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Analyses
    Guinée : L’origine Probable de la dictature


     jeudi 11 juin 2009   

    Une contribution de Titi Sidibé
    Bruxelles, le 11 juin 2009

    Il existerait d’innombrables explications à l’origine des dictatures en général et de celle de Guinée, en particulier. Le plus souvent, les politologues ont recours à des paradigmes historiques, anthropologiques, sociologiques voire de rapport de force liés au monopole sur les outils de la répression, ces critères ont la particularité d’être concrets et moins sujets à la spéculation. Mais il est une explication de type « légende des pays du sud » née de mon imagination, mais c’est tellement banal, qu’à la fin du récit, je ne serais plus le seul à avoir eu cette idée farfelue, hélas, «conception n’est pas réalisation ».

    Voici selon la légende, l’origine de l’insoutenable et récente décadence de la chose politique en Guinée, mais bien avant une mise en perspective s’impose : je fais le vœu qu’après avoir lu ce récit, le lecteur averti ne s’étonne plus de voir le soldat Dadis en transe, tenant des propos délirants et s’estimant prophète d’un troupeau qui ne croit plus à ses divagations patriotiques. Faute d’avoir des explications rationnelles à la schizophrénie qui sévit à la tête de l’Etat, invitation est faite à tous de se laisser aller un instant, le temps d’une légende pas si folle que ça.

    Voici mon histoire :

    Il était une fois, un lointain pays perdu à des millions de kilomètres de la planète terre, doté d’un sol et d’un sous-sol des plus riches de cette autre planète que notre terre, avec une population qui avait une propension à la naïveté et un fort penchant pour la soumission à tout et à n’importe quoi. Il régnait une relative paix dans cet Etat rural de quelques millions d’habitants, le territoire subdivisé en quelques petites royautés disposait d’un pouvoir central quelque peu chancelant mais assez structurée que pour arbitrer les différents intérêts en présence.

    Un jour dans une des multiples forêts de ce lointain pays, un homme quelque peu marginal y rôdait, chemin faisant il fut saisi par une lutte acharnée entre deux immenses lions. L’homme de nature très ordinaire prit peur, il voulut s’en fuir mais eu la sage idée de rester immobile de peur d’alerter les lions, ce qui aurait causé sa perte. Alors notre rôdeur se cacha derrière un arbuste et se mit à observer le combat des deux lions. La violence des blessures que les félins se firent infligées étaient telle que tous les deux carnivores succombèrent, l’une d’abord, l’autre ensuite, à leurs blessures.
    Le promeneur s’étant assuré que les lions étaient bien morts, se mit illico à les dépecer, et à se régaler de viande crue de lion. Faut-il préciser que cet événement faisait suite à une succession de saisons où les récoltes avaient été mauvaises, de sorte que tous ne mangeaient pas à leur faim. Ainsi dans son entreprise de remplissage de panse, le rôdeur fut tout maculé de sang, à le voir l’on aurait dit qu’il avait lui-même pris part au combat des félins.
    C’est ainsi que de retour de champs, un groupe de propriétaires terriens accompagnés de leurs paysans découvrirent le marginal acharné sur les carcasses de lions dont il avait réussi à découper une bonne partie.
    Les seigneurs locaux et leurs hommes qui formèrent le peuple de ce terroir crièrent au miracle : Cet homme à abattu à lui seul deux lions, nous avons enfin un élu, un envoyé de Dieu qui nous sauvera de la faim… L’homme ordinaire sans charisme particulier tenta de dire quelque chose, de raconter ce qu’il venait de vivre, mais l’euphorie était tel que certains jugèrent enfin plus approprié de laisser rêver le peuple en des temps si difficiles. Ainsi en très peu de temps, les habitants des autres peuples du pays furent avertis de l’exploit de l’homme le plus fort du pays, tous y atterrirent et l’on fit illico des offrandes à celui que d’aucuns appelèrent dieu, d’autres lui accordèrent le titre de Roi, de chef suprême, de seigneurs parmi les seigneurs.

    Ainsi se réunirent les sages du pays pour administrer au chef suprême l’onction bénite du chef des chefs, du père de la nation. Nul doute au miracle de l’homme prodige ne fut permis, ceux qui osèrent exprimer quelques soupçons furent mis au arrêt sinon assassinés par ou sous l’ordre du premier cercle autour du pouvoir naissant. A vrai dire l’observateur du combat des lions avait, un instant daigné raconter la vraie version des faits à ses désormais plus proches lieutenants, mais ceux-ci préférèrent et imposèrent la version qui allait tenir le peuple en haleine, celle-là même qui allait fonder la légitimité du pouvoir naissant. Dieu a choisi, Dieu ne fait pas le mal et l’on ne peut contester la parole de Dieu, sinon que se soumettre. Se soumettre au chef, c’est donc se soumettre à Dieu. Ainsi naquît au « Pays des deux lions » un régime aux élans mystiques et irrationnels, démagogique et propagandiste.

    Ainsi fut-il décidé que « Le Gardien du Temple » (titre officiel attribué au nouveau chef) avait tous les pouvoirs sur le peuple : qu’il avait droit de vie et de mort sur tous les sujets, qu’il recevrait les allégeances de tous les chefs locaux, rendrait la justice, battrait monnaie et lèverait l’impôt et qu’il disposerait du droit de bannissement…

    Il s’ensuit ainsi dans ce lointain pays, une des formes les plus absurdes de la domination du peuple par un marginal qui se plût à soumettre son peuple au plus vil et au plus ridicule de ses délires. Ainsi, aussi, fut-il décidé que tous les sujets du temple viendraient rendre compte de leurs rêves au gardien du temple afin que celui-ci puisse y déceler quelques complots (Voy. I. Kadaré, in Le palais des rêves).
    En échange de cet asservissement, il avait été tacitement entendu que « le Gardien du Temple » apporterait le bonheur à chacun de ses sujets, qu’il fournirait l’eau jusqu’aux organes de ceux-ci, qu’il apporterait également de la lumière à leurs sombres cœurs. S’en suivirent famine, maladie, dégradation des équilibres ancestraux et autres crimes qui décimèrent à coup sûr le vaillant peuple du pays lointain.

    En réalité le gardien du temple n’avait cependant pas grandi aux yeux de ceux qui connaissaient la vraie histoire du Pays des Deux Lions (il en avait le complexe), le drame fut que ces derniers furent les complices de la tragédie d’un peuple dont ils étaient, eux aussi, les fils.

    Albert Einstein : "Le monde est dangereux à vivre. Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. "

    Titi Sidibé
    Analyste et correspondant de www.nlsguinee.com en Belgique
    E-mail : sidibetiti@yahoo.fr
    Pour www.nlsguinee.com


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