis ont refusé de réfléchir (cela peut être pénible), désormais l’outil de gouvernance sera incarné par la diversion avec pour maître de cérémonie le sous-capitaine Kabinet Komara.
On ne parlera plus de la Guinée, mais de Dadis, on ne parlera plus d’élections mais d’eau et d’électricité, il ne s’agira plus d’élection mais de concertation, il ne s’agira plus de partis politiques mais du CNDD.
Des projets bidons montés au vu et au su de tous se révélèrent pus sérieux que la farce à Dadis, l’on se rendra compte que (en temps de crise) l’économie c’est du sérieux, que la justice parcellaire et partiale ne suffisait pas à asseoir la confiance du peuple, que les liasses de devises ne faisaient pas taire tous les guinéens et qu’enfin la RTG et ses journalistes-militants étaient impuissants à bourrer tous les cerveaux.
C’est alors qu’un prix sortis des entrailles de l’UNESCO Guinée tomba à pic sur le capitaine au nom d’une lutte contre un fléau dont lui-même n’est pas totalement émancipé. La confusion entre transition et régime tribal ne fit plus aucun doute, l’on rangea les appareils de recensement et la bonne volonté naguère affichée d’organiser des élections libres et transparentes. Dadis passa son temps à chanter qu’il allait organiser des élections en décembre 2009, mais pendant ce temps il s’occupait de tout autre chose : creuser des forages, distribuer de l’argent, intimider les insoumis, organiser des mamaya et regarder la Guinée sombrer dans la nullité absolue de sa lamentable équipe gouvernementale.
La diversion sentant le roussi, l’équipe du président autoproclamé passa à la vitesse supérieure : « la distraction », il inventa le concept de rébellion. Mais qui conseille Dadis ?
Il faut dire que le capitaine s’est fait entourer de 22 conseillers pour arriver au résultat que voici, que voilà : tenez, alors même que le CNDD bénéficie d’un soutien somme toute relatif du Liberia, de la Sierra Leone, de la Guinée-Bissao et d’un soutien plus franc du Sénégal (du président Abdoulaye Wade) l’on accuse ces pays d’abriter des rebelles qui seraient prêts à attaquer la Guinée. Les hommes du capitaine ont perdu la tête et le capitaine a perdu la boussole, c’est pourquoi il s’est tiré une balle dans les pieds, il a renforcé son isolement dans la sous région au nom d’une stratégie bidon. La meilleure réaction à cette scène de distraction est venue du président sénégalais, Me Abdoulaye Wade : « ce sont affirmations erronées, moi je ne réponds pas à ça… ». La tentative ultime d’évitement du CNDD est tombée à l’eau, nul ne croit en la possibilité d’une attaque rebelle contre la Guinée, nul ne croit non plus en la capacité du capitaine Moussa Dadis Camara à mener le pays à la démocratie, mais tous croient qu’il nous mène tout droit vers le désastre.
Vous avez aimé Lansana Conté, vous allez adorer Moussa Dadis Camara
Titi Sidibé
Analyste et correspondant de www.nlsguinee.com en Belgique
E-mail : sidibetiti@yahoo.fr
Pour www.nlsguinee.com