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Analyses
Guinée : Qu’est-ce qui a mal tourné en Guinée ?

 08 août 2005  

Quand la Guinée, a massivement et dans l’unité nationale vota oui à son indépendance le 28 Septembre 1958, aucun guinéen ne pouvait prédire ou soupçonner que près de 50 ans plus tard, le pays serait dans l’état piteux où il se trouve à présent.

Par son geste éloquent, la Guinée des années 1958, marqua de façon indélébile sa vocation à la liberté, à l’intégrité culturelle et mentale, et assura d’emblée sa place dans la famille des nations.

Le pays prouva devant la face du monde entier que la résistance à l’oppression constituait et demeure encore un droit inaliénable de tout être humain. Le 2 Octobre 1958 fut un tournant déterminant dans la vie des hommes et des femmes en qui languissaient partout en Afrique sous le joug de l’esclavage et du colonialisme.

La Guinée fut ainsi un phare et une inspiration pour la plus part des pays Africains, vers lequel certains regardent en soupirant et d’autres en mugissant. La Guinée fut alors vue comme un défi Africain, un phare qui, même dans ses déboires de pionnier, continuait à inspirer les peuples opprimés de l’Afrique et ailleurs.

Alors, nous devons nous implorer pourquoi les Guinéens continuent-ils de se comporter de façon contraire à leur destinée, inconscients de cet héritage, oublieux de leur responsabilité et de leurs potentiels d’architectes ?

Pourquoi nos leaders au début de l’indépendance et ceux d’aujourd’hui se sont-ils laissés aveuglés au point que la Guinée a raté tous ses rendez-vous, ses prédictions et, aujourd’hui, et se trouve à la appendice des nations?

Qu’est-ce qui a mal tourné ?

Pourquoi sommes-nous devenus incapables de nous entendre et élaborer des priorités pour reconstruire notre patrimoine national au mérite de nos potentialités économiques et culturelles, base véritable de tout développement et de toute prospérité économique?

Pourquoi devons-nous assister impuissants à la désagrégation de ce pays, si cher à nous tous qui y avons vu le jour, et à tous ceux de l’univers africain, qui aspirent à la dignité, la solidarité, et l’intégrité de la personne humaine ?

Autant de questions dont les réponses se trouvent tour à tour dans l’oubli de notre histoire aux racines millénaires.

Donc, dans le présent contexte international, nous devons nous questionner sur la route à prendre pour nous assurer une existence décente et une ère de dignité.

Nous devons d’abord nous demander pourquoi nous contentons-nous de faire partie d’une minorité de 20%?

Pourquoi les 80% de la nation continuent t-ils à croupir dans l’analphabétisme, la désuétude, la misère et ce, de façon croissante depuis près de 50 ans?

Sur quelle planète vivons alors ?

Une chose est au moins claire : la persistance de l’impunité sous toutes ses formes, de l’injustice caractérisée, bref de la mal gouvernance ne peuvent mener que vers le chaos. Il est donc temps, grand temps que l’armée Guinéenne, une institution républicaine, à l’image de l’armée Mauritanienne, mette de l’ordre dans la maison pour l’intérêt de tous les Guinéens et Guinéennes.

Nous devons commencer par comprendre qu’il n’y a pas de gloire quand une minorité triomphe et que la majorité périsse. Quelque grand que soit un Guinéen ou une Guinéenne, quels que soient ses succès à l’étranger—et il y a des compatriotes qui occupent des postes d’envergure à l’étranger—il reste entaché par le drame de son pays.

Cela ne veut pas dire que nous devons cesser d’être fiers d’être Guinéens, au contraire, c’est pour nous tous, un rare privilège que de ressortir d’une lignée d’une nation dont les exploits faisaient l’objet d’admiration et le respect à travers le monde dans les années 1960.
Mais il est clair que nul d’entre nous peut faire route tout seul, et la responsabilité est à nous de participer au maintien de notre identité et patrimoine national, base fondamentale de la réhabilitation de notre pays et de tout développement durable.

Au premier chef, il nous faut reconnaître que nous, intellectuels Guinéens, avons une tête bien pleine, mais mal faite. Nous avons reçu une éducation truquée qui nous a affaiblie et que nous continuons à reproduire de génération en génération. De là sortent tous les problèmes de notre vie nationale.
Général Lansana Conte et son gouvernement sont totalement dissociés des réalités de notre pays, d’ailleurs pour Général Lansana Conte, la misère en Guinée n’est qu’une vue de l’esprit des ennemis du pays qui s’acharnent à ternir l’image de la Guinée.

Alors, l’on peut se demander avec raison comment développer un pays dont on ignore la réalité la plus élémentaire soit intentionnellement ou involontairement ?

Si jamais nous espérons sortir de ce trou où nous sommes, nous devons reprendre en main notre éducation et celle de nos enfants, car c’est à l’opprimé d’endosser la charge de sa propre libération. Nous devons d’abord commencer par nous relier à la Guinée, à ses valeurs positives, son humanisme, et son humanocentrisme. Il nous faut récupérer et revaloriser nos valeurs ancestrales et affirmer notre identité physique, mentale et spirituelle. Nous, intellectuels Guinéens, devons refaire notre éducation afin de reprendre notre cap mental et nous élever à la hauteur des nos ancêtres.

Nous devons aussi refaire les règles de la théorie politique, car la Guinée relève d’une situation particulière, qui exige une réévaluation des notions occidentales du jeu politique. Cela veut dire que les partis politiques Guinéens, dans le présent contexte, ont atteint leurs bouts de souffle. Le but ultime d’un parti politique ne veut pas dire forcement la prise du pouvoir mais d’œuvrer à la construction d’un climat politique favorable au changement de leadership non seulement au niveau national mais aussi au sein même des partis politiques qui aspirent au changement.

Le changement politique au niveau national commence par le renouvellement périodique des leaders politiques au sein des partis politiques. Si le renouvellement interne de leadership est impossible au sein des formations politiques nationales, alors, il serait illusoire de vouloir imposer au niveau national ce que l’on refuse dans son propre parti politique.
Cela favorise la stagnation politique et comme des aigris, les partis qui ne sont pas au pouvoir rentrent d’emblée dans l’opposition. La réalité est telle qu’en Guinée ce modèle ne fonctionne pas.

Les énergies de cette minorité de 20% qui constitue la classe politique sont dissipées et nos intellectuels passent tout leur temps à conspirer et imaginer les meilleurs moyens de barrer l’accès du pouvoir à leur concurrents.

La récupération des valeurs ancestrales veut dire que nous procédions à un remaniement profond de notre façon de penser en commençant par nous aider nous-mêmes.

Les partis politiques doivent établir des écoles, d’infrastructure d’ordre publique des cliniques médicales, des projets de développement agricole, des citernes d’eau potable, des centres de récréation, en un mot, ils doivent participer à la reconstruction du pays, et ce bien avant leur accession au pouvoir. Ils doivent réaliser des projets à caractère national pour le bénéfice du guinéen moyen.

Au lieu de perdre notre temps à faire de l’opposition traditionnelle, nous aurions mieux gagné de nous jeter dans l’action constructive où nous finirions par nous rééduquer en apprenant à travailler aux côtés des fils et filles du pays.

Il est plus que temps de construire un modèle guinéen digne de nos potentialités économique et culturelles. Nos ancêtres nous on donné l’exemple en prenant en charge leur libération du joug de l’esclavage. C’est à nous de nous dégager de l’emprise néo-coloniale, dictatoriale et ça commence par l’adoption d’une politique éducative à la hauteur de notre histoire, de nos besoins, et de nos aspirations.

Nous, intellectuels Guinéens, sommes aujourd’hui à la croisée des chemins, et seul un grand sursaut national, dégagé de toute influence partisane, ethnique et régionaliste, pourra remettre notre pays sur ses rails.

Les problèmes de la Guinée requièrent une solution Guinéenne avec la participation de tous les Guinéens et Guinéennes. Il ne doit pas y avoir de poubelles pour un Guinéen ou une Guinéenne. Notre première richesse doit être le citoyen guinéen.

La Guinée ne finira pas de fasciner le monde positivement ou négativement, et c’est à nous intellectuels (et autres fils et filles du pays) de faire en sorte que nous et nos enfants soient dignes de cette fascination. Après un demi siècle d’indépendance et 50 années de misère, de recul, de deuil, de désespoir, il est plus que temps que nous replacions notre conscience à la hauteur de notre destinée.

Notre éducation semble rendre la personne inutile au pays et à elle-même excepté pour lire et écrire, une activité qui, telle conçue chez nous, devient fort souvent une fin en elle même. Lire et écrire ne sauraient être une fin en soit, et qu’une telle activité doit faire partie d’un programme de conscientisation dans le sens que l’éducation devient partie intégrante de tout un plan de développement et d’action communautaires.

De plus, l’éducation actuelle telle qu’elle a été et continue à être dispensée en Guinée renforce les distances sociales et solidifie les différences de classe qui deviennent une notion inconsciente, un élément diffus dans la société Guinéenne. Nous devons arrêter la glorification du vol, du mal, du détournement et autres actes immoraux que notre société interdisait jadis. Revenons à nos sources et valeurs de société de nos aïeux.

Les conséquences économiques de la faiblesse de notre éducation sont encore plus désastreuses, car notre aspiration au style de vie cosmopolitain, nous porte à endosser un modèle de consommation tourné vers l’extérieur au détriment des produits locaux. L’aliénation culturelle est donc à la base de nos déboires socio-économiques, politiques, et infrastructurelles. Enfermé dans ce cercle vicieux, on comprend que la société Guinéenne frôle le désastre, et seul un sursaut national et patriotique guidé par une conscience humanocentrique nous sortira de l’enlisement dans ce sable mouvant.

Le futur de la Guinée doit se trouver dans un programme d’éducation qui relit l’activité intellectuelle aux travaux pratiques, à la morale civique car l’un des problèmes du pays n’est pas seulement le fait que 80% de notre population soit analphabète, mais surtout que le contenu et l’allure du curriculum éducatif jusqu’ici sont basés sur des valeurs étrangères aux intérêts du peuple, de ce fait nuisibles à une exploitation rationnelle de nos ressources naturelles, humaines, culturelles, et spirituelles. Là se trouve la clé du développement en Guinée, développement dans le sens que la rénovation physique de l’infrastructure marche de pair avec la réhabilitation du tissu social et l’approfondissement spirituel du patrimoine ancestral, et ce, dans le vrai sens de justice communautaire et de fierté nationale.

Nous, Intellectuels Guinéens, sommes à la croisée des chemins. Au moment ou mêmes les besoins les plus primaires nécessaires pour un le développement harmonieux de « l’Etre Humain » (eau potable, électricité, la nourriture, etc..) font gravement et dangereusement défaut, nous devons emboîter le pas aux grands mouvements d’affirmation et de revendication, les genres de sociétés civiles responsables, qui ont su imposer leurs demandes dans d’autres pays ou alors, nous continuerons à récolter les fruits amers de nos 50 ans d’aliénation.

Aujourd’hui, la Guinée est une nation sans demain. Les Guinéens ne comprendrons la gravite des dégâts commis pendant ces vingt années de pouvoir tyrannique que le jour ce régime disparaîtra. Alors, le Guinéens découvrirons le macabre, la tragédie, l’ampleur de l’abcès guinéen et la profondeur du cancer qui est entrain ronger le pays jusque dans sa moelle osseuse. Mais cela sera trop tard. Le prix à payer sera très onéreux mais incontournable.

Je veux croire que nous saurons bien choisir, et opter pour l’harmonisation de nos plans de développement aux dimensions de notre réalité historique et culturelle.

Dr Mamadou Diallo


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