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Analyses
    Guinée : Quelles conséquences de la crise financière pour la Guinée et les économies des pays les moins avancés (PMA) ?


     lundi 20 octobre 2008   

    Les conséquences probables de la crise financière actuellement en cours, sur les économies africaines en général et celles des PMA comme la Guinée en particulier, seront importantes à moyen et long terme via la baisse des revenus due à celle de l’aide publique au développement (APD), des investissements directs étrangers (IDE), des transferts des migrants ainsi que l’augmentation du stock et du service de la dette extérieure, etc. Concernant ce dernier point, la Guinée, avec un service de la dette (partie échue du principal, plus les intérêts) de 208,1 millions de dollars en 2006, soit une augmentation de 55% en quatre (4) ans par rapport à 2002 (134,2 millions de dollars), nos autorités doivent faire plus que jamais attention dans la gestion des finances publiques afin de ne pas mettre en danger et dans l’insécurité totale, des millions de vies déjà fragilisées par des conséquences durables de mauvais choix économiques.

    Dans cette configuration, analysons d’abord la particularité des PMA comme la Guinée dans l’économie internationale. En effet, les PMA constituent une catégorie spécifique des pays en développement (PVD) car ils ont des PIB par tête les plus faibles, en moyenne 590 dollars par année. Autrement dit, il s’agit des « plus pauvres » parmi les pays pauvres de la planète. Ils n’ont pas accès aux marchés financiers pour le financement de leur développement car n’offrant pas assez de garanties ; ils ont des économies les plus fragiles et les plus exposées aux chocs exogènes dus aux crises internationales par manque de boucliers et d’institutions économiques et financières solides. Cela fait que ces pays sont des « clients » naturels de la Banque mondiale, du FMI et du Club de Paris. Au nombre de 21 dans les années 1970, ils sont à ce jour 50 dans le monde dont 38 en Afrique Subsaharienne.

    Comment la crise va-t-elle affecter la Guinée et les autres PMA ?

    Au-delà des conséquences directes de cette crise sur des pays africains ayant des marchés financiers développés et très connectés à ceux occidentaux comme l’Afrique du Sud, l’Egypte, le Nigeria et les pays du Maghreb (Maroc, Algérie, etc.), le reste des économies africaines sera touché de manière différente selon leurs niveaux de croissance et leurs modes principaux de financement du développement.

    Ainsi, les pays à revenu intermédiaire comme le Botswana, le Ghana qui ont fourni des efforts gigantesques pour attirer les investisseurs étrangers, risquent de voir leurs sacrifices anéantis par la contraction des IDE. Ce manque à gagner en termes d’emplois, de devises étrangères additionnelles, de transferts de technologies et de croissance économique constituera une difficulté supplémentaire pour ces pays. Enfin, il est important de souligner que les IDE constituent la première source de financement du développement des PVD avec 316 milliards de dollars en 2006 dont à peine 1,9% captés par les pays africains. Ce flux va baisser car la crise de liquidité au niveau international rend les conditions d’accès aux crédits très difficiles pour les entreprises multinationales.

    Quant aux pays comme la Guinée, ils risquent de voir diminuer sérieusement le niveau de l’aide publique au développement, celui du fonds européen de développement (FED), des soutiens budgétaires pour financer des déficits jumeaux (déficit public plus déficit commercial) et les dons. Ainsi, les secteurs sociaux comme la santé, l’éducation et la lutte contre le chômage seront les premiers touchés par la récession due aux conséquences de la crise. En effet, dans les conditions normales, les pays développés ont du mal à respecter leurs engagements en matière de l’aide au développement (0,7% de leur RNB), avec la crise financière et les énormes dépenses pour sauver leurs systèmes financiers, les coupures budgétaires toucheront en premier lieu les flux en direction des PMA et des PVD. La situation sera d’autant plus difficile en Guinée, que le pays n’a pas accès aux marchés financiers et que l’apport financier des pays arabes est limité. Aussi, il faut craindre dans notre pays, dans les mois à venir, une utilisation abusive de la planche à billets due à la baisse de l’aide et des IDE. De plus, on doit s’attendre à moyen terme, à une détérioration de la valeur du franc guinéen due à une baisse des réserves de change de la Banque centrale ainsi qu’une inflation galopante (car les prix vont s’affoler) avec des conséquences sur le pouvoir d’achat déjà très faible des guinéens.

    Par ailleurs, cette crise risque d’accentuer la dégradation des termes de l’échange sur les marchés des matières premières. Ainsi, il faut probablement s’attendre à la baisse du prix de nos matières premières dont la bauxite (à l’exception cependant de celui de l’or et des autres valeurs refuges pour l’instant) car la crise de liquidité fait que les spéculateurs internationaux ont liquidé leurs positions et, se faisant, baisse de la demande à offre constante, donc baisse des prix. Cette tendance baissière pourra se renforcer avec la baisse de la valeur du dollar sur les marchés de change. A ce niveau, nos voisins de la zone CFA tels que le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Mali seront plus durement touchés car ils vont produire dans une monnaie plus forte à cause de l’interconnexion du CFA à l’euro et vendront dans une monnaie relativement faible. Toutefois, on peut encore compter sur la boulimie en matières premières des économies des pays comme la Chine et d’autres pays émergents pour soutenir la demande et donc les prix des matières premières.

    A l’instar des autres pays africains et en développement, la Guinée risque également de souffrir d’une baisse des flux de transferts de migrants ; transferts de migrants dont le montant représentait presque le double de l’aide au développement en 2006, soit 206 milliards de dollars. Ainsi, si la crise se poursuit et que la récession se confirme d’avantage dans les pays développés, la destruction d’emplois (chômage) pourrait toucher fortement les migrants sans qualification, mais qui envoient régulièrement des fonds dans leurs pays pour soutenir les familles.

    Les inquiétudes restent encore car il semble que ce soit la même situation que dans les années 1970-1980, lors du premier choc pétrolier en 1973 puis du second en 1979. A la suite d’un retournement de la conjoncture, les taux d’intérêts ont grimpé, faisant ainsi exploser la dette des pays en développement, qui sont les plus dépendants au crédit. A ce niveau, si la Fed (réserve fédérale américaine) devait à moyen terme relever son taux directeur, cela pourrait encore accroître l’endettement des PVD et des PMA mais surtout le service de la dette qui constitue une part conséquente des budgets nationaux.

    Enfin, cette crise est tout de même une opportunité pour la Guinée, l’Afrique et pour tous les PVD de faire entendre leur voix. C’est une occasion historique de refonder leurs relations avec les institutions financières internationales (IFI). Faisant valoir qu’il y a deux poids deux mesures : lorsque l’Afrique était en proie aux crises financières au début des années 1980, le FMI et la Banque mondiale expliquaient via les PAS, qu’il ne fallait pas que l’Etat intervienne, que lorsqu’une entreprise était en faillite, c’était parce qu’elle était mal gérée. Aujourd’hui, les USA et l’Europe nationalisent sans que le FMI y trouve le moindre inconvénient. De plus, la deuxième leçon pour la Guinée et l’Afrique serait de comprendre qu’en temps de crise, les efforts d’un seul pays, de surcroît isolé, sont insignifiants. Cela doit accélérer le processus l’intégration économique et financière sous-régionale et régionale.

    Badara Dioubaté
    Dr. en économie internationale et du développement
    Université de Reims, CERAS-OMI-LAME
    E-mail : badara.dioubate@univ-reims.fr
    Pour www.nlsguinee.com


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