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Analyses
    Libre Opinion : La Guinée en Flamme

     lundi 26 février 2007   

    La Guinée est en flamme. Le Peuple se révolte. Le régime impopulaire de Lansana Conté est aux abois. La grande question qui se pose est de savoir comment sortir de cette violente crise.

    Avant de tenter une quelconque réponse à cette question, force est de constater que cette crise à nulle autre précédente a atteint le point de non-retour. Les énormes ressources naturelles du pays ne sont pas exploitées pour le bien-être des populations tout entières pendant que les deniers publics servent de compte privé au dictateur et à ses acolytes. Les libertés politiques restent muselées par le régime contrôlant l’information à son seul avantage.

    Les effets conjugués de tous ces facteurs négatifs engendrent l’indicible misère matérielle dans laquelle croupit la majorité des dix millions de Guinéens, tandis que les favoris du régime vivent dans l’opulence la plus criarde et insolente. Par voie de conséquence, le peuple est las du régime. Le dictateur bien que gravement malade n’a rien perdu de sa détermination de nuire, voire de tuer. Les forces de l’ordre fauchent les manifestants par rafales.

    Le pays est au bord de l’implosion. Le signal politique que le peuple envoie au régime est que rien ne sera plus comme avant, en Guinée. C’est pour cela que l’Afrique et le monde observent et jugent les choix faits par les différents acteurs, en ce moment historique de l’évolution de la nation. Comme beaucoup de dictateurs d’aujourd‘hui et d’antan, Lansana Conté use de la violence et de la corruption pour se maintenir au pouvoir. Cela relève du crime pur et simple.

    Conscients du fait qu’il a déjà trop de squelettes dans son armoire, ses fidèles purs et durs et lui-même tentent de s’accrocher au pouvoir jusqu’au bout du souffle, quitte à le faire remplacer par un homme de main ou un proche parent (son fils Ousmane, à en croire au rumeurs) pour lui couvrir les arrières. Jeter son valet Fodé Bangoura en pâture aux lions dans son cirque politique ne change rien à l’équation politique. Ce cercle est trop vicieux pour que la nation se permette de le tolérer plus longtemps.

    En regardant de près les événements se déroulant actuellement en Guinée, il est loisible de noter que les dirigeants syndicaux à la tête du mouvement ont jusqu’ici joué leurs cartes avec courage, lucidité et peut-être un peu trop de prudence. Ils semblent plus modérés que les manifestants qu’ils encadrent.
    Ceux-ci revendiquent le départ pur et simple du dictateur alors que ceux-là négocient sa retraite dorée et par surcroît progressive à la Pinochet. Les dirigeants des partis politiques d’opposition semblent plus timorés encore.
    En général, ils brillent par leur absence sur la place publique et leur silence. Les officiers supérieurs des forces armées de leur côté conservent un mutisme ambigu. Qu’est-il devenu de leur engagement du 3 Avril 1984 de défendre l’intérêt supérieur de la nation, donc du peuple Guinéen?
    Ils servent à tout le moins de relais des ordres du gouvernent d’ouvrir le feu sur les manifestants dans le seul but de défendre le régime chancelant envers et contre le peuple. Résultat: plusieurs citoyens abattus à Conakry, Labé, Kissidougou, Kankan, Mamou et N’Zerekoré.

    En marge de ces manifestations massives qui soufflent comme un ouragan aux quatre coins du pays, il n’est pas étonnant de voir quelques femmes de Boulbinet ou d’ailleurs tenter d’offrir le piteux spectacle de contre-manifestation en faveur de ce régime vomis par l’écrasante majorité des guinéens. La leur n’a lieu que moyennant des sommes d’argent distribuées par le dictateur et ses proches à leur clientèle de toujours. Elle a, au moins le mérite de démontrer les limites de la base politique réelle par trop exigue du régime. En d’autres termes, les événements ont débordé le gouvernement. La vacance du pouvoir est patente.

    Hélas! Personne n’a eu le courage politique et physique de la déclarer solennellement et d’en tirer les conséquences. Les corps constitués ayant charge d’y procéder ont lamentablement manqué à leur devoir civique et patriotique. L’histoire ne manquera pas de leur étendre son verdict à ce sujet.

    A cette croisée des chemins, deux choses semblent urgentes: la création d’une direction unifiée du mouvement pour le changement en Guinée et la révision de la plate-forme politique à la hausse. Le départ immédiat de Lansana Conté doit être le mot d’ordre comme il est déjà scandé par les manifestants partout dans le pays.

    En ce qui concerne les dirigeants du mouvement, la collégialité reste la meilleure garantie de succès, vu que l’on n’improvise pas un Lech Walesa, un Amadou Toumany Touré, encore moins un Triumvirat. L’unité d‘action politique dans la détermination et le courage est le moins qu’on puisse attendre des hommes et femmes qui ont la chance et l’honneur de relancer l’histoire au pays de Soundjata Keita, El Hadj Oumar Tall, Almamy Samory Toure’ et Alpha Yaya Diallo. Cette responsabilité historique est lourde et exaltante.

    A ce stade de la lutte, toute décision politique concernant le type de gouvernement serait prématurée. Il est par contre impératif de rester intransigeant sur trois principes fondateurs de l’Etat: l’unité nationale, la forme républicaine de l’Etat et l’Etat de droit. Ceci, maintenant et toujours. Encore, faudrait-il mettre les officiers de l’armée en garde contre toute tentation de coup aventurier dans la veine tentative de freiner l’histoire.

    Quant à l’attitude du mouvement populaire pour le changement face au régime, il est vital d’éviter l’erreur d’accorder au dictateur acculé le temps qu’il ne manquera pas de mettre à profit pour vider de son contenu un éventuel accord de sortie de crise négocié avec lui. Au demeurant, lui permettre la fuite en avant serait lui sauver la mise. En politique, tout peut arriver en un an; la période de transition d’un an et demi proposée par certains est donc une éternité.

    En poursuivant avec fermeté l’objectif final du mouvement, la direction collégiale se doit aussi de faire montre de son honnêteté politique. Pour éviter de futures querelles de chefs, elle a grand intérêt à rassurer les populations de son intention de se retirer du pouvoir au bout d’une période de transition d’un an au plus. Ce temps sera mis à profit pour écrire une nouvelle constitution assortie d’une loi électorale équitable et démocratique à faire valider à travers un referendum populaire transparent, pour ensuite organiser des élections présidentielles et législatives supervisées et certifiées par les organisations africaines et internationales chevronnées dans ce genre de restructuration démocratique. Une telle constitution devrait limiter à deux mandats de quatre ans chacun pour tout citoyen élu à la magistrature suprême.

    Pour être vraiment crédible, elle devrait exclure de la première élection présidentielle tous les membres du gouvernement et du corps législatif provisoires, quitte à eux de se présenter aux élections législatives immédiates et aux élections présidentielles suivant la fin du premier mandat présidentiel issu de la nouvelle république.

    N’est-il pas mieux d’être un Amadou Toumany Touré qu’un Robert Guei ?

    Le soutien massif des populations guinéennes est à ce prix. C’est le but des manifestations massives de populations dans les différents villages et villes du pays. C’est ce que demandent les manifestants guinéens de Dakar, Paris, Londres, New York et Washington.

    Et par-dessus tout, il s’agit de la rédemption de la nation. La communauté internationale à son tour rendrait justice au peuple guinéen en assumant une attitude responsable niant finalement tout soutien à ce régime honni et agonisant.

    Lansana Conté et sa clique doivent quitter le pouvoir immédiatement; demain il sera trop tard!

    Docteur Mansa Fouga
    Ingénieur Simandou
    Pour www.nlsguinee.com


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