mardi 27 janvier 2009
Un peu plus d’un mois après la disparition du Général Lansana Conté et le coup d’Etat sans effusion de sang salué tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, la page Conté est en train d’être définitivement tournée.
Le changement, qui est largement positif, comporte des aspects négatifs. Et pour cause, chacun fait tout et n’importe quoi. Les nouveaux maîtres du pays mettent à nu leur manque d’expérience dans tel ou tel autre domaine. La publication des sommes faramineuses que certaines personnes devraient à l’Etat ainsi que la couverture médiatique de certains événements en sont une des illustrations.
Les nouveaux responsables, y compris le Premier ministre civil et censé jouer les modérateurs, ne mâchent pas leurs mots. C’est ainsi qu’aux sorties d’une réunion entre les membres du gouvernement et le chef de l’Etat, Kabiné Komara a déclaré que « tout le monde va cracher ce qu’il a volé ».
Dans la foulée, le camp Alpha Yaya Diallo, siège de la présidence de la République, est devenu le lieu le plus fréquenté du pays. Tout le monde s’y rend. De la plus grande à la plus petite affaire, les différends et/ou autres conflits sont étalés sur la place publique dans cette caserne.
Deux anciens ministres sont déjà passés devant le comité des audits. Il s’agit de celui de la jeunesse et des sports et celui de l’Economie et des Finances. Le premier a essayé de justifier les dépenses qu’il a effectuées pour la participation de la Guinée à la Coupe d’Afrique des Nations de football, le second quant à lui, s’est évertué à dénoncer certaines personnes qui seraient impliquées dans des malversations financières à l’occasion du cinquantenaire.
Le comité d’audit et de la gestion des secteurs stratégiques siège dans ce camp. C’est donc là que les présumés débiteurs à l’Etat sont reçus, auditionnés ou tout simplement interrogés. Ils arrivent en ces lieux comme l’agneau que le conduit à l’abattoir. La plupart d’entre eux n’avaient jamais mis les pieds dans un camp militaire.
Avec la publication de leurs noms et les montants qu’ils sont censés devoir à l’Etat, ces personnes sont aujourd’hui très mal perçues par l’opinion nationale. Même s’il s’avère qu’ils ne doivent rien ou pas grand-chose au terme des fameux audits, ces hommes d’affaires ne seront pas blanchis dans la mémoire collective. C’est pourquoi nombre d’observateurs déplorent et désapprouvent la méthode employée. Même si, il faut le dire sans aucune ambiguïté, tous les Guinéens et leurs partenaires souhaitent que les audits aillent jusqu’au bout et que tous ceux qui doivent à l’Etat mettent la main à la poche avant de répondre de leurs actes devant les tribunaux. Des tribunaux qui, cette fois-ci, feront preuve d’indépendance.
Pendant ces temps le changement est perceptible partout. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, l’opulence a vite changé de camp. Les grosses 4*4 teintée et climatisées ont changé de propriétaires. Les anciens ministres ont repris leurs anciens véhicules personnels. Déjà avant la nomination de nouveaux ministres, les militaires avaient saisi la plupart des voitures de fonction des anciens ministres. Ceux parmi eux qui ont eu la chance de mettre une voiture à l’abri ne peuvent pas pour l’instant se promener dans ces voitures.
Ironie de l’histoire, il n’est pas souhaitable d’être dans une belle voiture et bien vêtu surtout lorsque vous devez sortir de Conakry aujourd’hui. Les grosses cylindrées sont passées au peigne fin pour voir si elles ne contiennent pas d’argent que le propriétaire sortirait de la capitale ou du pays. Dans les tristement célèbres barrages du KM où par le passé c’étaient les pauvres transporteurs qui faisaient les frais, aujourd’hui ce sont les hommes d’affaires et les anciens dignitaires qui constituent la proie des hommes en uniforme. Un soldat, tout en demandant au journaliste de ne pas les « vendre », nous a déclaré cet après-midi qu’ils ont reçu l’ordre de ne laisser passer aucun ancien responsable à ce barrage. Sur la route du nord, vers Boké, des agents sont postés plus loin après le barrage histoire de démasquer d’éventuels voyageurs qui, arrivés au barrage, passeraient à pied pour échapper au contrôle.
Autre aspect qui indique le changement, plus aucun agent n’est posté au niveau des ponts menant à Dubréka. Du vivant du Général Conté, cette route était rigoureusement surveillée par des policiers tout le long pour protéger le président qui, lorsqu’il pouvait, était régulièrement entre Moussaya et Conakry.
De même le camp Almamy Samory Touré récent durement le sevrage. Autrefois véritable palais présidentiel, aujourd’hui cette caserne est désertée. A l’opposé, le camp Alpha Yaya rejette du monde.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com
Pour www.nlsguinee.com