mercredi 28 février 2007
L’un décrié et discrédité à cause de sa sanglante dictature, l’autre acclamé, adulé et accueilli comme le sauveur de tout un peuple meurtri. Dorénavant les espoirs, tous les espoirs reposent sur le nouveau premier ministre « le messie » qui a été le plus cher payé par les guinéens de tous les premiers ministres de l’histoire de la Guinée.
Certes, ce premier ministre est nommé par Lansana Conté sur une liste de Cinq premier ministrables, mais il sait qu’il a bénéficié d’un coup d’Etat constitutionnel, initié par les syndicats et société civile et appuyé ou arrangé par la CEDEAO.
A cet effet, les risques que le duo des Lansana tourne à un duel sont énormes.
Nul doute des compétences de Lansana Kouyaté, mais plus personne aussi n’accepterait de payer un prix aussi énorme que 120 morts, plus de 300 blessés pour continuer à ridiculiser la Guinée et les guinéens.
Deux possibilités extrêmes s’offrent à Lansana Kouyaté au vu de l’impossible cohabitation avec Lansana Conté.
La première possibilité
Prendre en compte les facteurs qui ont entraîné sa nomination à la primature, s’attaquer aux reformes nécessaires et tenir tête à Lansana Conté (difficile à réaliser mais quand même faisable).
Pour ce faire, il doit faire accepter à Conté les membres du gouvernement qu’il a lui-même choisi voir les imposer et ensuite confier à chacun une feuille de route qu’il doit impérativement satisfaire ou partir.
C’est de cette façon que Monsieur Kouyaté, pourra faire les réformes nécessaires à commencer par l’assainissement des finances publiques qui constitue la clé de voûte de toute croissance ou développement.
A ce niveau il doit imposer une rigueur budgétaire accrue notamment par : une soutenabilité de la dette publique en évitant d’accumuler des arriérés de paiements comme ça se passe en ce moment et faire jouer ses relations internationales pour bénéficier d’un allègement de la dette extérieure, arrêter le recours au financement monétaire des déficits budgétaires qui a favorisé une inflation galopante, une baisse du pouvoir d’achat considérable et une détérioration du franc guinéen d’environ 38% en trois ans par rapport au dollar.
S’assurer que le trésor public perçoit tous les impôts au compte de l’Etat par une lutte contre les fraudes fiscales et penser à élargir l’assiette fiscale par une fiscalisation de l’informel ou faire des campagnes de sensibilisation pour accroître le civisme fiscal des citoyens.
Ensuite procéder à des investissements supplémentaires dans les secteurs miniers qui rapportent plus de 50% de nos recettes en devises, déléguer ses ministres dans les quatre coins du monde pour dénicher les potentiels investisseurs.
Cet ensemble nous permettra d’avoir une épargne budgétaire effective qu’on pourra investir en priorité dans l’éducation et la santé. Mais Cette hypothèse suppose qu’on vit dans une réelle démocratie où le chef de gouvernement peut avoir des points de vu différents de son président voir le tenir tête dans certaines circonstances.
Est-ce que la Guinée de Lansana Conté en est là ? Wait and see !
La deuxième possibilité
Face à l’impossible cohabitation avec Lansana Conté, Monsieur Kouyaté cède à la dictature de ce dernier et garde un portefeuille vide et insensé. Participe alors à la débâcle économique et sociale organisée par Conté et son clan et embourbe le pays et le précipite dans son déclin.
Dans ce cas ce serait un duo des Lansana à la tête de la misérable situation guinéenne.
En tous les cas le bénéfice du doute ne durera pas plus d’un trimestre surtout pour un Monsieur qui a une expérience nationale et internationale riche et variée. La Guinée et le monde entier apprécieront.
Souvenez vous du jeune homme torse nu qui était à l’aéroport Gbéssia à l’arrivée de Monsieur Kouyaté le mardi 27 février aux environs de 13h00 qui a exprimé son plus grand souci en disant ceci « Un vrai chef est arrivé, le prix du sac de riz va baisser...» dixit Boubah.com.
Cette petite phrase suffit pour exprimer l’espoir de tout un peuple. Une phrase aussi pathétique que lourde de sens qui dit tout sur la situation actuelle du pays.
Les guinéens se souviennent encore du passage de Sidya Touré à la primature qui avait bénéficié de toutes les confiances ephémeristes de Conté pour se retrouver avec un portefeuille vide (arrivé au pouvoir en 1996 avec un portefeuille plein, reparti en 1999 avec un portefeuille vide) à qui la faute ?
Donc si la cohabitation est impossible, partir c’est mieux.
Nul n’est censé ignorer que tous les blocages sont au niveau de la présidence et non à la primature et si malgré cela nous voulons tenter le « magicien » de la dictature, la porte est grandement ouverte.
Force est de constater que les syndicats et le peuple de Guinée ont été d’un courage héroïque pour blesser le lion, faire reculer Lansana Conté et l’obliger à faire cette concession forcée qu’on peut qualifier d’un coup d’Etat constitutionnel.
Cependant cela ne suffit pas pour sortir notre pays dans sa misérable situation actuelle parce que nous savons tous qu’il meurt de la politique de Lansana Conté, de sa dictature qui a offusquée les libertés politiques et économiques élémentaires, meurt d’un Parti-Etat envahissant mais on espère qu’il ne sera pas trahi, humilié, ridiculisé par un de ses fils le plus chouchouté en ce moment, porteur de tous les espoirs de sortie de crise qu'est Lansana Kouyaté.
Pourvu que le duel dure !
Nous remercions tous ceux qui ont participé de près ou de loin à la sortie de crise de notre cher pays, même si cet arrangement de premier ministre n’était plus la solution la plus recherché. Mais il vaut mieux un premier ministre choisi par les syndicats et la société civile qu’un état de siège ou un premier des ministres.
Les prochains jours nous édifieront chers guinéens.
Mamadou Chérif LY
Mail : lycherif80@hotmail.com
Membre de la rédaction de www.nlsguinee.com